L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Années 70 et 80

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo

La liberté accordée par HBO enthousiasme Anthony Hickox qui livre un film musclé, riche en action et échanges de tirs, fortement inspiré de sa rencontre avec À toute épreuve de John Woo deux semaines avant le tournage. En effet, la claque est telle que le réalisateur revoit sa copie et en particulier le story-board pour réécrire les scènes à l’aura de ce que produit alors le nouveau maître du film d’action en ce début des années 90.

Max, flic, est témoin de la mort de son collègue Jim lors d’une intervention. Mais, quelque temps après, Jim revient, en parfaite santé de surcroît. Il est cependant différent : plus agressif et doté d’une force surhumaine. Quelques jours plus tard, Jim décède d’une balle dans la tête, une balle en argent. C’est alors que Max fait la rencontre d’un groupe de policiers radicaux, fanatiques de justice, qui s’injectent un sérum afin de décupler leur force et de débarrasser la ville de ses éléments perturbateurs. Max refuse au départ de faire partie du groupe mais finit par être désigné volontaire…

Chanteuse du groupe Eight Wonder, Patsy Kensit devient un visage connu du cinéma à partir de L’arme fatale 2 en 1989.

Pour éviter que l’aspect effrayant de la nature humaine disparaisse sous des prothèses comme dans la plupart des films de loup-garou, Full Eclipse fait le choix de la sobriété en termes de prothèses. Ainsi, à l’état animal, les personnages restent reconnaissables, même si les maquillages tentent, malgré tout, de s’inspirer de ceux, plus lourds, qui étaient appliqués sur le visage d’Oliver Reed dans La Nuit du loup-garou de Terence Fisher en 1961.

Les effets spéciaux accompagnant les transformations des lycanthropes sont également limités. Le film fait donc l’impasse sur les coûteuses métamorphoses chères à Hurlements ou au Loup-garou de Londres. Le budget limité d’un téléfilm pour le câble est peut-être aussi une explication pour ce choix, d’autant plus que le film n’hésite pas à faire appel au morphing pour matérialiser la transformation en loup : un effet bon marché, déjà démodé à l’époque.

Anthony Hickox est le fis du légendaire Douglas Hickox (Théâtre de Sang). On lui doit d’excellentes séries B au début de sa carrière comme Waxwork (1988), Sundown (1989) ou Hellraiser 3 (1992).

Le mythe du loup-garou semble de toute manière ne pas être le souci du scénariste qui considère le métrage plutôt comme une œuvre traitant du problème de la drogue et de ses effets destructeurs puisque les loups garous de Full Eclipse utilisent un sérum pour acquérir une force surhumaine.

L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle avait déjà été appliquée aux vampires, mais elle s’avère particulièrement bien traitée par Anthony Hickox. Sous sa patte, le film évolue comme un film de super-héros puisque le réalisateur est fan de comics. Ainsi, la ressemblance de Mario Van Peebles (New Jack City – 1991) avec le personnage de Wolverine des X-men est tout sauf fortuite.

Bruce Payne, qui incarne Garou, débute sa carrière dans la comédie Pyrates (1991) aux côtés de Kevin Bacon et Kyra Sedgwick. Puis, dans Passager 57 (1992), il incarne le terroriste Charles Rane opposé à Wesley Snpies. En 1993, on peut le voir dans deux films fantastiques : Full Eclipse et Necronomicon (dans l’épisode signé Christophe Gans).

Intéressant est également le traitement accordé au méchant : Garou (Bruce Payne). Non seulement il ne subit plus sa malédiction, cherchant même à la contrôler, mais il l’exploite même pour protéger ses concitoyens des malfrats à l’instar d’un Inspecteur Harry.

Pour le reste, le film respecte les us et coutumes du genre puisque nos néo loups garous craignent les balles en argent et sont dépendants de la pleine lune pour se transformer. Le thème de l’animalité et de la sauvagerie est également bien présent avec une certaine violence dans les meurtres.

Le film de loup-garou connaissait un regain d’intérêt au début des années 1990 en raison du film hollywoodien Wolf. Même si le film dans lequel Jack Nicholson incarne la bête s’avère plutôt décevant, ce n’est pas le cas de Full Eclipse.

USA – 1993 – Réalisation : Anthony Hickox – Distribution : Mario Van Peebles, Patsy Kensit, Bruce Payne, Tony Denison, Jason Beghe…

Bande-annonce VO :

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Le loup-garou de Washington, est une satire inspirée par le scandale du Watergate qui défraya la chronique dans les années 70.

Le scandale du Watergate débute en 1972 lorsque des cambrioleurs sont arrêtés dans les locaux du parti démocrate à Washington. Alors que le FBI laisse traîner l’enquête, le Washington Post met en évidence les liens des cambrioleurs avec la Présidence et les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est réélu en 1972 mais la machine est en route et des cas d’obstruction à la justice et d’abus de pouvoir sont révélés. Lorsqu’un système d’écoute dans la Maison-Blanche est rendue public, l’implication du Président devient évidente et le Congrès engage alors une procédure visant à la destitution du chef de l’État.

Principalement connu du grand public pour son rôle d’Al dans la série Code Quantum, Dean Stockwell a pourtant débuté sa carrière dès les années 40. Enfant, il joue aux côtés de Frank Sinatra dans Escale à Hollywood (1945), de Gregory Peck dans Le Mur invisible (1947) et d’Errol Flynn dans Kim (1950). Plus tard, sa participation au Génie du mal (1959) et au Long voyage vers la nuit (1962) lui vaut deux prix d’interprétation au Festival de Cannes. Dans les années 80, il est dirigé par Wim Wenders dans Paris, Texas (1984) et David Lynch dans Dune (1984) et Blue Velvet (1988).

Dans le Loup-garou de Washington, Jack Whittier est un journaliste qui se trouve en Hongrie avec Giselle la fille du président américain avec qui il a une affaire. En route pour l’aéroport, ils tombent en panne d’essence. Jack part chercher de l’aide. Lorsqu’il revient bredouille, il découvre Giselle menacée par un loup. À l’aide de sa canne ornée d’un embout en argent, il parvient à tuer l’animal qui se transforme en être humain. Au village, une femme explique à Jack qu’il a en réalité tué son fils hantant la lande les soirs de pleine lune une fois transformé en loup-garou. Elle lui tend une amulette qu’il doit désormais toujours porter sur son cœur afin de ne pas subir le même sort que sa victime. En effet, Jack a été blessé par la créature lors de la lutte. Bien évidemment, Jack ne prend pas suffisamment au sérieux les avertissements de la vieille dame et perd le fétiche. Un mois plus tard, la malédiction se réalise alors que Jack travaille pour le gouvernement des États-Unis auquel il doit redorer l’image public ternie à la suite d’un scandale. Il essaie de faire comprendre à tout le monde qu’il n’est plus l’homme de la situation mais personne ne l’écoute puisque les Black Panther sont considérés responsables et un afro-américain a déjà été arrêté pour les crimes perpétrés par Jack…

Le thème de la lycanthropie placée dans le contexte politique américain est intéressant mais s’avère finalement un simple prétexte scénaristique puisque peu usité. Quant aux effets de transformation, ils ne révolutionnent pas le genre en appliquant les techniques utilisées trente ans plus tôt dans les films de l’Universal. L’irruption d’une bohémienne pour expliquer à Jack la malédiction dont il est victime fait directement référence au Loup-garou (1941). Dans le film de George Waggner une bohémienne expliquait déjà le processus à Lon Chaney Jr. alias Larry Talbot, après que son fils, Bela Lugosi, l’ait mordu.

Satire, le film utilise avant tout les clichés et coutumes du genre horrifique pour se moquer de la politique et du style de vie américain. Par exemple, le personnage de Jack, américain typique, paraît terriblement imbu de lui-même lorsqu’il est attaqué par un loup en Hongrie et qu’il se rend compte que personne ne se met en quatre pour lui venir en aide.

Malheureusement, le Loup-garou de Washington ne parvient qu’à de très rares moments à être convaincant. La faute en incombe à une mise en scène peu inspirée. En définitive, les scènes comiques sont plus gênantes que drôles. On peut citer par exemple cette scène où Jack joue au bowling avec le président des États-Unis. Ce dernier ne cesse de lui assurer son soutien et sa confiance pendant que Jack, lui, se débat avec la boule et ses doigts coincés à l’intérieur. Dean Stockwell est très bien, mais ce n’est pas drôle car on ne voit pas ce que cette scène vient faire là.

À cela, il faut ajouter des dialogues qui n’ont pas de sens, en particulier lorsque s’exprime le Président, incapable de faire une phrase complète. Bien que son idiotie soit rationnelle dans une satire politique, l’austérité avec laquelle ses discours sont déclamés laisse à croire que le film est en réalité très sérieux.

Le Loup-garou de Washington s’essaie parfois également au trash en témoigne cette scène où Jack découvre un laboratoire où opère un scientifique fou, nain, créateur de vie artificielle. C’est trop surprenant, en particulier dans un film dont la mise en scène est si austère.

Cependant, de ce décalage étrange entre sincérité et humour involontaire nait une sorte de fascination qui rend le Loup-garou de Washington irrésistible, à l’instar d’autres films ratés comme The Room de Tommy Wiseau (2003) par exemple. Ainsi, pour les amateurs de navet, Le loup-garou de Washington est assurément un incunable.

USA – 1973 – Titre original : The Werewolf of Washington – Réalisation : Milton Moses Ginsberg – Distribution : Dean Stockwell, Katalin Kallay, Henry Ferrentino…

Bande annonce VO :

La louve sanguinaire, et libidineuse

Parmi les acteurs du cinéma Bis italien, Rino di Silvestro, réalisateur de La louve sanguinaire, fait partie des plus opportunistes, ne reculant devant aucun scrupule pour flatter les instincts les plus salaces du public Par exemple, en 1973, il tâte du film de femmes en prison avec La vie sexuelle dans une prison de femmes. Un an plus tard, il touche à la prostitution avec Prostituzione. Faire de l’argent avec l’une des pires périodes de l’humanité ne le dérange pas non plus comme en atteste Les déportées de la section spéciale SS qu’il commet en 1976. En 1984, avec À seize ans dans l’enfer d’Amsterdam, il récidive avec un sous-produit graveleux de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981).

Il ne restait donc plus que l’horreur transalpine que Rino di Silvestro n’avait pas encore béni… C’est chose faite en 1976 avec La Louve Sanguinaire. Bien sûr, cela ne peut naturellement pas se faire sans une bonne dose d’érotisme et de touffes pubiennes cadrées en plan serré.

Le film va droit au but et, dès le générique, les noms ainsi que les différents postes occupés par l’équipe technique s’affichent alors que la jolie Annick Borel danse nue comme un ver sous un rayon de lune. Ses avantages sont parfaitement mis en valeur par la caméra qui ne cesse de se rapprocher de plus en plus près, à un point tel, qu’on se demande si l’on ne va pas finir par carrément pénétrer dans son vagin. Heureusement, l’actrice française née à Besançon en 1948 tombe d’épuisement avant que l’irréparable ne se produise. S’en suit des contorsions puis, une transformation en loup-garou. Le maquillage se limite à du fard à paupière sombre, des touffes de poils de-ci de-là, un museau de chien, des crocs en plastiques et des mamelons surdimensionnés.

La transformation de l’ancêtre de Daniela en loup-garou est en fin de compte la seule métamorphose du film puisque cette dernière est en réalité un lycanthrope dans le sens clinique du terme. Ainsi, Daniela ne se transforme pas physiquement en loup ; tout se passe dans sa tête…

Daniela, fille d’un comte, a été agressée sexuellement par un déséquilibré à l’âge de 13 ans. Désormais, Daniela est une jeune femme, mais aujourd’hui encore, elle souffre de ce qui lui est arrivée adolescente. Ainsi, dans ses rêves, Daniela s’identifie à son ancêtre qui, deux siècle plus tôt, fût brûlée sur le bûcher pour lycanthropie. Lorsque sa sœur débarque soudainement dans le manoir familial avec son beau fiancé, Daniela est troublée sexuellement. Dès lors, elle sombre dans une folie meurtrière héritée de son aïeul, et les nuits de pleine lune prennent une teinte rouge vif.

À première vue décevant pour les fans de loup-garou, le parti pris du film s’avère finalement intéressant. En effet, rares sont les œuvres à aborder la lycanthropie sous un angle pathologique en préférant s’intéresser au traumatisme subit par Daniela à cause de l’inconscience masculine. Un traumatisme dont Daniela va se servir pour punir les hommes, quasi tous des salauds dans le film.

Tout cela est rendu crédible grâce à la performance de la jolie Annick Borel. Son jeu est étonnamment juste et très vite, elle attire l’empathie du public.

La louve sanguinaire dispose également d’une atmosphère étrange et inquiétante. La plupart du film se déroule dans le manoir du père de Daniela. Isolé, sombre, la demeure familiale est bordée par une forêt et non loin se trouvent de dangereuses falaises ; le lieu de villégiature de Daniela semblent finalement bien peu enclin à l’aider à trouver la quiétude nécessaire pour retrouver la raison.

Rino Di Silvestro est sans aucun doute l’autre artisan de la qualité du film. En particulier, parce que La louve sanguinaire ne souffre d’aucun temps mort, le réalisateur ponctuant régulièrement son film de scènes érotiques. Ainsi, le spectateur est toujours gratifié de sa patience, même après avoir dû subir des analyses pseudo-scientifiques sur la psychologue déviante de Daniela. Mieux encore, vers la fin du métrage, le film prend clairement la direction d’un autre genre du cinéma populaire en flirtant avec le rape and revenge.

Avec tous ses atouts, un peu de gore, beaucoup de nudité, un scénario intéressant, des décors et une atmosphère envoûtants, La louve sanguinaire s’avère en réalité un film fort agréable.

Italie – 1976 – Titre original : La Lupa mannara – Réalisation : Rino Di Silvestro – Distribution : Annik Borel, Howard Ross, Dagmar Lassander, Tino Carraro…

Bande-annonce VF :

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups

Cet article est diabolique ! Ne le lisez pas si vous n’avez pas encore vu le film

Curieuse, rêveuse, l’héroïne de la Compagnie des loups, Rosaleen, est naturellement plus attirée par les loups et les mystères qu’ils recèlent que par la vie rugueuse de paysanne qui lui est promise par son soupirant de jeune voisin.

Pourtant sa grand-mère la met en garde : le plus horrible des loups se cache chez l’homme. Et les belles manières dont fait preuve l’étranger rencontré dans les bois ou la noblesse dont se prévalent les riches convives d’un banquet ne sont que tromperies manigancées afin d’abuser de la naïveté et de l’inexpérience des jeunes filles.

Mais l’adolescente à la mine boudeuse est arrivée à cet âge où les loups, héros de ces contes moralisateurs qui la terrifiaient enfant, aujourd’hui la fascinent et l’incitent à braver les interdits inculqués par les adultes.

Rosaleen va donc faire fît des avertissements de son aïeule. Plutôt que de rejeter la créature qui a dévoré sa grand-mère, elle s’apitoie sur la bête. Et finalement, Rosaleen s’enfuit avec le loup. Ainsi, en choisissant la compagnie des loups, Rosaleen quitte l’enfance et la peur pour laisser s’affirmer une sexualité triomphante.

L’adaptation de deux nouvelles d’Angela Carter

Dans les années 70, l’écrivaine Angela Carter s’était spécialisée dans la réécriture de contes avec un point de vue féminin. Lorsqu’elle rencontre Neil Jordan, celui-ci vient de rencontrer un succès important avec son premier film, Angel (1982). Elle lui propose d’adapter une de ses nouvelles en court-métrage. Mais le futur réalisateur d’Entretien avec un vampire entrevoit un développement plus ambitieux des écrits de la romancière. En conséquence, le film adapte plusieurs contes et peut donc paraître quelque peu décousu, d’autant plus que la Compagnie des loups n’hésite pas à les intégrer sous la forme d’histoires narrées au sein même d’un rêve. Ce côté quelque peu surprenant ou brouillon est cependant vite balayé par la richesse du propos du film, ainsi que par ses nombreuses qualités visuelles.

Christopher Tucker, maquilleur britannique spécialisé dans les techniques d’effets spéciaux avec prothèses a travaillé pour le théâtre et le cinéma ; on lui doit également les maquillages de The Elephant Man.

Une esthétique proche de l’univers gothique de la Hammer

Les somptueux décors réalisés par Anton Furst (Alien) sont réalisés en studio et accentuent l’aspect irréel des lieux où se déroule l’action, évoquant l’univers des contes. Ainsi les décors reproduisent villages, cimetière, forêt, changement de saisons, arbres déchirés et brume omniprésente. Chaque objet, chaque lieu et chaque personnage est à la fois étrange, inquiétant, attirant et envoûtant. Même les horribles transformations des hommes en loups sont fascinantes. Jamais écœurantes, elles s’éloignent radicalement des récents travaux effectués à l’époque par Rob Bottin et Rick Baker pour Hurlements et Le Loup-garou de Londres. En regardant Hurlement, on ne détourne pas les yeux. Bien au contraire, les maquillages émerveillent, charment, attendrissent, dans une tradition proche du merveilleux instauré par George Pal et Ray Harryhausen…

Avec ses champignons géants, ses jouets et autres objets inanimés qui prennent vie, ses personnages que l’on retrouve à la fois dans le monde réel et les rêves de la jeune fille, la Compagnie des loups rappelle également d‘autres films du milieu des années 80 exploitant une imagerie féérique. On pense ainsi au Labyrinthe de Jim Henson (1986) ou à L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984). À l’inverse de ces deux films, la Compagnie des loups verse cependant dans un humour moins grotesque car plus noir, renvoyant aux superstitions de la grand-mère et à ses mises en garde des hommes. Au final, le film de Neil Jordon s’adresse à un public résolument plus adulte.

Source : L’Écran Fantastique

Royaume-Uni – 1984 – Titre original : The Company of Wolves – Réalisation : Neil Jordan – Distribution : Sarah Patterson, Angela Lansbury, David Warner, Stephen Rea…

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

« C’est un film de monstre, incroyablement violent et très triste, très drôle, mais certainement pas une comédie. » John Landis.

Au cours d’un voyage à travers l’Europe, les deux étudiants américains David et Jack se retrouvent dans le nord de l’Angleterre, dans un village isolé du nom d’East Proctor. À l’auberge, ils font connaissance avec les autochtones, inhospitaliers, qui semblent dissimuler un secret. Littéralement jetés à la porte, David et Jack doivent reprendre la route sur la lande. Durant cette nuit de pleine lune, ils subissent l’attaque d’un loup-garou. Quelques jours plus tard, David se réveille dans un hôpital à Londres et apprend que son ami n’a pas survécu.

Dès lors, chaque nuit, David souffre de cauchemars atroces dans lesquels il voit sa famille assassinée par des monstres portant des uniformes SS. Dans ses rêves, il se découvre également nu, courant dans la forêt pour chasser et se nourrir de viande crue. C’est alors que son ami Jack lui rend visite. Atrocement mutilé, Jack est désormais mort-vivant et supplie David de se donner la mort. Selon lui, son ami est un loup-garou et ses victimes erreront éternellement dans les limbes tant qu’il continuera à sévir…

Rick Baker est l’un des meilleurs spécialistes en effets-spéciaux d’Hollywood. Parmi ses travaux les plus célèbres, citons ceux conçus pour La Planète des singes. En ce qui concerne Le loup-garou de Londres, Rick Baker fut récompensé d’un Oscar.

Comme l’indique le titre original, le film raconte aussi les tribulations d’un américain à Londres ; l’humour se manifestant chaque fois que David est confronté aux différents clichés attribués aux britanniques.

La thématique du loup-garou sert ainsi à faire avancer le scénario vers des situations surprenantes, accentuant encore l’aspect comique des stéréotypes britanniques. Ainsi, Le loup-garou de Londres n’est pas seulement un film fantastique ; c’est aussi une comédie et c’est probablement la raison pour laquelle il bénéfice aujourd’hui encore d’une belle cote de popularité auprès du grand public.

Cascadeur sur Il était une fois dans l’Ouest (1968), acteur sur La bataille de la planète des singes (1973), John Landis réalise son premier film en 1973 : Schlock, le tueur à la banane…! Plus tard, au début des années 80, il rencontre le succès avec Blues Brothers et Le loup-garou de Londres. Il a également signé la réalisation du clip Thriller pour Michael Jackson.

D’autant plus que le film n’hésite pas non plus à verser dans l’action lors d’un final haut en couleurs avec cascades et scènes de foule en panique à Piccadilly Circus, l’un des quartiers les plus touristiques de Londres.

Tout comme Rob Bottin avec Hurlements, Rick Baker propose des effets-spéciaux inédits en 1981. Le spécialiste propose même une transformation entière du corps de David, et pas seulement certaines parties comme dans Hurlement. Inédits et originaux à l’époque, les effets du Loup-garou de Londres ont également moins vieillis que ceux du film de Joe Dante. Par ailleurs, la célèbre scène de transformation surprend encore aujourd’hui en surgissant sans crier gare, dans un salon sous une lumière crue et avec en fond sonore une chanson pop qui passe à la radio.

De même, alors que Hurlements est un film spectaculaire où les effets-spéciaux impressionnent, Le loup-garou de Londres est plus timoré. Il montre finalement très peu sa créature, et joue sur l’attente du public, comme dans un film de monstre classique.

Jenny Agutter qui joue la petite amie de David, connu une renommée mondiale en 1976 en jouant dans L’âge de cristal aux côtés de Michael York.

C’est d’ailleurs l’une des autres réussites du film d’être parvenu à transporter le thème classique du loup-garou à l’époque contemporaine. Pour ce faire, le film joue sur les deux tableaux. D’un côté, les classiques de l’Universal sont commémorés grâce à une référence à Lon Chaney Jr. De l’autre, le loup-garou ressemble cette fois-ci à un vrai loup, et pas à un être humain au faciès lupin. Il marche même à quatre pattes à l’aide des effets-spéciaux modernes…

En mariant comédie et épouvante sur un rythme soutenu, John Landis signe un film très agréable et ouvert à tous car n’étant pas uniquement un film d’horreur. Par ailleurs, l’interprétation excellente amène le spectateur à s’émouvoir pour les personnages et en particulier David dont la fin tragique est particulièrement poignante.

USA – 1981 – Titre original : An American Werewolf In London – Réalisation : John Landis – Distribution : David Naughton, Griffin Dunne, Jenny Agutter, John Woodvine…

Bande-annonce VO :

Peur Bleue, la contribution de Stephen King aux films de loup-garou

Peur Bleue est l’adaptation du roman L’Année du loup-garou (titre original : Cycle of the Werewolf) écrit par Stephen King et paru en 1983. Alors que le film condense la durée de l’action sur un été, le roman, quant à lui, se divise en douze chapitres, un pour chaque mois de l’année. Autre différence, le roman est centré sur le loup-garou et décrit comment des citoyens calmes et respectueux de l’ordre réagissent de manière hystérique face aux cadavres mutilés que laisse derrière lui le loup-garou. En ce qui le concerne, le film préfère suivre Marty, jeune paraplégique de dix ans.

Marty se dispute souvent avec sa sœur Jane et souffre de la sollicitude trop appuyée à son goût que lui témoignent ses parents. C’est pourquoi il voue une véritable adoration à son oncle Red, un looser alcoolique mais qui lui offre le moyen de s’échapper de l’étouffante attention de ses parents. C’est ainsi que Marty se voit offrir par son oncle une magnifique moto surnommée Silver Bullet (balle d’argent).
La nuit même, Marty s’échappe du cocon familial avec l’aide de son engin pour tirer des fusées à l’écart du village. Seul en pleine campagne, Marty est attaqué par une créature gigantesque. Il parvient néanmoins à s’échapper après avoir blessé son agresseur à l’œil.

Conscient que la créature ne peut être qu’un loup-garou, Marty tente de démasquer l’assassin avec l’aide de sa sœur. Stupéfaits, ils découvrent que le révérend Lowe arbore un pansement sur l’œil droit.

Peur Bleue arrive quelques années après Hurlements (1981) et Le Loup-garou de Londres (1981) qui avaient clairement renouvelé le genre. Et le film de Daniel Attias fait lui aussi montre de quelques solides atouts.

Peur Bleue dispose tout d’abord d’une esthétique séduisante. Par exemple, durant une séquence, les villageois qui ont soif de justice s’enfoncent dans la forêt lors d’une nuit bleutée du plus bel effet. Le sol, recouvert d’une épaisse brume, leur sera fatidique. Un à un, ils disparaissent sous la couche brumeuse dans une séquence parfaitement mise en scène. De même, lorsque Marty est confronté pour la première fois au loup-garou, c’est sur un pont en bois durant une nuit illuminée par de tranchants flots de lumière disséminés ; la scène est bien jolie.

Peur Bleue peut également s’enorgueillir des magnifiques effets spéciaux de Carlo Rambaldi. Auteur des trucages de Alien, le huitième passager (1979), E.T., l’extra-terrestre (1982) et Rencontres du troisième type (1977), ce spécialiste compétent délivre transformations diverses et une présence accrue du loup-garou. Au final, le film de Daniel Attias est spectaculaire. Et il est également parfaitement rythmé, malgré le fait qu’il ne soit pas cadencé en douze chapitres comme le roman.

Le loup-garou, quant à lui, est immense et impressionne. Il s’inscrit dans la droite lignée de ceux de Hurlements. Poilu et musclé, il a perdu sa physionomie humaine et s’éloigne des représentations classiques, même s’il se tient encore debout sur ses membres inférieurs.

Le révérend Lowe, qui est donc frappé par la malédiction, est interprété par Everett McGill. Acteur de théâtre, Everett McGill avait attiré l’attention sur lui après sa prestation dans la Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud. Il reste cependant plus particulièrement connu grâce au personnage de Big Ed dans la série Twin Peaks de David Lynch. Les fans de fantastique se souviennent également de sa performance dans Le Sous-sol de la peur (1991) de Wes Craven où, en combinaison SM, il pourchassait, fusil au poing, les enfants qui se cachaient dans les murs de sa maison.

Pour Peur Bleue, il s’approprie un personnage intéressant dans la mesure où le voici confronté à une contradiction blasphématrice : par quel cynisme Dieu peut-il infliger une telle épreuve à un homme qui s’est dévoué à Lui ? Que cherche-t-Il à prouver ? Tant bien que mal, le révérend Lowe tente de trouver une explication. Ses convictions religieuses ne l’aident cependant pas vraiment. Il ne peut pas se suicider et sa solitude ne lui permet pas de trouver de l’aide. Dès lors, il cherche à justifier sa condition et ce faisant, il continue chaque nuit à perpétrer ses crimes.

Everett McGill n’est pas le seul comédien à tirer son épingle du jeu. Peur Bleue dispose en effet d’un casting riche et attachant.

Corey Haim interprète Marty. L’acteur, qui connaîtra une certaine célébrité deux années plus tard grâce à Génération Perdue de Joel Schumacher, offre une interprétation touchante de ce jeune paraplégique de dix ans. Il est très rare qu’une personne handicapée soit le héros, en particulier dans un film d’épouvante comprenant, qui plus est, de nombreuses scènes d’action. Ce parti pris risqué est tout à l’avantage de Peur Bleue.

L’oncle Red est interprété par Gary Busey. L’acteur a été nominé aux Oscars pour son interprétation dans The Buddy Holly Story (1978) avant de tomber dans l’oubli et de finalement revenir sur le devant de la scène grâce au rôle de tueur de flics dans L’Arme fatale en 1987. Dans Peur Bleue, grâce à son regard malicieux et charmeur, il est parfait dans ce rôle dans lequel il doit incarner l’oncle d’un gamin handicapé qui a besoin d’être considéré comme un enfant normal.

Même si le personnage de Jane (Megan Follows), sœur de Marty, est un peu en retrait, il reste néanmoins important. En effet, il se dégage de Peur Bleue l’image d’un film positif sur la famille, capable de surmonter toutes les difficultés, qu’elles soient liées à la santé de l’un de ses membres ou aux dangers extérieurs auxquels elle est exposée ; contrairement à la religion qui elle ne peut pas faire face.

USA – Pays-Bas – 1985 – Titre original : Silver Bullet – Réalisation : Daniel Attias – Distribution : Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim…

Bande-annonce VOSTF :

Hurlements de Joe Dante : la renaissance du film de loup-garou

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Le début des années 80 fut marqué par une certaine renaissance du film de loup-garou avec les sorties de Wolfen (1981), Hurlements (1981), Le loup-garou de Londres (1981), El retorno del Hombre Lobo (1981), La Compagnie des loups (1984) et, dans un tout autre genre, Teen Wolf (1985). Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis seront cependant ceux qui marqueront le plus les esprits en injectant un sang neuf aux films de loups-garous.

Une journaliste obtient un entretien avec un maniaque qui attaque et éventre des jeunes femmes. L’entrevue se transforme en piège pour la jeune femme sauvée in extremis par la police. La journaliste ne sort cependant pas totalement indemne de sa mésaventure. Dans son inconscient, elle refoule ce qu’elle a vu juste avant que la police n’abatte son agresseur, à savoir la transformation de ce dernier en loup-garou. Comme traitement thérapeutique, un psychiatre lui conseille de se rendre dans une communauté reculée et spécialisée afin de se rétablir. Elle ignore que le groupe « au vert » est composé de loups-garous.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

En assimilant le mythe du loup-garou à celui des sectes secrètes, les scénaristes sont parvenus à édifier des schémas différents autour de ce personnage trop souvent relégué à la victime d’une malédiction ancestrale. Désormais, ils sont bien implantés parmi nous, et se déchirent même entre deux groupes antagonistes. D’un côté, il y a ceux qui, menés par le psychiatre (Patrick Macnee de Chapeau Melon et Bottes de cuir), plaident pour l’harmonie entre les humains et les lycanthropes. De l’autre côté, on trouve des personnages comme celui campé par John Carradine qui ne voient en la race humaine rien de plus que des têtes de bétail.

Sur la forme, et plus particulièrement en ce qui concerne les effets spéciaux, Hurlements proposait à l’aube des années 80 un fabuleux bond en avant au regard des précédents films de loup-garou. Grâce aux maquillages imaginés par Rob Bottin et à l’animation image par image de David Allen, c’en était fini des superpositions d’images pour feindre la transformation en bête poilue. Désormais, les poils surgissent, les mâchoires se déforment, le nez se transforme en museau… Corporellement, les loups-garous s’éloignent également radicalement de la silhouette humaine. Ils deviennent immenses et arborent des formes allongées qui évoquent non plus un être humain ressemblant vaguement à une bête mais bien un loup qui marcherait sur deux pattes. A ce moment-là, l’évolution technique permet l’évolution artistique des loups-garous.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

À ce sujet, le film ne manque en outre pas d’humour lorsque Karen décide de se transformer devant une caméra de télévision afin de révéler au monde l’existence des loups-garous. Son sacrifice est inutile comme le démontre un téléspectateur dans un bar qui admet, avec admiration et guère d’intérêt, que le cinéma sait désormais tout faire en termes d’effets spéciaux.

Hurlements ne mise pas tout sur ses trucages. En effet, l’interprétation est excellente, dominée par deux monstres, l’un du cinéma fantastique, l’autre de la télévision. Sans oublier la présence de Dee Wallace qui débutait là une formidable carrière également placée sous le signe du fantastique : E.T., l’extra-terrestre, Cujo, Critters… Esthétiquement, le film dispose d’une atmosphère qui lui est propre et d’images de toute beauté. Quant à l’histoire, originale et passionnante, elle est toujours aussi brillante aujourd’hui.

USA – 1981 – Titre original : The Howling – Réalisation : Joe Dante – Distribution : Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, John Carradine…

Bande-annonce VOSTF :

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