L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

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Wolfman (2010) – Un remake s’imposait-il ?

Depuis une éternité, Hollywood a pris l’habitude d’enfiler les remakes comme des perles. De nouveaux termes ont même été spécialement inventés pour noyer le poisson, comme l’inénarrable « reboot »… Dans le cas de Wolfman, en revanche, difficile de reprocher quoi que ce soit aux producteurs californiens. En effet, l’original date tout de même de 1941. Reste à savoir si ces soixante-dix années valaient l’attente…

Ben Talbot disparaît sans laisser de traces. Gwen, sa fiancée, demande à son beau-frère Lawrence, qui fait actuellement fureur sur les planches londoniennes, de revenir au manoir familial afin d’apporter son aide dans les recherches. En arrivant à Blackmoor, Lawrence découvre que le statut de son frère est passé de celui de disparu à celui de cadavre. Le corps s’avère, de surcroît, horriblement mutilé. De leur côté, les villageois propagent d’invraisemblables rumeurs quant au coupable de la mort du descendant des Talbot.

Wolfman (2010) - Un remake s’imposait-il ?

Benicio Del Toro défenseur de la cause des loups-garous

Personne n’oserait critiquer le choix de Benicio Del Toro pour incarner le personnage qui a rendu célèbre Lon Chaney Jr dans la version de 1941. L’acteur, dont les caractéristiques latines étaient suffisantes pour figurer en 1986 dans le clip de Madonna La Isla Bonita, s’est fait connaître avec Usual Suspects (1995) et Traffic (2000). En 2010, son visage triste et torturé évoque parfaitement celui de son prédécesseur. Par ailleurs, sa carrure rappelle même celle d’Oliver Reed dans un autre classique du film du genre : La Nuit du loup-garou (1961).

Au final, Benicio Del Toro ne trahit par le matériau d’origine. L’acteur est d’ailleurs un admirateur du Loup-garou de 1941 et à l’origine du remake. Producteur, il porte le projet et traverse les difficultés, en particulier les nombreux changements de réalisateurs.

Rick Baker répond présent

Wolfman (2010) - Un remake s’imposait-il ?

Heureusement, l’acteur peut compter sur un vétéran de la question des loups-garous au cinéma. Ainsi, Rick Baker accepte de rempiler une fois de plus après Le Loup-garou de Londres (1981) et Wolf (1994). Pour le spécialiste des effets spéciaux, Wolfman représente cependant une nouvelle consécration en lui permettant de remporter un Oscar, 30 années après avoir son premier, justement décerné à la suite des transformations conçues pour le film de John Landis.

Le loup-garou qu’il imagine pour Benicio Del Toro n’a cependant rien à voir avec celui précédemment conçu à l’intention du classique de 1981. Rick Baker propose, ni plus ni moins, qu’une véritable mise à jour du maquillage apposé à l’origine sur le visage de Lon Chaney Jr par Jack Pierce. D’ailleurs, contrairement à la créature du Loup-garou de Londres, et conformément au film de 1941, Lawrence Talbot se déplace sur ses jambes et arbore un faciès qui rappelle plutôt le lion du Magicien d’Oz (1939).

Les transformations, pour leur part, s’avèrent entièrement réalisées à l’aide d’effets spéciaux numériques. Un choix douteux, motivé par des problèmes de délai. D’ailleurs, le résultat est loin d’être transcendant. Trente ans après Hurlements et Le Loup-garou de Londres, nul doute que l’on était en droit d’attendre une métamorphose en loup-garou autrement plus spectaculaire, en particulier pour un film de 150 millions de dollars… En revanche, le scénario introduit les deux séquences de transformation de manière intéressante et originale. La première se déroule dans le décor splendide offert par la crypte familiale… La seconde se déploie devant un attroupement de psychologues et de scientifiques à la noix que le spectateur se réjouit de voir massacrés.

Wolfman (2010) - Un remake s’imposait-il ?

Hollywood noir

Violent, le film l’est assurément, comme en témoigne la scène de l’attaque, par la bête, du campement gitan. Certes, le film se contente de montrer le résultat des mutilations générées par les coups de patte de la créature, mais les blessures soulèvent littéralement le cœur. Le film aurait pu aller loin encore mais il fallait conserver une classification permettant d’être vu par un maximum de spectateurs… Une prudence superflue car le film se révélera un flamboyant échec financer.

Probable que les spectateurs lambda, habitués aux héros lisses, aient rencontré quelques difficultés à apprécier celui maltraité par les scénaristes sadiques de Wolfman… Le personnage de Benicio Del Toro fait effectivement peine à voir. Non seulement sa mère a été assassinée alors qu’il était enfant, mais son père, interprété par un Anthony Hopkins au moins aussi détestable que lorsqu’il se prend pour un dangereux psychopathe, ne montre aucune sympathie envers son fils. Même les villageois le moquent. Tandis que la police le harcèle, Talbot a même droit à un passage au Lambeth Asylum où il subit divers sévices infligés par un psychiatre des temps anciens. Le pompon est atteint lorsque notre héros se met à tuer des innocents, et avec sauvagerie de surcroît… Quoi qu’il en soit, bravo à Benicio Del Toro d’être parvenu à incarner un personnage aussi maltraité par le destin sans jamais se montrer pathétique.

Dans ces conditions, inutile d’espérer le moindre trait d’humour dans Wolfman qui choisit la noirceur jusqu’au-boutisme…

Le désespoir se traduit à l’écran à travers une photographie superbe, tirant son essence de l’époque victorienne durant laquelle se déroule le film. Les pontes d’Hollywood refusèrent que le film soit tourné en noir et blanc mais, au final, le film n’a rien de coloré. Le manoir choisi pour le film est aussi déprimant que magnifique. Le résultat à l’écran démontre que le numérique, employé à bon escient, peut aussi générer des images poétiques.

Wolfman (2010) - Un remake s’imposait-il ?

Remake pas définitif

Au final, les deux heures de métrage de la version approuvée par le réalisateur passent comme une lettre à la poste, même si l’histoire ne prévoit aucune surprise. Sur ce point, on dénote certaines facilités, comme des aller-retour inutiles entre Londres et le manoir. Surtout, le personnage d’Emily Blunt n’a clairement rien à faire dans l’histoire et semble totalement inutile.

Cela n’empêche pas Wolfman d’être assurément le meilleur film de Joe Johnston, réalisateur spécialisé dans les films à gros budgets insignifiants, comme Rocketeer (1991) ou Jurassic Park III (2001). Parfois, cependant, il fait preuve de talent, comme pour Jumanji (1995)… Ou Wolfman, qui propose une mise à jour intéressante du film originel. Sans en atteindre évidemment la quintessence.

A Werewolf in England 04

A Werewolf in England : Fin et racé

L’humour était l’un des atouts du Loup-garou de Londres (1981) qui, grâce à la magie du cinéma, fonctionnait également comme film d’horreur. Quarante ans après, A Werewolf in England emprunte un chemin semblable, mais avec un humour plus boueux…

Dans l’Angleterre victorienne, Horace Raycraft traque les fauteurs de troubles. Il pense avoir trouvé un excellent candidat à la potence en la personne d’Archie Whittock, accusé de meurtre. C’est pourquoi il emmène son prisonnier afin de le produire devant un tribunal qui, au terme d’un procès équitable et relativement court, devrait le condamner à la corde, même si le gamin clame son innocence… En effet, selon Archie, la personne retrouvée morte à ses côtés n’était pas humaine avant qu’il ne la tue. C’était un loup-garou ! En chemin, une tempête se lève et oblige les deux hommes à se réfugier dans une auberge au milieu de nulle part. Là, la drôle d’équipe se voit accueillie par un couple qui va leur réserver bien des surprises…

A Werewolf in England : Fin et racé

Les drôles de méthode de Charlie Steeds

L’intérêt que chacun de nous porte, un jour ou l’autre, à l’humour « toilettes » trouve, en règle générale, son terme vers l’âge de 7 ans. Pour certains, cette affection se maintient largement au-delà de l’enfance, comme cela semble s’avérer le cas pour Charlie Steeds, le réalisateur de A Werewolf in England.

Ainsi, lors de l’un de ses moments les plus mémorables, le film montre deux protagonistes cachés sous une table assister de très près, et remplis d’effroi, à la défécation d’un loup-garou…

Le ton est donné, mais Charlie Steeds n’en suscite pas moins la curiosité. Sa filmographie comprenant des titres comme Escape from Cannibal Farm (2017), The Barge People (2018), The House of Violent Desire (2018) ou Winterskin (2018) intrigue tant elle fleure bon le cinéma fantastique des années 80.

Les affiches, réalisées avec soin, évoquent même un poil le catalogue d’Empire, la société de production d’Albert Band qui a mis en boîte des films mémorables tels que Troll (1986) ou Castle Freak (1995).

D’ailleurs, les techniques de production mises en œuvre par le bonhomme ne sont probablement pas très éloignées de celles employées par le parton d’Empire, transformant chaque limitation en dynamique.

A Werewolf in England : Fin et racé

Une série Z tendant vers le B

Ainsi, le casting n’est pas composé d’acteurs renommés mais de proches témoignant d’une entreprise résolument familiale et attachante. En général, si les personnages stéréotypés surjouent, ils s’avèrent néanmoins tous sympathiques. Y compris Horace, inquisiteur zélé, capable de démontrer de l’intelligence en acceptant de vérifier les élucubrations du criminel qu’il emmène à l’échafaud.

Plus loin, et bien que le cadre de l’action se limite à la seule auberge, le bâtiment se voit joyeusement réduit à l’état de ruine à la fin des péripéties vécues par Archie et Horace… Portes défoncées à coups de hache, murs criblés de balles, vaisselle jetée au sol, plafond et plancher démolis. Pendant ce temps, la musique gronde et les personnages crient ou hurlent à l’unisson…

Enfin, modeste, la production ne dispose pas des moyens nécessaires pour proposer des créatures qui permettraient de faire illusion face aux cadors du genre, comme celles de Dog Soldiers (2002) par exemple. Néanmoins, en nombre suffisant, les déguisements parviennent à faire croire que plusieurs lycanthropes sont bien à l’oeuvre en même temps.

A Werewolf in England : Fin et racé

Un film somme toute sympa

Au final, Charlie Steed démontre un talent évident pour le système D, faculté que le metteur en scène met au service du divertissement.

Toute proportion gardée, A Werewolf in England s’inscrit dans la veine d’Une nuit en Enfer (1996)… Certes, il ne suffit pas de remplacer les vampires par des loups-garous dans une auberge du 18e plutôt que du 20e pour faire quelque chose qui se rapproche du classique sexy de Quentin Tarantino, mais les deux films partagent néanmoins ce goût de l’action non-stop.

Au point que le film évoque également Evil Dead 2 (1987), et pas seulement lorsque le héros, un sous-Ash, subit l’attaque d’un bras de loup-garou sectionné et baladeur.

La volonté de tuer les temps morts se révèle d’ailleurs évidente. Et le film ne perd jamais de temps en situations convenues et barbantes… Même avant l’apparition des loups-garous, nous avons droit à un joli couple d’aubergistes psychopathes qui n’aurait pas fait tache dans Nuits de cauchemar (1980) de Kevin Connor.

Roland Topor disait que s’il suffisait d’un gramme de merde pour gâcher un kilo de caviar, un gramme de caviar n’améliorait en rien un kilo de merde. Pour sa part, Charlie Steeds démontre des talents de cuisinier évidents, capable de générer une symphonie de saveurs d’un simple navet.

Frankenstein rencontre le loup garou 05

Frankenstein rencontre le loup-garou – reboot et crossover

En 1943, l’Universal pense en avoir terminé avec son cycle consacré aux monstres du bestiaire fantastique. La créature de Frankenstein, le comte Dracula, la créature du lagon noir, l’homme invisible, la momie… Chacun s’est vu consacré un, voire plusieurs films, y compris le loup-garou… Lawrence Talbot, libéré de ses tourments à la fin du Loup-garou en 1941, dormait même du plus profond des sommeils grâce à l’aconit dispersé dans son tombeau. C’est alors que les scénaristes en décidèrent autrement et envisagèrent de relancer la franchise en inventant le crossover avec Frankenstein rencontre le loup-garou.

Frankenstein rencontre le loup-garou – reboot et crossover

Le monstre dans la glace

Deux pilleurs de tombes pénètrent dans la crypte de Lawrence Talbot. En effet, ils envisagent de dérober l’anneau d’or avec lequel il a été mis en bière. C’est alors qu’une main surgit de la tombe et saisit le profanateur…

Peu après, le ressuscité est retrouvé inconscient à Cardiff. Hospitalisé pour soigner une blessure à la tête, Lawrence tente de faire comprendre à son médecin et à l’inspecteur de police du danger qu’il représente. Face à leur incrédulité, et pour éviter de commettre à nouveau l’irréparable, le jeune homme n’a pas d’autre solution que de prendre la fuite. Talbot finit par retrouver la trace de Maeva, la vieille bohémienne qui était venue à son secours dans le premier film. Ensemble, ils se rendent à Vasaria où se trouvent les ruines du château au sein duquel le docteur Frankenstein a créé sa triste créature. Avec l’aide de la descendante de Victor Frankenstein, Talbot met la main sur les notes du savant et découvre un moyen de mourir une bonne fois pour toutes. Grâce à la créature de Frankenstein, retrouvée dans un bloc de glace…

Une histoire aussi rocambolesque ne pouvait probablement pas éviter les incohérences. Et, en effet, le scénario ne fait pas l’économie de plusieurs facilités scénaristiques… Par exemple, Lawrence est bien trop vite persuadé par la solution ubuesque contenue dans les notes de Victor Frankenstein… Se connecter à la créature et inverser les pôles négatifs et positifs pour drainer l’énergie du monstre, ce qui permettra de tuer en même temps l’hôte, c’est-à-dire Talbot… Pfff… Il faut vraiment être un perdreau de l’année pour croire à une théorie aussi farfelue…

Il ne faudra pas non plus chercher la petite bête lorsque le personnage de Patrick Knowles passera soudain du statut de responsable respectable d’une clinique à celui de savant fou.

Mais il serait indélicat de chicaner, et stupide. En effet, l’intérêt du film réside ailleurs. Et pas seulement dans la réunion de deux monstres mythiques au sein d’un scénario aux rebondissements démentiels.

Doté de tous les ingrédients d’un film divinement suranné, Frankenstein rencontre le loup-garou possède un charme certain. Ainsi, le film est un perpétuel plaisir pour les yeux et ce, dès les premières minutes avec la profanation de la crypte de Lawrence Talbot dans un cimetière lugubre.

Quelques emprunts au cinéma expressionniste démontrent d’ailleurs l’application du metteur en scène. Comme lorsque les ombres des protagonistes se dessinent sur les murs de la chambre d’hôpital du malheureux Talbot.

Le final, grandiose, voit le château englouti sous les eaux après l’impressionnante explosion du barrage.

Frankenstein rencontre le loup-garou – reboot et crossover

Un générique monstrueux

C’est l’Irlandais Roy William Neill qui met parfaitement en scène cette histoire abracadabrante. Lui qui avait débuté sa carrière durant la période du muet avec des films perdus pour la plupart, finira néanmoins de se faire un nom grâce à son cycle des aventures de Sherlock Holmes mettant en scène Basil Rathbone. Ici, le réalisateur de The Scarlet Claw (1944) est à la tête d’un casting exceptionnel. En premier lieu, on trouve lieu Bela Lugosi remplaçant, au pied levé, Boris Karloff dans le rôle de la créature de Frankenstein.

L’acteur reste à jamais dans les mémoires pour son interprétation du Dracula signée Tod Browling en 1931. Par la suite, malheureusement, il se contentera de participer à d’innombrables séries B au sein des fameux studios indépendants surnommés Poverty Row. Sa présence, ici, est presque risible… En fait, elle l’est…

À l’origine, Bela Lugosi avait décliné l’offre de jouer la créature de Frankenstein pour James Whale, au prétexte qu’elle était muette. Dix années plus tard, endetté, il accepte le rôle et participe donc au film de Roy William Neill. L’acteur, au fort accent hongrois, bénéficie bien de plusieurs lignes de dialogues. Mais, lors des projections tests, le public ne cesse de s’esclaffer à chaque fois que le monstre s’exprime. Pour sauver la face, les distributeurs prennent une décision drastique. Ils effacent la voix de l’acteur sur la bande son, rendant la créature complètement muette, elle qui était déjà aveugle… Décidément, le destin aura joué un sale tour à Bela Lugosi…

Dans des seconds rôles on retrouve d’autres noms connus, en particulier dans le milieu du fantastique… Comme Lionel Atwill qui s’est illustré grâce à son personnage de savant fou dans Docteur X (1932). Également présent dans Le Fils de Frankenstein, il incarnait alors l’incroyable inspecteur Krogh. Le personnage infirme, haut en couleur avec son bras raide, sera délicieusement parodié par Mel Brooks dans son excellent Frankenstein junior (1974).

Dans un tout petit rôle, on découvre aussi Dwight Frye. L’acteur était présent dans les deux films qui ont initié les classiques de l’Universal. D’abord en Renfield dans Dracula (1931) puis en Fritz, l’assistant de Frankenstein, dans le film éponyme. Lui aussi bénéficiera d’un hommage posthume. Cette fois-ci orchestré par ce diable d’Alice Cooper à travers sa chanson Ballad Of Dwight Fry.

Frankenstein rencontre le loup-garou – reboot et crossover

Quand Lon Chaney Jr marche sur les traces de son père

Si le film réunit deux monstres sacrés du fantastique, le héros est bien le loup-garou, à nouveau interprété par Lon Chaney Jr.

Le fils de Lon Chaney Senior, qui sévissait durant le muet et dont personne n’a pu oublier le personnage du Fantôme de l’Opéra, reprend ici son rôle de Lawrence Talbot, initié dans Le Loup-garou (1941).

Durant tout le film, Talbot tente de trouver un moyen pour mourir. Autrement dit, le malheureux se montre désespéré au point de vouloir se suicider. Cette obstination est quelque peu tirée par les cheveux. Elle s’appuie un peu trop sur le misérabilisme de la condition du personnage. Néanmoins, elle confère à notre héros un aspect tragique et touchant, à tel point que le public en redemandera…

En effet, les indéniables qualités du film de Roy William Neill vont donner un second souffle à la franchise. Et même sauver de la faillite l’Universal. Celle-ci reconnaissante, lance dans la foulée la production de trois suites qui mettront Lon Chaney Jr. à l’honneur. Au final, la saga permettra à l’acteur de bénéficier lui aussi du statut d’acteur culte, à l’instar de son père.

The Monster Squad 04

The Monster Squad – sermon pour adultes

Les héros en culottes courtes de The Monster Squad affrontent avec courage les dangers qui les menacent dans un film pour toute la famille, s’inscrivant pleinement dans la lignée des Goonies. Les moyens financiers ne sont certes pas les mêmes que ceux dont a bénéficié la production Spielberg deux années auparavant mais Fred Dekker réunit tout de même 12 millions de dollars autour d’une équipe prestigieuse… Ainsi, la présence du producteur Rob Cohen (Les Sorcières d’Eastwick – 1987) et du scénariste Shane Black (L’Arme Fatale – 1987), démontre que The Monster Squad n’est pas qu’une banale série B, même si, le temps passant, le film est un peu, et tristement, tombé dans les oubliettes.

The Monster Squad - sermon pour adultes

Van Helsing à la sauce Goonies

Tous les cent ans, les portes de l’Enfer s’ouvrent à la faveur d’une sinistre nuit de pleine lune. Les créatures les plus abominables de la création en profitent alors pour tenter de s’incruster dans notre monde. La dernière fois, c’était le valeureux Van Helsing qui avait contraint Dracula à rebrousser chemin. De nos jours, l’immortel comte vampire tente à nouveau sa chance. Cette fois-ci, afin de garantir sa réussite, Dracula s’entoure de glorieux acolytes comme le loup-garou, le monstre de Frankenstein, la momie et même l’étrange créature du lac noir. C’est alors qu’une bande de gamins d’une douzaine d’années décide de contrer ces sombres desseins…

Après avoir été célébrés dans une tradition gothique pendant plus d’un demi-siècle, les monstres classiques du fantastique, tels imaginés par l’Universal, bénéficient, dans les années 80, d’un dépoussiérage en bonne et due forme. L’époque exigeait des adaptations plus sympas, drôles et sensationnelles…

Or, et sans conteste, The Monster Squad assure dans le domaine du spectaculaire. Et ce, grâce à l’un des spécialistes des effets spéciaux les plus en vue de la décennie : Stan Winston. The Monster Squad se révèle même une véritable aubaine pour celui qui s’est précédemment rendu responsable de la genèse de l’extra-terrestre du Starman (1984) de John Carpenter. En effet, comme Dracula tient sous sa coupe la plupart des monstres majeurs du bestiaire fantastique, Stan Winston bénéficie d’une grande latitude pour faire parler son talent… Il peut même faire fonctionner son imagination, puisque le studio n’a pas les droits pour réutiliser à l’identique les maquillages originaux. Créer des monstres singuliers, tout en faisant en sorte qu’ils restent reconnaissables… Un défi que Stan Winston relève haut la main.

The Monster Squad - sermon pour adultes

Des monstres en pagaille

Parmi tous ces montres, la créature du lagon noir et la momie obéissent sans montrer trop de personnalité. En revanche, la créature de Frankenstein dispose d’un temps de présence à l’écran plus important et devient même la mascotte du Monster Squad. Il faut dire que l’invention de Mary Shelley, popularisée par des séries comme Les monstres (1964), est devenue petit à petit le monstre préféré des enfants.

À peine reconnaissable, Tom Noonan incarne la créature créée à partir de débris humains. Désormais l’acteur est bien connu des fans de fantastique qui l’ont croisé dans des œuvres mémorables du nouveau millénaire telles que The House of the Devil (2009) ou Late Phases (2014).

Le loup-garou, interprété par le peu prolifique Carl Thibault, se révèle néanmoins le personnage le plus intéressant du lot. Si, une fois transformé, Dracula peut entièrement compter sur la participation du lycanthrope dans l’accomplissement de ses projets, le malheureux tente tout de même de prévenir les autorités. Bien sûr, personne ne prend au sérieux ses avertissements, en particulier lorsqu’il se met en tête de préciser qu’il est justement sur le point de se transformer en loup-garou. Quoi qu’il en soit, le film respecte la dualité du lycanthrope initiée par Henry Dull dans Le Monstre de Londres (1935) mais surtout Lon Chaney Jr. à l’occasion du film Le Loup-garou (1941).

La transformation, quant à elle, s’avère plutôt modeste. La métamorphose se contente de montrer à l’écran quelques gonflements de poches savamment fixées sur le front et les joues de l’acteur. Mais nous ne nous trouvons pas dans un film de loup-garou pur et dur. En conséquence le public ne peut prétendre à une métamorphose comme clou du spectacle. On se contentera donc largement de ces quelques artifices, somme toute sympathiques… D’autant plus que le costume est superbe !

The Monster Squad - sermon pour adultes

L’amour du fantastique par Fred Dekker

Pour autant, les monstres et les effets spéciaux ne représentent pas le seul point fort du métrage… Tout comme Extra-sangues (Night of the Creeps – 1986), précédent bijou signé Fred Dekker, le film mêle affectueusement clins d’oeil au genre et humour émouvant. Ainsi, sur la carte de la ville où se livre la bataille du Bien contre le Mal, on trouve par exemple, en face du manoir du comte Dracula, un certain lycée Chaney…

Plus tard, l’humour léger n’hésite pas à se montrer quelque peu sarcastique envers ces adultes qui sermonnent leurs gamins et leur passion pour le fantastique… Dénigrer cette passion, sous prétexte qu’il faut bien grandir, à un moment ou à un autre, ce n’est, ni plus ni moins, que renier sa propre enfance et refuser de transmettre son héritage culturel aux générations futures.

La leçon est parfaitement administrée par Fred Dekker qui livre un film réussi à tout point de vue. Exempt de temps mort, joyeux, agréable et joli à regarder, The Monstre Squad s’avère également un digne représentant de l’esprit des années 80. Malheureusement, l’enthousiasme du metteur en scène, pourtant prometteur, se verra grandement refroidi par un fiasco dénommé RoboCop 3 (1993). Par la suite, jamais plus Fred Dekker ne livrera des œuvres aussi attachantes que The Monster Squad.

Le mystère de la bête humaine 03 big

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

Le Mystère de la bête humaine se propose de combiner des éléments classiques de la mythologie du loup-garou avec d’autres, plus modernes, comme les technologies de pointe dans le domaine de la vidéo… Le résultat est un surprenant whodunit…

Tom Newcliffe, millionnaire excentrique et chasseur de renom, invite ses amis sur son île isolée pour un week-end résolument pas comme les autres.

Ce n’est qu’une fois tous réunis que Tom leur annonce la véritable raison de leur visite ! Un loup-garou se cache parmi eux. Or, il compte bien utiliser les trois nuits de pleine lune qui se profilent pour le démasquer et l’abattre. En plus des invités, on décompte le Dr Christopher Lundgren, scientifique spécialisé dans le domaine de la lycanthropie. Pavel, quant à lui, surveille les opérations depuis un bureau externalisé où une multitude d’écrans relayent les images retransmises par les nombreuses caméras dissimulées partout sur la propriété. Le Dix Petits Nègres, cher à Agatha Christie, peut commencer…

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

10 petits loups-garous

Le film propose au public de jouer les détectives. Ainsi, peu avant son terme, le métrage s’arrête et offre 30 secondes au spectateur pour réfléchir à l’identité du loup-garou. Le stratagème rappelle les innovations de William Castle dans les années 60… Par exemple, le cinéaste fantasque faisait brusquement irruption peu avant le final de son Homicide (1961). Là, sur l’écran, un Castle bienveillant conseillait aux personnes sensibles de quitter la salle si elles craignaient de ne pas avoir les nerfs suffisamment solides pour surmonter le climax qui s’annonçait…

En 1974, Le Mystère de la bête humaine ne bénéficie plus de l’effet de surprise lorsqu’il utilise ce type de subterfuge. Mais surtout, aucun indice permettant de démasquer la créature n’est proposé au spectateur durant les minutes précédentes. Imposé au réalisateur Paul Annett par le producteur Milton Subotsky, le gadget semble donc complètement superflu.

Et même contre-productif, puisque révélateur de l’un des principaux défauts du film… Si dans les romans d’Agatha Christie, l’assassin est toujours celui que l’on soupçonne le moins, au moins est-il possible de suspecter tel ou tel personnage en raison de son comportement litigieux… C’est là toute la saveur de ce type de récit… Or, l’intrigue du Mystère de la bête humaine ne propose rien de cela, puisque les protagonistes ne sont pas suffisamment travaillés pour favoriser, ni même avoir envie, de mettre en évidence leurs petits secrets…

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

Des participants aux abonnés absents

On passera rapidement sur les personnages féminins inexistants, juste bons à jouer les hystériques…

Les autres protagonistes ne sont pas mieux lotis. Difficile de s’intéresser à des personnalités toutes suspectées d’être plus ou moins psychopathes ou crapuleuses. Les soupçons ne sont, en outre, jamais expliqués ou contredits.

Le maître de service, Tom Newcliffe, joue un personnage haut en couleur, fanatisé par sa traque qui vire inexplicablement à l’obsession. Il se révèle antipathique dès la première scène où il teste son système de surveillance, ce qui lui permet de jouer une blague de mauvais goût à ses invités. Déjà, on suppute un personnage pas très net dans sa tête. La suite ne démentira pas cette première impression puisque le nanti séquestrera ses invités, et causera même leur mort. Cette aberration n’est pas exploitée par le scénario qui ne propose même pas d’imaginer de sombres événements qui expliqueraient son cheval de bataille… Dans ce contexte, difficile de croire à ce personnage dont l’idée fixe va lui coûter sa fortune, sa petite amie et son intégrité.

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

Tom Newcliffe est Calvin Lockhart

Calvin Lockhart, qui interprète Tom Newcliffe, pourchassera un gibier bien plus dangereux dans le Los Angeles du début des années 90 à l’occasion de Predator 2 (1990). Ici, sa présence démontre l’opportunisme du fondateur de l’Amicus, Milton Subotsky, qui souhaitait surfer sur la vague de la Blaxploitation.

Néanmoins, Calvin Lockhart porte littéralement le film sur ses épaules et symbolise aussi une évidente modernité. Sportif, il assure les scènes d’action et insuffle aussi un brin d’anticonformisme en proposant un héros noir et riche…

Ainsi, Le Mystère de la bête humaine représente la confrontation de la technologie avec le classique loup-garou. Une opposition intéressante qui annonce la fin d’un fantastique naïf et romantique, se heurtant à la dure réalité du monde moderne.

Ce sera pourtant Peter Cushing qui sauvera le film… En 1974, la Hammer avait fait son temps mais l’acteur emblématique de la firme britannique sortait de plusieurs films de bonne facture comme Les Sévices de Dracula (1971), Terreur dans le Shanghaï-Express (1972) ou encore Frankenstein et le monstre de l’enfer (1974). Le Mystère de la bête humaine annonçait cependant une période de vaches maigres avec des films de la trempe de La Secte des morts-vivants (1976) ou encore Le Mystère de l’île des monstres (1981).

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

Quand Peter Cushing sauve l’entreprise

L’intervention de son personnage, scientifique spécialiste en matière de lycanthropie, reste cependant d’anthologie…

L’ancien chasseur de vampires de la Hammer nous dévoile ce qui se passe concrètement lorsqu’un être humain devient un loup-garou !

C’est ainsi que nous apprenons que les hormones lymphatiques détruisent la structure moléculaire du sang, provoquant le changement irrémédiable du corps de l’infecté… Au bout d’un temps certain, le sang devient de plus en plus instable. Au point que le loup-garou ne peut plus régénérer son sang humain, ainsi que les anticorps nécessaires à combattre le virus. Finalement, la créature décède.

Mais auparavant, le malheureux connaîtra une incroyable transformation physique, dont les premiers symptômes sont les yeux qui deviennent rouges, de terribles démangeaisons et la poussée de poils ! Une fois la transformation accomplie, la créature ne peut pas se soustraire à l’appel de la nature qui lui ordonne de dévorer de la chair humaine.

Cushing précise néanmoins que le loup-garou reste bel et bien une victime.

Cette séquence d’explication est la meilleure du film et pas uniquement parce qu’elle est initiée par Peter Cushing. La scène propose ainsi d’autres révélations, comme le fait qu’il est possible de débusquer un loup-garou en le faisant toucher de l’argent. Mais pour que cela marche, il faut aussi que l’air ambiant soit saturé de pollen de l’aconit, la fameuse plante des loups-garous. À la suite de cette déclaration, les protagonistes vont se livrer à un drôle de ballet en mettant une balle en argent dans la bouche, annonçant la scène clé de La Chose de John Carpenter.

Le Mystère de la bête humaine – classique et moderne à la fois

Un budget riquiqui pour Rintintin

Malheureusement, le maigre budget alloué au film par Milton Subotsky, ponte de l’Amicus, ne permet pas des effets spéciaux de la trempe de ceux confectionnés par Rob Bottin. Ni la technologie de l’époque, d’ailleurs, ironiquement…

En 1974, il faudra encore attendre sept années avant d’avoir une maîtrise suffisante des effets spéciaux pour proposer des transformations convaincantes. À l’époque du film de Paul Annett, le public doit se contenter des loups-garous hispaniques de Paul Naschy….

Dès lors, lorsque le loup-garou du Mystère de la bête humaine apparaît pour la première fois à l’écran, la déception est grande. L’animal qui se cache sous les postiches n’est rien d’autre qu’un bon vieux berger allemand des familles…

Transposer le thème du loup-garou dans l’univers du whodunit reste une excellente idée, tirée d’une nouvelle écrite en 1950 par James Blish. Un auteur principalement connu pour ses novélisations des épisodes de la série Star Trek. Le film promettait donc au moins d’être divertissant, d’autant plus que le casting est franchement intéressant avec des noms comme Peter Cushing, Charles Gray ou encore Anton Diffring. Et même feu Michael Gambon, mondialement connu comme étant l’interprète de Dumbledore dans la saga Harry Potter. Malheureusement, le film n’exploite pas ses atouts. À la place, nous avons droit à une intrigue peu intrigante, au cours de laquelle les invités jouent au cricket, tandis que le maître de service fait le tour de sa propriété.

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Wolf – loup-garou glamour

Un peu plus de dix ans après le retour en force des loups-garous avec Hurlements (1981) et Le Loup-garou de Londres (1981), il est intéressant de voir ce que Hollywood s’apprête à faire du sujet en produisant Wolf (1994). En effet, les deux décennies n’ont pas grand-chose en commun… Dans les années 80, le fantastique est cantonné aux séries B. Durant les années 90, en revanche, le genre voit la série A lui ouvrir ses portes en grand. Les majors s’emparent du fantastique, générant de grands succès auprès du public ; et il faut bien le reconnaître, dénaturant finalement le fantastique en le transformant en produit de grande consommation.

Wolf - loup-garou glamour

Au centre du récit, on trouve Will Randall, éditeur sérieux et apprécié dans le milieu du livre. En particulier parce qu’il est honnête.

Il a toute confiance en son bras droit, Stewart Swinton. Faux-jeton, le jeune employé aux dents longues n’hésitera pas, pourtant, à sournoisement pousser Will de côté. Jusqu’à carrément faire exclure son mentor de l’entreprise.

Alors que Will pense avoir fait son temps et se résigne, il vit une étrange expérience. Mordu par un loup, il développe un instinct de survie qui, finalement, l’aide à reprendre du poil de la bête ! Au fur et à mesure que le film avance, il redevient l’homme fort et marquant qu’il était au début de l’histoire…

Ainsi, après avoir récupéré sa place à la droite du patron de la maison d’édition, Will parvient même à susciter l’intérêt de la jolie Laura, ce qui lui permettra de remplacer sa femme infidèle…

Cependant, ces succès inespérés ont-ils été remportés honnêtement ? Tandis que les drames se font de plus en plus fréquents autour de lui, Will décide de sérieusement trouver la réponse à cette question…

Wolf - loup-garou glamour

Faut-il être un salaud pour réussir ?

Mike Nichols avait-il besoin d’exploiter la thématique du loup-garou pour répondre à cette question ? Non. D’ailleurs, le fantastique ne l’intéresse finalement que très peu. De toute façon, rien ne destinait au fantastique le réalisateur qui a connu son heure de gloire dans les années 60 avec des films comme Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) et Le Lauréat (1967)…

Wolf déçoit, et c’est peu dire, dès lors qu’il s’agit de mettre en scène le fantastique. Comme lorsque nous assistons, au ralenti, aux errances nocturnes de Jack Nicholson, dont le visage est simplement affublé de touffes de poils et autres favoris tout aussi paresseusement collés sur les joues… Des routines qui ont alors 50 ans d’âge… En réalité, Wolf rappelle Les sorcières d’Eastwick de George Miller, déjà avec Jack Nicholson : un film sociologique déguisé en film fantastique.

Aux effets spéciaux, on trouve pourtant nul autre que Rick Baker, le fabuleux créateur des trucages du Loup-garou de Londres… Au vu du résultat, on peut s’interroger sur la raison qui a poussé les producteurs à faire appel à l’artiste responsable des effets spéciaux du film culte de John Landis… En fin de compte, son travail le plus impressionnant s’avère un « simple » maquillage consistant à vieillir l’acteur Om Puri.

Wolf - loup-garou glamour

Ceci étant dit, Wolf reste plaisant à regarder, ne serait-ce qu’en raison de son casting haut de gamme…

En effet, en 1994, Jack Nicholson, Michelle Pfeiffer et James Spader appartiennent à la crème de la crème des comédiens hollywoodiens.

La première vient de conquérir le public. D’abord au détour des Liaisons dangereuses (1988), puis en Catwoman dans Batman : Le Défi (1992). Ici, la charmante Michelle Pfeiffer incarne un personnage plein de ressources, constamment surprenant… À des années-lumière de la sempiternelle « femme en danger » que l’on rencontre généralement dans le cinéma hollywoodien.

James Spader, pour sa part, est une star en devenir grâce à de judicieux choix de carrière : Sexe, mensonges & vidéo (1989), Stargate : La Porte des étoiles (1994)… Son personnage dans Wolf est détestable. Obsédé par sa carrière, il est hypocrite, menteur, égoïste… mais très sexy.

Jack Nicholson, quant à lui, appartient à une toute autre catégorie, déjà à l’époque… Comme Lon Chaney Jr. avant lui, Jack Nicholson parvient à rendre son personnage touchant. Malgré les violences dont il se rend coupable, son animalité révoltante, cette rage incontrôlable, on s’émeut… Tant d’éléments peu flatteurs qui font du malheureux une connaissance qu’il est préférable d’éviter de fréquenter. Et pourtant, sa condition de victime reste intrinsèquement émouvante. Son désespoir est palpable, tout comme ses interrogations.

Wolf - loup-garou glamour

À ce titre, son histoire d’amour avec Michelle Pfeiffer est délicieuse. Jamais barbante, la romance agit comme un moteur pour l’intrigue. Au point que l’on peut également considérer Wolf comme une jolie histoire d’amour romantique.

Cerise sur le gâteau, Christopher Plummer (Dreamscape – 1984) fait également partie du casting. Incarnant le rôle du propriétaire de la maison d’édition, il semble tirer les fils. Mais en fin de compte, le patriarche se contente d’assister comme simple spectateur aux petits jeux que se livrent ses employés pour monter dans la hiérarchie de son entreprise. En un sens, il incarne le pragmatisme de la société capitaliste… Les troufions s’entre-tuent pour une place au soleil, pendant que les possédants continuent de s’enrichir… En quelque sorte, voilà un début de réponse à la question que se posait Mike Nichols…

Grâce à ses acteurs hors-normes, et bon an mal an, Mike Nichols parvient à produire un film intéressant. Une histoire de loup-garou presque érotique, puisant dans le charme de chaque protagoniste…

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The Hunting – nanarwolf

The Hunting ne tient pas les promesses faites sur son affiche qui présente un superbe loup-garou. En effet, le premier film de Mark Andrew Hamer est bien trop modeste pour pouvoir s’enorgueillir d’une créature aussi réussie. Un manque de moyens qui se voit à tous les niveaux, néanmoins saupoudré d’une petite touche de subversion.

Le lieutenant Connor reste traumatisé depuis son affectation en Afghanistan. Cela ne l’empêche pas d’enquêter sur les nombreuses disparitions qui rendent la vie morose aux habitants de la petite ville endormie dont il est shérif. Finalement, l’un des disparus est retrouvé mort dans la forêt. L’inspection du corps laisse à penser qu’un loup immense serait responsable de la boucherie. Maggie, spécialiste des animaux sauvages, est appelée à la rescousse.

Des faiblesses en pagaille

The Hunting - nanarwolf

L’acolyte de Hillis, c’est le fils du shérif, un looser de première qui n’a rien d’un flic. Aucune écoute, aucune auto-discipline, absence totale de patience… Les personnages sont décidément peu crédibles…

Plus loin, le scénario se facilite la vie avec des raccourcis tout aussi peu plausibles. Ainsi, notre shérif du dimanche n’hésite pas à divulguer des informations confidentielles à qui veut les entendre, du moment que cela fait avancer l’histoire.

Les techniques « professionnelles » utilisées pour récolter les indices sur les lieux du crime sont tout sauf conventionnelles… C’est le moins que l’on puisse dire…

Les stéréotypes usés jusqu’à la moelle s’invitent à la fête, comme l’Indien, évidemment plein de sagesse, naturellement le seul à connaître le fin mot de l’histoire.

Il faudra aussi admettre la facilité avec laquelle le personnage de Peyton Hillis accepte l’hypothèse que la créature qui se livre à toutes ces exactions puisse être un loup-garou…

Amis des effets spéciaux… Vous ne trouverez aucun effet de transformation dans The Hunting. Le film passe plus de temps à suivre son héros râblé que le loup-garou… Pire, une fois transformé en monstre, seuls le torse et le visage bénéficient d’un maquillage ou d’un costume… Pour le reste, on s’est contenté de mouler le bas du corps dans un simple jean.

Pour changer, un film de loup-garou réac

The Hunting - nanarwolf

De façon surprenante, The Hunting est un film à contre-courant. En effet, il refuse de dépeindre la jeunesse d’une manière positive. Ainsi, vous y trouverez une adolescente tournée en ridicule lorsqu’elle se moque de manière grotesque d’une femme qui vient de perdre son mari. Plus loin, un homosexuel se ridiculise à son tour en refusant de respecter le couvre-feu instauré par les forces de l’ordre alors motivé par la présence d’un tueur en série. Les deux écervelés héritent des sarcasmes du réalisateur qui n’hésitera pas une seconde à les supprimer.

En revanche, Mark Andrew Hamer met en exergue son héros bodybuildé, vétéran de l’Afghanistan, et qui parcourt des rues où flotte fièrement le drapeau américain.

À ce titre, on notera les extérieurs, nombreux, et de surcroît variés. The Hunting est un film de terroir et l’ambiance “petite ville des USA” est même bien rendue.

Le champion est interprété par Peyton Hillis qui n’a décidément rien d’un acteur. Tout comme sa petite amie qui joue aussi un rôle anodin dans le film. En réalité, Hillis a brillé, par le passé, dans le football américain. De son passage à la NFL, il a gardé sa carrure musculeuse. C’est un peu étrange pour le policier d’une petite ville, mais Peyton Hillis dégage effectivement une impression rassurante. Les difficultés qu’il rencontre pour faire illusion devant la caméra le rendent même sympathique.

Plus sérieusement, Peyton Hillis est surtout un héros. En effet, en janvier 2023, le bonhomme a risqué sa vie pour sauver de la noyade ses deux fils. Mais héros et acteur, ce n’est pas la même carrure… carrière… et quoi qu’il en soit, Peyton Hillis ne souhaitera probablement pas réitérer l’expérience de jouer la comédie.

The Hunting - nanarwolf

Il ne sera pas difficile de trouver des films qui ont plus d’éclat que The Hunting… La quasi-totalité de ce qui se produit actuellement en matière de fantastique bénéficie de moyens de production plus convenables. Pour autant, la plupart ne sont rien d’autre que des produits de consommation courante, aussi vite oubliés que votre dernier hamburger. Mark Andrew Hamer livre, pour sa part et bon an mal an, un film qui possède une certaine âme, révélant plus de personnalité que bon nombre de productions lambda…

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Le Chaperon rouge (2011) – Teddy wolf

Le Chaperon rouge est un produit à destination des adolescentes qui fantasment sur le fait d’être l’enjeu de la lutte entre deux beaux garçons. Le premier, beau brun ténébreux, un brin dangereux, promet une vie d’aventure. Le second est joli, blond et de bonne famille : le choisir, c’est s’assurer un avenir confortable… En la personne de la glamour Amanda Seyfried (Lovelace – 2013), le public visé trouvera de quoi s’identifier à cette mascarade réactionnaire consistant à faire croire que les femmes attendent gentiment que le prince charmant veuille bien venir les cueillir.

Le Chaperon rouge (2011) – Teddy wolf

Twilight bis

Dans le village isolé de Daggerhorn, un dangereux prédateur terrorise la population. Cela n’empêche pas la jolie Valerie d’avoir ses prétendants. Ainsi, le modeste mais impétueux bûcheron Peter rivalise avec le prospère forgeron Henry pour apprivoiser le cœur de la belle. Valerie, pour sa part, préfère Peter. Mais sa mère a promis sa fille à Henry. Pendant ce temps, le loup-garou n’est pas un sujet puisque le village apaise la bête par des sacrifices d’animaux. Mais voilà, pour la première fois depuis des décennies, la bête a fait une victime, malgré les offrandes. Pour se débarrasser du vorace prédateur, les villageois appellent à la rescousse Père Salomon. Très vite cependant, le célèbre chasseur de lycanthropes en vient à soupçonner les villageois eux-mêmes…

Le Chaperon rouge navigue dans l’ombre de la saga Twilight, dont le premier opus est sorti en 2008. C’est d’autant plus évident que la réalisatrice s’avère justement la responsable des frasques de Bella Swan et d’Edward Cullen. Par ailleurs, Catherine Hardwicke, spécialiste du teenie movie, n’est pas la seule transfuge de Twilight. Pour attirer le chaland, Billy Burke reprend son rôle de père torturé de la saga Twilight.

Le Chaperon rouge (2011) – Teddy wolf

Une galerie de personnages variés malgré les stéréotypes

Une fois évoqués les deux freluquets qui tentent de ravir le cœur de Valerie en usant des mêmes stéréotypes éculés, Le Chaperon rouge bénéficie, pour le reste, d’un casting prestigieux. Virginia Madsen, Julie Christie et bien sûr, Gary Oldman, apportent une bonne dose de respectabilité à l’ensemble. Ceci étant dit, la rescapée du Candyman (1992) ne dispose pas d’un rôle franchement marquant. Quant à l’épouse de Donald Sutherland dans le traumatique Ne vous retournez pas (1973), elle hérite d’un rôle de sorcière particulièrement décevant. Au point que l’aïeule de Valerie pourrait presque concourir avec la Mamie Poupette de la Boum (1980) pour le titre de grand-mère la plus cool du cinéma…

Bien plus intéressant, Gary Oldman offre une version sombre d’un Van Helsing du lycanthrope. Il traumatise, jusqu’à les faire pleurer, ses enfants avec des histoires de loups-garous en quête de chair humaine. On comprend très vite qu’il ne sera pas le sauveur prétendant débarrasser le village de sa malédiction. Bien au contraire, torturé et fanatisé par son combat, il est amené à prendre des décisions radicales qui mettront en péril la quiétude de chacun. Tel un virus, la paranoïa du rédempteur va alors se répandre dans tout le village.

C’est à ce moment-là que Le Chaperon rouge offre la possibilité à de nombreux personnages secondaires d’émerger, trahisons et jalousies s’invitant alors autour de Valerie. Pendant ce temps, le suspens autour de l’identité du loup-garou est agréablement entretenu, livrant même une révélation savoureuse, presque tendancieuse. Attendue peut-être même, venant de David Leslie Johnson-McGoldrick, scénariste de Esther (2009). Quoi qu’il en soit, une surprise perturbante, mais logique, car c’est le moment pour Valerie de grandir et de quitter la maison…

Le Chaperon rouge (2011) – Teddy wolf

Un loup-garou à croquer

Avec tout ça, notre loup-garou passe un peu au second plan. Et pas seulement à cause de la prestance du tyrannique Gary Oldman. De manière surprenante, notre lycanthrope dispose de toute sa tête une fois à l’état animal. Il peut même s’exprimer intelligemment et discutailler avec Valerie. La bête féroce n’agit donc pas sous l’influence de la pleine lune mais est motivée par des raisons plus personnelles. Et comme la bête doit convaincre Valerie de la suivre, pas question d’en faire une créature assoiffée de sang sous l’emprise de la nature. Le résultat laissera dubitatif, dévoilant une créature ressemblant comme deux gouttes d’eau à une grosse peluche qu’on aura plus envie de cajoler que de fuir.

Twilight proposait quelques innovations pour renouveler le mythe du vampire, comme par exemple ces morts-vivants scintillant au soleil. Le Chaperon rouge fait de même en proposant ni plus ni moins qu’une nouvelle légende… Désormais, le loup-garou a la possibilité de transformer un être humain en semblable, uniquement lors des lunes de sang qui surviennent tous les 13 ans…

Le Chaperon rouge (2011) – Teddy wolf

Un conte pas féerique

Le Chapeau rouge s’installe également dans des décors moyenâgeux puisant fortement dans une imagerie proche des contes de fées. Dès lors, La Compagnie des loups (1984) est probablement le film auquel on pense le plus en regardant celui de Catherine Hardwicke. Ainsi, après un survol du cadre enneigé où se déroule l’action, un château gothique juché sur un pic rocheux nous accueille avant l’accession au village isolé de Daggerhorn. C’est très joli.

Ceci étant dit, difficile néanmoins de se sentir enchanté par ces arbres que l’on s’est contenté d’orner d’épines pour feindre la forêt enchantée. Quant au conte de Charles Perrault, il n’est que simplement évoqué. Et hors de question de voyager à travers l’inconscience de l’enfance. Petite, Valerie a tué un mignon petit lapin. Voilà pour l’introspection… Les cruautés d’un Hansel et Gretel ne sont pas à l’ordre du jour non plus. Le Chaperon rouge est un naïf film pour adolescents et ne suggère aucune profondeur. La réalisatrice préfère largement surfer sur la vague du romantisme à l’eau de rose.

Il y a beaucoup de “oui, mais” concernant Le Chaperon Rouge… Ainsi, si vous avez 14 ans et que vous êtes de sexe féminin, vous serez fort probablement emballée par Shiloh Fernandez et Max Irons. Si vous répondez à d’autres critères, vous privilégierez peut-être d’autres films avec Amanda Seyfried…

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Van Helsing (2004) – Pot pas pourri

Stephen Sommers est le réalisateur de La Momie (1999) mais aussi de bien d’autres films tout aussi lamentables. Pourtant, avec Van Helsing, il livre deux heures d’action non-stop fort réjouissantes, dans lesquelles on retrouve avec plaisir les principaux monstres du cinéma fantastique classique, chers au cœur des aficionados.

Uchronie universalienne

Van Helsing (2004) - Pot pas pourri

À Paris, au 19ᵉ siècle, nous faisons la connaissance de Van Helsing. Immortel, il n’a aucun souvenir de son passé. Après avoir réglé son compte au Dr. Jekyll qui faisait des misères sous la forme de Mister Hyde, Van Helsing rentre au bercail, à Rome. Là, il travaille pour le Vatican qui s’est spécialisé dans la lutte contre vampires, loups-garous et autres créatures du bestiaire folklorique. Sa nouvelle mission emmène Van Helsing en Transylvanie, où il est censé prêter main-forte à la famille Valerious qui depuis des générations lutte pour mettre un terme aux agissements du Comte Dracula.

De leur côté, Dracula et ses trois épouses rêvent d’engendrer une nouvelle race de vampires. Leurs rejetons, évidemment des morts-nés puisque issus de morts-vivants, végètent par milliers dans des cocons verdâtres et suintants, attendant que la science leur donne vie. Un temps, Dracula espère trouver la solution en utilisant la créature de Frankenstein. Mais, celle-ci a disparu dans l’effondrement du moulin où elle vivait grâce à la science de son créateur. En attendant de retrouver le monstre, Dracula mène la vie dure à la famille Valerius.

Van Helsing (2004) - Pot pas pourri

La parade des monstres en hommage aux films des années 40

De tous les films mettant en scène des loups-garous, Van Helsing est peut-être celui qui présente les plus beaux échantillons. L’une des créatures adopte l’apparence de celle du Loup-garou de Londres ; une autre hérite de la majesté de ceux du Hurlements de Joe Dante. Van Helsing, transformé en lycanthrope, reste néanmoins le spécimen le plus fascinant. À l’apparence particulièrement soignée, d’un pelage noir comme la nuit, à l’aura de danger subtile et arborant des crocs terrifiants, il adopte une impressionnante posture mi-humaine, mi-animale quand il se tient sur ses pattes arrières.

Grâce au numérique, les monstres se déplacent avec vélocité et Stephen Sommers met parfaitement en images la férocité dont sont dotés dans l’imagination collective les lycanthropes.

On pourra néanmoins regretter le recours exclusif aux effets spéciaux digitaux. Animer les loups-garous ou les vampires féminins ailés avec les techniques modernes s’avère un choix pertinent comme le démontre le film. Cependant, l’agonie des créatures ou les transformations en lycanthrope sont trop succinctes et apparaissent plutôt vite expédiées, elles auraient mérité un autre traitement.

Trop de numérique tue l’hommage

Ainsi passés à la moulinette du numérique, les lambeaux de peau que les malheureux déchirent en se métamorphosant pour révéler la bête qui est en eux, manquent singulièrement de chair et de sang. Difficile alors de pleinement ressentir l’horreur des transformations animales, même si elles sont souvent joliment mises en scène. Il en est de même pour le combat final, hystérique, entre Van Helsing transformé en loup-garou et Dracula.

Quoi qu’il en soit, force est de constater que le film met parfaitement en images le mythe et surtout la malédiction qui s’abat sur la malheureuse personne qui souffre de ce fardeau. La transformation en loup-garou est réellement subie par les protagonistes comme une malédiction puisqu’ils sont alors incapables de dominer leur animalité. Pire, une fois qu’il a perdu toute humanité, le loup-garou se retrouve sous l’influence néfaste de Dracula, auquel il se doit désormais d’obéir. Un élément déjà utilisé dans le cinéma fantastique des années 40 et qu’il est agréable de retrouver de nos jours.

Van Helsing (2004) - Pot pas pourri

Van Helsing est d’ailleurs un vibrant hommage à l’âge d’or du cinéma fantastique : Ces films produits dans les années 40 et dans lesquels se côtoyaient les monstres qui batifolaient seuls sur les écrans la décennie précédente, comme Dracula ou la créature de Frankenstein… Dommage, il manque à l’appel L’Étrange Créature du lac noir par exemple. Ceci dit, beaucoup de belles créatures sont là et s’avèrent représentées avec cohérence, talent et respect.

Les clins d’œil sont nombreux, c’est vrai, mais Van Hesling se sert surtout de la magie que dégageaient les films de l’époque. Ainsi, la première séquence se déroulant dans le château de Frankenstein, puis se poursuivant dans le moulin en flammes, est absolument magnifique. Tournée en noir et blanc, la séquence nous replonge agréablement dans le chef-d’œuvre de James Whale.

Tribut à Lon Chaney Jr., John Carradine, Glenn Strange, Lionet Atwill…

Le film de Stephen Sommers se révèle également truffé de décors superbes. Les paysages réalisés en images numériques ont su conserver toute la majesté et le charme des peintures sur verre d’antan. Jamais Stephen Sommers n’économise un plan large pour les mettre en valeur. Malgré un scénario riche, on prend cependant le temps de s’émerveiller.

Van Helsing (2004) - Pot pas pourri

Le scénario, respectueux du genre, est un autre élément louable. En dehors de quelques vannes que Van Helsing et son faire-valoir insipide ne peuvent s’empêcher de formuler dès que l’occasion leur en est donnée, l’humour se révèle prodigieusement absent. Van Helsing tente même le Diable avec un Dracula théâtral frisant parfois la parodie. Mais, la plupart du temps, Richard Roxburgh (Fragile, Le Chien des Baskerville en 2002…) créé un Dracula doté de multiples facettes, dont une certaine forme d’empathie…

Dès lors, le comte vampire dégage une aura différente de ce qu’on a l’habitude de rencontrer dans les films mettant en images ce triste sire. Séduisant, il est aussi bavard et finalement très proche d’un être humain. Lorsque, enfin, il s’apprête à devenir le monstre que l’on sait, sa condition est à ce moment-là éclipsée par son animalité. Impossible alors de le juger selon nos critères moraux.

D’ailleurs, la liaison qu’il entretient avec ses trois épouses vampires a tout de celle que l’on retrouve chez les fauves. Et comme tout chef de meute qui se respecte, Dracula hérite également du devoir de protéger ses femelles. Elles le craignent mais jamais on ne voit le maître de la nuit les maltraiter. Ainsi, les trois femmes vampires apparaissent non pas comme des créatures bêtement soumises mais comme dévouées à leur maître. Et si elles sont asservies, c’est parce qu’il est digne d’être leur chef.

Van Helsing (2004) - Pot pas pourri

Mépris de genre

Van Helsing reste pourtant un film mal-aimé. Les projets d’en faire l’initiateur d’une franchise furent abandonnés à cause de critiques violemment négatives. Sans doute est-ce dû à son statut de superproduction. Peut-être aussi fut-il desservi par un scénario faisant preuve de trop d’imagination en mélangeant tous ces mythes ? Le Dracula de Van Helsing est également très original et peut mécontenter. Le final, brouillon, en fait trop dans la surenchère et peut desservir le film, à raison cette fois.

Néanmoins, de tous les films nantis d’un budget conséquent et d’effets spéciaux numériques en veux-tu, en voilà, Van Helsing est celui qui est le plus respectueux du genre. Et pas seulement parce qu’une partie du film a été tournée dans les décors de Frankenstein (1931), Dracula (1931) et du Loup-garou (1941). L’amour voué au fantastique de la période de l’âge d’or de l’Universal transparaît largement à sa vision. En outre, force est de constater que les loups-garous sont particulièrement soignés. Voilà donc un film à réhabiliter d’urgence.

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Late Phases (2014) : Gardez un œil sur le loup-garou

Avec Late Phases, le réalisateur espagnol Adrian Garcia Bogliano signe son film le plus américain. Par la même occasion, il confirme surtout les espoirs fondés en lui après le très original Here Comes the Devil (2012), point culminant d’une vingtaine de courts et longs métrages réalisés en Amérique latine.

L’atout maître de Late Phases réside dans son protagoniste principal, Ambrose, personnage atypique, fâché contre le monde entier, ou presque. Son cynisme fait malgré tout mouche et génère l’empathie. Il est effectivement très drôle lorsqu’il manie le sarcasme en s’entretenant avec un vendeur de pierres tombales interprété par Larry Fessenden, producteur et, à ses heures perdues, réalisateur habitué aux honnêtes séries B comme Wendigo (2001) ou The Last Winter (2006). Néanmoins, son fils, qu’il traite avec ingratitude, reste la principale victime de son courroux perpétuel et cette attitude tempère la sympathie que l’on peut ressentir pour le personnage.

Late Phases (2014) : Gardez un œil sur le loup-garou

Ambrose est vétéran du Vietnam. Du front, il a rapporté sa cécité. Avec son chien d’aveugle Shadow, il emménage dans une petite résidence pour personnes âgées. Crescent Bay est un village idyllique, isolé du monde extérieur, où les personnes obsolètes comme lui attendent sagement la mort en évitant de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui sont en pleine possession de leurs moyens. Alors qu’il s’attend à un long séjour mortellement ennuyeux, Ambroise découvre que ses nouveaux quartiers ne s’avèrent finalement pas aussi paisibles que prévu. Dès la première nuit, un loup-garou dévore son adorable voisine. Par ailleurs, en voulant protéger son maître, Shadow perd également la vie. Ambrose n’a évidemment pas vu l’agresseur de ses yeux mais il est parfaitement conscient de sa nature fantastique. C’est le début d’une course contre la montre pour l’aveugle car, la prochaine pleine lune, c’est dans un mois.

Late Phases (2014) : Gardez un œil sur le loup-garou

Marty et Ambrose même combat

Si Ambrose se sent vieux et handicapé, il n’est en revanche pas stupide. En effet, il a compris de quel bois se chauffe la créature qui sort de la forêt pour s’attaquer aux habitants de Crescent Bay. Et ce, malgré sa cécité. Un savoir qu’il partage avec le spectateur. Une sorte de lien symbolique s’établit entre le public et ce personnage bourru qui n’a rien d’une icône. Cet exploit est à mettre au profit de l’acteur Nick Damici qui sait aussi signer les scénarios de séries B intéressantes telles que The Stakelander (2016), We are what we are (2013) ou Mulberry Street (2006).

Ambrose rappelle Marty, le héros de Peur Bleue interprété en 1985 par le regretté Corey Haim. La similitude entre les deux films s’accentue même lorsque les soupçons se portent de plus en plus clairement sur la personne du révérend du village. Late Phases prend d’ailleurs une direction similaire au film de Daniel Attias en s’attachant à montrer comment notre vieillard se prépare à l’affrontement en attendant la prochaine pleine lune.

Late Phases (2014) : Gardez un œil sur le loup-garou

Late phases propose cependant deux éléments différents.

D’une part, Ambrose ne découvre pas tout de suite qui est la figure maudite de la communauté, offrant ainsi au film la possibilité de maintenir le suspens sur l’identité de la créature.

Ensuite et surtout, Late Phases s’intéresse principalement à la perte. Ambrose est un vétéran. Il a perdu la vue mais aussi la guerre. Ainsi que le respect des autres et l’estime de soi. Aigri, il a construit un mur. Cet ennemi monstrueux représente pour lui la chance d’une éventuelle rédemption. Marty, pour sa part, se servait de la situation pour démontrer son courage : Hors de question de le réduire à l’état d’estropié. Marty et Ambrose se retrouvent d’ailleurs sur ce point puisque ce dernier abhorre particulièrement ce terme.

Late Phases (2014) : Gardez un œil sur le loup-garou

Taciturne is beautiful

Amoureusement fabriqué par des passionnés de cinéma fantastique, les effets-spéciaux livrent néanmoins une impression mitigée. La première apparition du loup garou est excellente. Filmée furtivement, la créature est immense, effroyable, brutale, majestueuse. Plus tard cependant, la caméra s’attarde sur un attroupement de créatures qui, cette fois, paraissent bien moins crédibles, presque clownesques.

Cette déception n’enlève cependant rien à la superbe scène de transformation qui bénit littéralement Late Phases. Comme dans Van Helsing (2004), le monstre se dissimule à l’intérieur du corps et doit douloureusement s’extraire de sous la peau. Mais Stephen Sommers avait opté pour des effets spéciaux numériques pour permettre à son monstre de se dévoiler. La transformation était rapide, sans démesure, presque bâclée. Pour cette séquence, Late Phase préfère se rapprocher de la fameuse séquence culte de La Revanche de Freddy (1985) durant laquelle le croque-mitaine quitte le monde des rêves pour celui des vivants en traversant littéralement un malheureux adolescent. Résultat pour Late Phases : l’effet convainc autrement plus que la métamorphose fade de Van Helsing.

Cette version moderne et désillusionnée de Peur Bleue sort des rangs en optant pour un ton sombre et déprimé. Mais Late Phases n’évite pas certains stéréotypes. Malgré un principe de départ fort original, l’histoire demeure en effet somme toute prévisible. Ceci étant dit, le film d’Adrian Garcia Bogliano reste attachant et hautement recommandable.

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