L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Littérature

Notre-Dame des Loups d’Adrien Tomas, la traque du dernier des loups-garous

Après La Geste du Sixième Royaume est paru La Maison des Mages en 2013, puis Notre-Dame des Loups en 2014, tous les trois chez l’éditeur Mnémos.

L’histoire se déroule en 1868, dans une Amérique encore toute jeune et nous propose de suivre une petite troupe d’hommes et de femmes qui a renoncé à tout pour embrasser une seule et unique cause. Au lieu de traquer les hors-la loi comme le voudrait la coutume, les « veneurs » disposent de munitions forgées d’argent et parcourent les immensités de l’Ouest sauvage pourchassant les Rejs, des créatures capables de se transformer en un être mi-homme, mi-loup, autrement dit, des loups-garous. Eux qui terrifiaient auparavant les contrées européennes ont désormais élus domicile dans le Nouveau Monde. L’une de ces créatures est la première d’entre elles. La détruire anéantira l’espèce.

 

Croisement parfait entre le western fantastique et le roman d’aventure, empruntant aux westerns comme aux films d’horreur, Adrien Tomas nous emporte dans un tourbillon de neige, de sang et d’action parfaitement maîtrisé. Le roman, à l’atmosphère furieusement fantastique, nous plonge dans un Ouest sauvage balayé par les blizzards et aux forêts infinies.

 

Notre-Dame des Loups commence alors qu’on arrive au terme d’une traque qui dure depuis des générations, une dizaine d’années pour les protagonistes, au cœur du roman. Chacun devient un bref instant le héros de l’histoire. Le temps d’un chapitre intégralement raconté à la première personne, le lecteur partage le point de vue de l’un des protagonistes, ses motivations, ses craintes, mais aussi découvre les secrets qu’il dissimule à ses compagnons.

 

Cette façon de procéder, alternant les points de vue, permet d’approfondir sans lourdeur le sujet mais aussi de rythmer agréablement l’histoire qui change de ton et de style selon les caractères des personnages.

 

Bien qu’ils ne se manifestent que rarement, les loups-garous exercent sur les personnages de très forts sentiments de haine qui imprègnent intensément chaque page du roman. Les veneurs, tel est le nom que portent les chasseurs de Rejs, les détestent littéralement et éprouvent un tel désir de les exterminer que l’on peut parler de fanatisme. Ils ne trouvent d’ailleurs aucune circonstance atténuante à leurs ennemis et réfutent d’ailleurs l’idée que les lycanthropes seraient victimes de leur condition. Selon eux, les loups-garous profitent et jouissent même de leur état :

« L’infection est une terrible malédiction, elle rend les contas sauvages, imprévisibles, mauvais… Ils n’ont pas le choix, ils ne peuvent que succomber à l’instinct de sauvagerie… Mon cul. L’infection donne seulement aux humains contaminés l’occasion de laisser rejaillir le mal ancien, le goût du sang, de la haine, de la vengeance, qui se tapit au fond de chaque homme depuis la nuit des temps. La forme de monstre lupin, c’est juste un déguisement, une excuse pour expliquer le plaisir qu’ils tirent à étriper des inconnus, sans jamais oser se l’avouer »

La Geste du Sixième Royaume, le premier roman d’Adrien Tomas, a remporté le prix Imaginales en 2012.

L’auteur semble d’ailleurs abonder lorsque l’un des protagonistes est contaminé et qu’il décrit ce qu’il ressent :

« Je me rue sur la porte, et enfonce de l’épaule le panneau de bois couvert de chaînes. L’air glacé s’engouffre dans mes poumons, et le doux reflet de la lune me caresse tendrement la peau. Mes bottes s’enfoncent dans la neige. Je titube, je perds le contrôle de mon corps… Et pourtant, j’ai l’impression de revivre. J’ai besoin de courir, de m’élancer dans la forêt glaciale, de sentir la terre sous mes pas, les arbres autour de moi…

Mon manteau en cuir m’étouffe, et mon stetson me démange. Je m’en débarrasse, et continue à courir à perdre haleine. Derrière moi, j’entends les cris étouffés des autres. Pourquoi ne comprennent-ils pas ? Ce soir, je n’ai rien à craindre des Rejs, rien à craindre de la Dame ! Ce soir, je suis libre !

D’un violent revers, j’arrache la chaînette d’argent qui me brûle cruellement la peau, et pousse un long hurlement de bonheur.

Mes vêtements se déchirent, tandis que mes membres se tordent, sans douleur, seulement pour me donner davantage de puissance, de vitesse, de force… Ma vue devient perçante, j’entends les plus infimes bruits de la forêt, et les mille odeurs du monde m’envahissent. Les hurlements de mes congénères s’élèvent et répondent à mon appel. Je les entends, je les rejoints.

La liberté, enfin. »

 

Alors que les loups-garous sont généralement des créatures maudites qui subissent leur condition, les Rejs de Notre-Dame des Loups ne souffrent pas de leurs différences. Ils profitent de la puissance que leur confère leur nouvel état et s’en délectent même puisqu’ils sont débarrassés de tout scrupule, de tout remords. C’est l’une des nombreuses originalités du roman de Tomas Adrien.

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Une variante du mythe du loup-garou dans les Voies d’Anubis de Tim Powers

Avec Les Voies d’Anubis, Tim Powers propose une variante originale du mythe du loup-garou, ce qui est diablement intéressant, même s’il ne s’agit que d’une intrigue secondaire. Les Voies d’Anubis de Tim Powers s’avère un confus mélange de sorcellerie égyptienne, de portes qui permettent de voyager dans le temps, d’un héros universitaire spécialiste de poètes anglais du début du 19e siècle et de pérégrinations incroyables et variées dans le temps et l’espace. L’une des forces du roman réside dans la peinture particulièrement intéressante et très vivante de la vie à Londres en 1810.

Les voies d'anubis de Tim Powers

Avertissement : il s’agit dans cet article de parler d’une variante du mythe du loup-garou, il faut donc savoir que le mystère ne sera pas préservé.
Si l’histoire peut sembler surprenante, le héros spécialiste d’un poète anglais chargé d’accompagner un riche groupe d’admirateurs contemporains dans un voyage dans le temps pour rencontrer le fameux poète, la forme se révèle plus confuse. Les portes sont parcourues par d’antiques sorciers égyptiens, des hommes du 20e siècle se promènent d’époque en époque, les motivations des uns et des autres restent parfois bien obscures.
Néanmoins, au milieu de cette histoire un peu poussive, l’auteur réserve au lecteur une très jolie surprise : une intéressante version de Loup-garou de Londres !
Tim Powers ne se lance pas dans un mythe du loup-garou revisité. En effet, l’affaire ressemble plutôt à un détail au milieu des péripéties des protagonistes, cependant l’idée est séduisante et vaut largement le détour.
Dans la ville de Londres, sombre et miséreuse du début du 19e siècle, notre héros entend parler d’un monstre qui hante les rues et terrifie les habitants. Le tueur est surnommé Joe Face de chien car son visage, son torse, ses mains, tout son corps sont recouverts d’une dense toison de longs poils. L’auteur reste assez confus sur l’origine de la créature et sur la « chasse » que les Londoniens mènent pour l’empêcher de nuire. En effet, il est tué mais revient, disparaît et est retrouvé, tous ces allers retours ne semblent surprendre personne et laissent le lecteur un peu embrouillé. Cependant, l’essentiel réside dans les caractéristiques de Joe Face de chien. Il s’agit en réalité d’un ancien sorcier égyptien déchu. Il avait un maître : Le Dieu Anubis de l’Egypte antique, gardien des nécropoles et protecteur des embaumeurs. Par incompétence, notre sorcier a été puni par le dieu à tête de chacal. Sa malédiction ? Son corps est condamné à se couvrir, progressivement mais inexorablement, de poils hirsutes. Nous voici donc avec un monstre velu en liberté dans une ville ultra-urbanisée et densément peuplée. Cependant, l’affaire ne s’arrête pas là. Nullement à court d’ingéniosité et de savoir-faire, notre sorcier a été capable de créer une potion qui lui permet de quitter son corps et d’entrer dans celui de la personne à laquelle il aura précédemment fait boire le breuvage. La conscience de sa nouvelle victime intègre alors le corps que Joe Face de Chien laisse derrière lui pendant que lui-même prend possession du corps convoité.

Les voies d'anubis de Tim Powers
Au milieu de cet imbroglio fantastique s’invite un élément sanglant et dramatique ingénieux : pour éviter que l’âme chassée ne puisse révéler le subterfuge à quiconque, Joe Face de chien se mange lui-même la langue avant d’opérer le changement. Le malheureux dépossédé se retrouve alors, déboussolé et terrifié, dans un corps qui n’est pas le sien, couvert de poils, la bouche pleine de sang et vide de langue. Traumatisée et incapable de parler, la première réaction de sa victime, hystérique et folle de douleur, est de se précipiter chez elle. Devant une créature gesticulant en tous sens et grognant comme une bête immonde, les gens la tuent sans coup férir. Mais, croyant avoir affaire à quelque créature démoniaque, ils ont en réalité abattu leur parent, muet prisonnier du corps d’une autre victime.
Cette drôlerie n’est qu’une digression annexe de l’intrigue principale et ne fait donc pas l’objet d’un développement poussé dans Les Voies d’Anubis. Cependant, l’idée est très intéressante et mérite ainsi quelques lignes dans L’Écran Méchant Loup.

Site de l’éditeur : http://www.bragelonne.fr/livres/View/les-voies-d-anubis

Les Voies d’Anubis
Titre original : The Anubis Gates (1983)
Auteur : Tim Powers
Editeur France : Bragelonne (2013)
n° ISBN : 978-2-35294-636-6
Traducteur : Gérard Lebec
Illustrateur : Didier Graffet

Le dernier loup-garou

Le dernier loup-garou
Glen Duncan
Lunes d’encre chez Denoël
2013

Glen Duncan, auteur britannique né en 1965 et issu d’une famille anglo-indienne, a publié dans la collection Lunes d’encre chez Denoël une trilogie évoluant dans le monde merveilleux des loups-garous. Enfin, merveilleux, plutôt pour le lecteur avide que pour les personnages. Le premier tome, Le dernier loup-garou donne le ton, cela va être épique !
Le héros, Jack Marlowe est un loup-garou, un vrai, un avide de sang et dont le corps s’écartèle à chaque pleine lune. Une fois par mois, il se transforme et se nourrit. Il tue, mange, et continue sa route.

le dernier loup-garou 01

Il conserve sa nature humaine mais le loup est là, affleurant constamment, lui prêtant ses qualités extraordinaires et lui permettant d’échapper à ses ennemis. Malheureusement, Jack ne pourra pas le faire éternellement, surtout pas maintenant qu’il est le dernier des loups-garous.
Les autres sont tombés, pourchassés et abattus par l’OMPPO, l’Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes. Et puis, continuer à fuir n’a pas de sens, Jack n’en peut plus. Il est détaché, lassé, suicidaire par ennui.
Il sortira de sa léthargie sous le coup d’un hasard inespéré. La course contre la montre, la course contre la mort, la course à l’échalote… tout devient tourbillon, confusion, conjuration et aspiration.

Glen Duncan s’attarde dans un fantastique codifié. Les loups-garous existent, ils se transmettent la malédiction par morsure ou griffure. De simples êtres humains développent des capacités que leur donne le loup en eux, odorat, ouïe, guérison miraculeuse des blessures désargentées, longévité extraordinaire. Il explore l’éternel dilemme : l’humanité et l’animalité.
Ces fameux loups-garous ont des ennemis, les êtres humains rassemblés en organisation armée et belliqueuse et les vampires, car oui les vampires existent aussi. On reste en terrain fantastique connu et c’est toujours très plaisant.

le dernier loup-garou 02

Mais loin de ces poncifs rassurants, ce qui détonne dans le livre de Duncan, c’est son traitement. Les personnages fument, boivent, copulent, puent, déchiquettent, ils sonnent clairs et vrais. L’auteur décrit avec force détails l’état de l’homme-loup et parvient à le faire vivre devant les yeux du lecteur emporté. C’est un livre rempli d’images, de couleurs, d’odeurs. Ces dernières, très présentes, offrent un contrepoids rafraîchissant à notre époque aseptisée. En plus d’images vivantes, l’auteur livre avec profusion réflexions philosophiques et humaines, le tout sous couvert d’un humour noir, faussement cynique, et drôle.

Le début plante son personnage de manière approfondie et on peut craindre que tout l’ouvrage soit un recueil de pensées philosophiques et humanistes mais à partir de la moitié du livre, l’action prend plus d’ampleur et cette crainte s’envole devant l’enchaînement interrompu des événements, le lecteur est emporté, pour son plus grand plaisir.

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