Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Années 70 et 80 Page 1 of 2

Horror bascule la franchise Hurlements dans les tréfonds de la série B, voire Z

L’aura du film de Joe Dante n’a pas empêché les dépositaires de la franchise Hurlements à plonger la série dans les tréfonds du film à petit budget et ce, dès ce Horror, la toute première séquelle.

Le film démarre juste après la mort de Karen White, abattue au moment de sa transformation à la fin du premier Hurlements. Lors de son enterrement, Stefan Crosscoe (Christophe Lee) tente de prévenir le frère de Karen, Ben, que sa sœur n’est pas morte. Il lui explique sans préalable qu’elle est en réalité un loup-garou et qu’il doit absolument enfoncer dans son corps un stylet en titane car l’argent n’est plus aussi efficace que par le passé.

Évidemment, Ben ne prend pas un seul instant au sérieux cette histoire à dormir debout. Sa petite amie Jenny, moins imperméable, prend l’initiative de garder la carte de visite de cet étrange personnage.

Horror bascule la franchise Hurlements dans les tréfonds de la série B, voire Z

La nuit, tout le monde se retrouve au cimetière… Stefan pour transpercer le corps de Karen armé avec de son stylet en titane. Ben et Jenny, quant à eux, ont la ferme intention d’empêcher la profanation du corps de leur parente.

C’est à cet instant que se produit l’inattendu : Le couple est attaqué par des loups-garous venus défendre Karen… Ben et Jenny n’ont pas d’autre choix que de reconnaître qu’ils avaient tort : la lycanthropie n’est pas une légende !

Ensemble, ils décident de partir pour la Roumanie où Stirba (Sybil Danning), la grande souveraine de l’espèce attend de recouvrer la grandeur de son espèce. Avec ses semblables, elle compte bien en faire baver à la race humaine.

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Les bénéfices engrangés par le premier opus semblent avoir étrangement disparus. En tout cas, ils n’ont pas été attribués à la mise en chantier d’une ambitieuse séquelle.

Certes, le film dispose d’un casting conséquent avec la présence de Christopher Lee. Malheureusement, le célèbre acolyte de Peter Cushing livre une prestation peu enthousiasmante. Sans doute s’élève-t-elle au niveau de son cachet… À moins qu’il n’ait tout simplement pas apprécié cette dégaine post punk des années 80 dont il est affublé dans la scène où il sort d’un concert.

L’érotisme déjà présent dans le premier opus est assuré ici par Sybil Danning dans le rôle de Stirba. Les scènes chaudes restent cependant pudiques comme en témoigne la scène d’orgie entre loups-garous. Même si elle est plutôt sage, la mini-partouze entre Sybil Danning et ses deux congénères poilus est plutôt réjouissante, bien que certains la trouveront sans doute un peu kitsch.

Quoi qu’il en soit, la nudité de Sybil Danning est bien trop peu exploitée. Le monteur semble d’ailleurs d’accord avec ce constat, comme en témoigne le générique de fin qui reprend à foison la seule séquence où la jolie demoiselle dévoile son opulente poitrine…

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Le film reprend l’idée de communauté de lycanthropes. Horror se permet même d’aller plus loin puisque la colonie voue un culte au Mal et que Stirba apparaît comme une sorte de Reine des Loups-garous. Ainsi, la lycanthropie n’est plus du tout considérée comme une malédiction.

Les transformations en loup-garou ne sont même plus aussi douloureuses, comme on peut le constater lorsque Styrba se transforme en plein coït avec ses semblables.

La hiérarchie entre les membres de la communauté et la sensualité qui se dégage des scènes de transformations ont pour résultat que Stirba et ses congénères ressemblent à une variante poilue de nos célèbres vampires. Stirba est donc une sorte de sous-Dracula, d’ailleurs, l’un de ses acolytes est dénommé Vlad…

Horror aurait, peut-être, pu tirer son épingle du jeu grâce au dépaysement que procure la partie se déroulant en Transylvanie. Malheureusement, là encore, Philippe Mora n’arrive pas à exploiter les atouts qu’il a en main.

La fête au village du pays des loups-garous est mal exploitée. Le folklore roumain, les masques, les costumes, les marionnettes ainsi que les rues pavées et les vieilles maisons n’apportent aucune valeur ajoutée au film.

Non, le point fort du métrage est résolument ailleurs… On le trouve parmi les nombreux effets spéciaux, parfois impressionnants.

Horror bascule la franchise Hurlements dans les tréfonds de la série B, voire Z

La résurrection de Stirba est des plus réussies avec ce visage qui fond au contact du feu.

Les effets gores ne sont pas en reste, comme lorsque les yeux d’un pauvre nain explosent dans de belles giclées de sang. Plus loin, c’est le visage d’un prêtre qui est malmené et détruit par une espèce de chauve-souris géante et belliqueuse.

L’un des clous du film reste ce passage durant lequel un autre nain ressemblant aux inquiétants gnomes du Phantasm de Don Coscarelli isole Christopher Lee pour l’attaquer.

Les loups-garous, quant à eux, sont peu impressionnants et ressemblent plus à des big-foots. Seule Sybil Danning et ses deux partenaires de partouze semblent avoir bénéficié d’un traitement de faveur.

Philippe Mora, dont Mad Dog Morgan avec Dennis Hopper reste en 1976 son plus important fait d’armes, livre ici une suite franchement décevante.

USA – 1985 – Titre original : Howling II: …Your Sister Is a Werewolf – Réalisation : Philippe Mora – Distribution : Christopher Lee, Annie McEnroe, Reb Brown, Marsha A. Hunt, Sybil Danning…

Retour sur le premier opus de la franchise :

L’Empreinte de Dracula sur les traces de Mario Bava et Terence Fisher

L’Empreinte de Dracula est le quatrième film de la saga Waldermar Daninsky après Les Vampires du Dr. Dracula (1968), La Furie des vampires (1971) et Doctor Jekyll and the Werewolf (1972).

L’Empreinte de Dracula sur les traces de Mario Bava et Terence Fisher

Le titre original (El Retorno de Walpurgis) tente d’exploiter le succès de La Furie des vampires (La Noche de Walpurgis) mais les deux films n’ont rien en commun. L’Empreinte de Dracula s’inspire plutôt du Masque du démon de Mario Bava pour le scénario et des films de la Hammer pour l’esthétisme…

Prologue au Moyen Âge

Dans la Transylvanie médiévale, l’ancêtre de Waldemar Daninsky remporte le duel qui l’oppose au comte Bathory, adorateur de Satan. Il ne s’arrête pas en si bon chemin et exécute dans la foulée la progéniture du sorcier. Sur le bûcher, Elisabeth Bathory se venge en maudissant la lignée des Daninsky…

L’Empreinte de Dracula sur les traces de Mario Bava et Terence Fisher

L’Empreinte de Dracula a également été exploité en France sous les titres Le Retour des loups-garous et La Malédiction du diable.

Quelques siècles plus tard, Waldemar est sous la protection de la servante Maritza qui, en le protégeant, lui fait subir sans le vouloir une existence morne et sans espoir. Lorsqu’une gitane dévergondée apparaît dans la vie de Waldemar, celui-ci ne peut se défendre et succombe à son charme maléfique. Finalement, la jeune femme décède, mais il est trop tard, le mal est fait : Waldemar est désormais sous l’emprise de la malédiction familiale… Ce n’est qu’en découvrant l’amour, le vrai, qu’il est finalement libéré au moment même où Kinga, sa bien aimée, accepte de le poignarder à mort.

Vertu à double vitesse

Ce sacrifice ponctue un discours moralisateur malhonnête… En effet, cette concession à la morale catholique gravée dans une Espagne encore franquiste est en contradiction avec ces scènes retournées spécialement pour l’exportation après avoir demandé aux actrices (bien jolies en passant) de se présenter nues devant la caméra…

L’Empreinte de Dracula sur les traces de Mario Bava et Terence Fisher
Après El Espanto surge de la tomba, Les yeux bleus de la poupée cassée et La venganza de la momia, L’empreinte de Dracula est le quatrième et dernier film de Carlos Aured avec Paul Naschy (avant leur brouille).

L’érotisme n’est d’ailleurs pas la seule concession à l’exploitation puisque L’Empreinte de Dracula se permet également quelques incursions dans le gore avec, en particulier, une tête tranchée du plus bel effet.

Exploitation de qualité supérieure

Quoi qu’il en soit, il est indéniable que la misérable existence de Daninski apporte une profondeur au personnage, appuyée par une réalisation appropriée : montage lent, extérieurs monotones, action qui se déroule principalement la nuit… L’Empreinte de Dracula est assurément un film sombre et déprimant.

Loup-garou, satanisme, sorcières, érotisme, gore… L’Empreinte de Dracula est un film qui réunit tout ce qui pouvait garantir un certain succès au début des années 70. La profondeur du personnage principal et le soin apporté à la réalisation en font un divertissement qui dépasse cependant son statut de film d’exploitation.

Espagne, Mexique – 1973 – Titre original : El Retorno de Walpurgis – Réalisation : Carlos Aured – Distribution : Paul Naschy, Fabiola Falcón, Mariano Vidal Molina, Maritza Olivares, José Manuel Martín, Elsa Zabala, Eduardo Calvo, Ana Farra, Fernando Sánchez Polack…

L’Empreinte de Dracula sur les traces de Mario Bava et Terence Fisher

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Dans une époque désillusionnée comme la nôtre, un sujet aussi saugrenu que celui de Dracula contre Frankenstein ne viendrait à l’esprit de personne, ou alors, ce serait pour le traiter avec moquerie, dédain et mépris. C’était différent dans les années 70…

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Menacée par l’ère glaciaire sur Ummo, des extraterrestres sont résolus à faire de la Terre leur nouveau home sweet home. Pour se débarrasser des autochtones, les aliens mettent en place un stratagème sans pareil. Ainsi décident-ils d’instrumentaliser la superstition de leurs ennemis et de faire appel aux monstres infâmes de la culture populaire humaine. Vampires, loup-garou, Golem, monstre de Frankenstein et autre momie se soumettront-ils aux quatre volontés de l’émissaire extraterrestre, le scientifique fou Warnoff (Michael Rennie) épaulé de ses assistants Maleva (Karin Dor), biochimiste décédée dans un accident de voiture, et Kirian (Ángel del Pozo), chirurgien tué au combat ?

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Le film de Tulio Demicheli (Hugo Fregonese et/ou Eberhard Meichsner puisqu’ils sont trois à s’être succédé derrière la caméra) est un festival de fraîcheur et de naïveté. Il suffit, pour s’en persuader, de voir nos monstres fantastiques se rebiffer et n’en faire qu’à leur tête, désespérant nos belliqueux envahisseurs et contrecarrant leur plan de conquête du monde. En même temps, quand on n’est même pas fichu de créer un bête soleil artificiel pour réchauffer sa planète, peut-on raisonnablement espérer soumettre à sa volonté les grands monstres de l’Universal pour se débarrasser d’êtres habitants à 14 années lumières ?

Tels des enfants dans un magasin de bonbons, les monstres font tourner en bourrique les aliens les acculant à une défaite cinglante. Une défaite dont le grand vainqueur est l’amour… C’est Paul Naschy qui attire l’attention de la belle Karin Dor. Le célèbre espagnol, également responsable du scénario, livre une prestation à la hauteur de nos attentes. En début de métrage, on peut voir les extraterrestres retirer chirurgicalement les balles d’argent et redonner vie à Waldemar Daninsky. Par conséquent, on peut imaginer que le personnage de Paul Naschy est le même que celui qui meurt à la fin des Vampires du Dr. Dracula (1968).

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Réanimée pour servir l’oppresseur, l’allemande Karin Dor apporte la touche glamour au film. Sa présence dans un film comme Dracula contre Frankenstein peut surprendre. En effet, celle qui a été l’égérie du réalisateur Harald Reinl, la reine des Edgar Wallace Krimis et une James Bond Girl poussée dans une piscine infestée de piranhas par Donald Pleasence dans On ne vit que deux fois (1967) a été habituée à des productions plus ambitieuses.

Michael Rennie a également connu de meilleurs moments dans sa carrière, en particulier dans les années 50 lorsqu’il interprétait Klaatu dans Le jour où la terre s’arrêta (1951) de Robert Wise. Quoi qu’il en soit, il livre une prestation glaçante en extraterrestre qui ambitionne, ni plus ni moins, que d’exterminer des milliards d’individus.

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

La présence des monstres classiques du bestiaire fantastique s’accompagne bien entendu d’une ambiance lugubre et gothique. Un vieux château aux voûtes sombres, des cercueils décorés de cadavres et quelques meurtres occupent le spectateur qui n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. L’important est de ne pas trop prendre au sérieux le spectacle et cette histoire qui aurait pu servir de sujets à trois ou quatre autres longs-métrages.

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Alors que Dracula contre Frankenstein s’annonçait comme une analyse de la mécanique de la superstition, le film bascule rapidement dans le grand n’importe quoi. Néanmoins, cette galerie des horreurs où se côtoient de manière surprenante des personnages hétéroclites évoque tendrement le rêve d’un enfant où les grands monstres s’uniraient pour sauver les humains d’un fléau plus terrible encore.

Allemagne, Italie, Espagne – 1970 – Titre original : Monstruos del terro – Réalisation : Hugo Fregonese, Eberhard Meichsner, Tulio Demicheli – Distribution : Michael Rennie, Karin Dor, Patty Shepard, Helga Geissler, Ángel del Pozo, Craig Hill, Paul Naschy…

Bande-annonce VO :

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy

La production fantastique espagnole a explosé à la fin des années 60, rivalisant en nombre de films produits avec l’Italie. Suivant la voie tracée par la Hammer, l’Espagne reprend à son compte les grands mythes de l’Universal et parmi eux le loup-garou, porté par un personnage haut en couleurs. Avec sa carrure de catcheur, Paul Naschy que l’on surnomme le Lon Chaney espagnol, a en effet consacré neuf des douze films fantastiques dont il est la vedette au lycanthrope.

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy
les Vampires du docteur Dracula

Le premier d’entre eux, les Vampires du docteur Dracula sort 1968. Jusqu’alors cantonné à de la figuration, Paul Naschy tient cette fois-ci le rôle du loup-garou et s’inspire du personnage de Larry Talbot créé par Lon Chaney Jr pour le composer… Réveillé dans son sommeil par une jeune femme qui enlève la croix d’argent plantée dans son cœur, Waldemar Daninsky erre à nouveau, subissant la terrible damnation le transformant chaque nuit de pleine lune en loup-garou. En s’interposant face à de sordides vampires, il attire cependant la pitié d’une jeune femme qui, en tombant amoureuse de lui, le délivre de sa malédiction. Le scénario, rédigé par Paul Naschy lui-même, est digne des films Universal des années 40 puisqu’il permet de faire se rencontrer loup-garou et vampires, le plus souvent dénudées pour ces dernières. Cet étrange mélange rencontre un beau succès public et lance le genre en Espagne.

La même année, Paul Naschy reprend le personnage de Waldemar Daninksy, cette fois-ci, manipulé par un savant fou qui l’utilise pour éliminer ses ennemis. Las Noches del Hombre Lobo, a été terminé dans l’urgence à la suite du décès de son réalisateur René Govar. Peu distribué en raison de problème de droits, le film s’avère également plutôt obscur…

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy
Dracula contre Frankenstein

Après les savants fous et les vampires, c’est au tour des extra-terrestres d’étoffer le scénario du prochain film mettant en scène Waldemar Daninsky. Réalisé par Tulio Demichelli, Dracula contre Frankenstein (1970) décrit comment les aliens de la planète Ummo, font appel à une momie, un vampire, le monstre de Frankenstein et le loup-garou pour s’emparer de la planète Terre. Bien sûr, le loup-garou se dresse contre les sombres desseins des envahisseurs et périt, libéré de sa malédiction, grâce à la balle en argent tirée par une jeune femme tombée sous son charme. Malgré un casting prestigieux réunissant l’allemande Karin Dor (On ne vit que deux fois – 1967) et Michael Rennie (Le Jour où la terre s’arrêta – 1951), Dracula contre Frankenstein est un film malheureusement raté, dû à un scénario et des effets-spéciaux inexistants.

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy
La Furia del Hombre Lobo

Nullement découragé, Paul Naschy continue d’écrire des histoires relatant les aventures de son héros et c’est ainsi qu’est mis en route, toujours en 1970, La Furia del Hombre Lobo. Comme déjà dans les Vampires du docteur Dracula (qui s’inspire lui-même du Monstre de Londres – 1935), Daninsky est mordu par le Yeti dans les montagnes du Tibet. Le film de José María Zabalza prend alors une autre direction lorsque, pour l’aider, Daninsky s’adresse à Ilona, avec qui il a eu une aventure par le passé. Cette dernière, toujours amoureuse, décide de le manipuler. Malgré la sincérité du jeu de Paul Naschy, La furia del Hombre Lobo ne convainc pas, à l’inverse du film suivant tourné en 1971.

La Furie des vampires, cette fois-ci signée León Klimovsky, est un remake à peine déguisé des Vampires du docteur Dracula où, à nouveau, des jeunes gens réveillent Waldemar Daninsky en extirpant cette fois-ci des balles d’argent de son corps. Paul Naschy joue à nouveau un héros tragique dans la veine de ceux incarnés par Lon Chaney Jr. Une superbe femme vampire est également de la partie dans un scénario réservant de nombreuses péripéties. Grâce à une belle photographie, La Furie des vampires est auréolé d’un beau succès public et critique.

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy

Doctor Jekyll y el Hombre Lobo (1972) est un film tout aussi intéressant, doté de surcroit d’un scénario particulièrement surprenant : Afin de lui venir en aide, Daninsky s’adresse cette fois-ci au petit-fils du docteur Jekyll. Le médecin décide de transformer Daninsky en Hyde afin qu’il puisse dominer la malédiction qui le transforme en loup-garou. Une fois en Hyde, l’inoculation d’un antidote est censée permettre à Hyde de redevenir Daninsky. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et la suite est une nouvelle succession de tragédies, permettant à Paul Naschy de démontrer ses talents dramatiques.

En 1973, Carlos Aured met en scène les nouvelles aventures de Waldemar Daninsky avec un prologue se déroulant au 15ème siècle. Nous découvrons Daninsky se débarrassant d’une horde de sorcières agissant sous la coupe de la comtesse Bathory. Celle-ci, avant de mourir sur le bûcher, jette une malédiction sur la famille Waldemar. La suite se déroule à l’époque contemporaine où le dernier descendant de la lignée du preux chevalier subit le sort réservé aux siens. Grâce à un budget conséquent permettant tous les excès, L’Empreinte de Dracula s’avère particulièrement convaincant grâce à une action soutenue ponctuée par une violence accrue et un érotisme torride. Les effets-spéciaux riches et soignés ne sont pas en reste. L’incursion de la comtesse sanglante dans les aventures du loup-garou permet, quant à elle, de diversifier agréablement la série.

Dans les griffes du loup-garou (1975), Waldemar Daninsky est à nouveau en expédition dans les montagnes du Tibet où, attaqué par deux femmes-louves, il ne peut empêcher la malédiction de s’abattre à nouveau. Son principal ennemi est cette fois-ci le Yeti qui kidnappe Sylvia, sa promise. Après un combat épique opposant les deux créatures, Waldemar et Sylvia connaissent un happy-end, le premier dans la série. Cette aventure, comprenant également une tribu de femmes cannibales souvent dénudées, s’avère une nouvelle réussite riche en action et dépaysement.

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy
El retorno del Hombre Lobo

Désormais réalisateur, Paul Naschy revient une dernière fois à son thème fétiche en 1981 avec El retorno del Hombre Lobo. Le film qui mêle les scénarios de plusieurs films antérieurs est peut-être le meilleur d’entre tous. L’histoire débute comme L’Empreinte de Dracula puisqu’on y retrouve la comtesse Bathory et Waldemar Daninksi, semant, ensemble, la terreur dans la Hongrie au moyen-âge. Plusieurs siècles plus tard, ils sont rappelés d’entre les morts par une petite équipe de chercheurs en paranormal permettant aux deux scélérats de donner libre cours à leur sadisme à l’époque contemporaine. El retorno del Hombre Lobo constitue le film que Paul Naschy voulait faire depuis les Vampires du docteur Dracula. L’hispanique corrige les défauts des précédents opus et livre une œuvre visuellement très soignée et parfaitement interprétée.

L’apport au genre de Paul Naschy a été de faire se rencontrer le loup-garou et les grands monstres de l’Universal comme la Momie, le Vampire, Mr Hyde, la créature de Frankenstein, mais également des extra-terrestres, des cannibales et même le Yeti. Cette profusion permet une variété de l’action, même si, souvent, l’histoire se termine invariablement de la même manière avec Daninsky périssant sous les coups de sa bien-aimée, libérant ainsi la créature de sa malédiction. L’autre aspect important de son œuvre est sans aucun doute la passion et la sincérité de Paul Naschy pour le genre. A lui seul, cet élément impose le respect et tend à faire pardonner certaines faiblesses budgétaires ou même talentueuses.

Source : L’écran Fantastique

Filmographie

1968les Vampires du docteur Dracula
1968Las Noches del Hombre Lobo
1970Dracula contre Frankenstein
1970La furia del Hombre Lobo
1971La furie des vampires
1972Doctor Jekyll y el Hombre Lobo
1973L’Empreinte de Dracula
1975Dans les griffes du loup-garou
1980El retorno del Hombre Lobo

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo

La liberté accordée par HBO enthousiasme Anthony Hickox qui livre un film musclé, riche en action et échanges de tirs, fortement inspiré de sa rencontre avec À toute épreuve de John Woo deux semaines avant le tournage. En effet, la claque est telle que le réalisateur revoit sa copie et en particulier le story-board pour réécrire les scènes à l’aura de ce que produit alors le nouveau maître du film d’action en ce début des années 90.

Max, flic, est témoin de la mort de son collègue Jim lors d’une intervention. Mais, quelque temps après, Jim revient, en parfaite santé de surcroît. Il est cependant différent : plus agressif et doté d’une force surhumaine. Quelques jours plus tard, Jim décède d’une balle dans la tête, une balle en argent. C’est alors que Max fait la rencontre d’un groupe de policiers radicaux, fanatiques de justice, qui s’injectent un sérum afin de décupler leur force et de débarrasser la ville de ses éléments perturbateurs. Max refuse au départ de faire partie du groupe mais finit par être désigné volontaire…

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo
Chanteuse du groupe Eight Wonder, Patsy Kensit devient un visage connu du cinéma à partir de L’arme fatale 2 en 1989.

Pour éviter que l’aspect effrayant de la nature humaine disparaisse sous des prothèses comme dans la plupart des films de loup-garou, Full Eclipse fait le choix de la sobriété en termes de prothèses. Ainsi, à l’état animal, les personnages restent reconnaissables, même si les maquillages tentent, malgré tout, de s’inspirer de ceux, plus lourds, qui étaient appliqués sur le visage d’Oliver Reed dans La Nuit du loup-garou de Terence Fisher en 1961.

Les effets spéciaux accompagnant les transformations des lycanthropes sont également limités. Le film fait donc l’impasse sur les coûteuses métamorphoses chères à Hurlements ou au Loup-garou de Londres. Le budget limité d’un téléfilm pour le câble est peut-être aussi une explication pour ce choix, d’autant plus que le film n’hésite pas à faire appel au morphing pour matérialiser la transformation en loup : un effet bon marché, déjà démodé à l’époque.

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo
Anthony Hickox est le fis du légendaire Douglas Hickox (Théâtre de Sang). On lui doit d’excellentes séries B au début de sa carrière comme Waxwork (1988), Sundown (1989) ou Hellraiser 3 (1992).

Le mythe du loup-garou semble de toute manière ne pas être le souci du scénariste qui considère le métrage plutôt comme une œuvre traitant du problème de la drogue et de ses effets destructeurs puisque les loups garous de Full Eclipse utilisent un sérum pour acquérir une force surhumaine.

L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle avait déjà été appliquée aux vampires, mais elle s’avère particulièrement bien traitée par Anthony Hickox. Sous sa patte, le film évolue comme un film de super-héros puisque le réalisateur est fan de comics. Ainsi, la ressemblance de Mario Van Peebles (New Jack City – 1991) avec le personnage de Wolverine des X-men est tout sauf fortuite.

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo
Bruce Payne, qui incarne Garou, débute sa carrière dans la comédie Pyrates (1991) aux côtés de Kevin Bacon et Kyra Sedgwick. Puis, dans Passager 57 (1992), il incarne le terroriste Charles Rane opposé à Wesley Snpies. En 1993, on peut le voir dans deux films fantastiques : Full Eclipse et Necronomicon (dans l’épisode signé Christophe Gans).

Intéressant est également le traitement accordé au méchant : Garou (Bruce Payne). Non seulement il ne subit plus sa malédiction, cherchant même à la contrôler, mais il l’exploite même pour protéger ses concitoyens des malfrats à l’instar d’un Inspecteur Harry.

Pour le reste, le film respecte les us et coutumes du genre puisque nos néo loups garous craignent les balles en argent et sont dépendants de la pleine lune pour se transformer. Le thème de l’animalité et de la sauvagerie est également bien présent avec une certaine violence dans les meurtres.

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo

Le film de loup-garou connaissait un regain d’intérêt au début des années 1990 en raison du film hollywoodien Wolf. Même si le film dans lequel Jack Nicholson incarne la bête s’avère plutôt décevant, ce n’est pas le cas de Full Eclipse.

USA – 1993 – Réalisation : Anthony Hickox – Distribution : Mario Van Peebles, Patsy Kensit, Bruce Payne, Tony Denison, Jason Beghe…

Bande-annonce VO :

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Le loup-garou de Washington, est une satire inspirée par le scandale du Watergate qui défraya la chronique dans les années 70.

Le scandale du Watergate débute en 1972 lorsque des cambrioleurs sont arrêtés dans les locaux du parti démocrate à Washington. Alors que le FBI laisse traîner l’enquête, le Washington Post met en évidence les liens des cambrioleurs avec la Présidence et les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est réélu en 1972 mais la machine est en route et des cas d’obstruction à la justice et d’abus de pouvoir sont révélés. Lorsqu’un système d’écoute dans la Maison-Blanche est rendue public, l’implication du Président devient évidente et le Congrès engage alors une procédure visant à la destitution du chef de l’État.

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf
Principalement connu du grand public pour son rôle d’Al dans la série Code Quantum, Dean Stockwell a pourtant débuté sa carrière dès les années 40. Enfant, il joue aux côtés de Frank Sinatra dans Escale à Hollywood (1945), de Gregory Peck dans Le Mur invisible (1947) et d’Errol Flynn dans Kim (1950). Plus tard, sa participation au Génie du mal (1959) et au Long voyage vers la nuit (1962) lui vaut deux prix d’interprétation au Festival de Cannes. Dans les années 80, il est dirigé par Wim Wenders dans Paris, Texas (1984) et David Lynch dans Dune (1984) et Blue Velvet (1988).

Dans le Loup-garou de Washington, Jack Whittier est un journaliste qui se trouve en Hongrie avec Giselle la fille du président américain avec qui il a une affaire. En route pour l’aéroport, ils tombent en panne d’essence. Jack part chercher de l’aide. Lorsqu’il revient bredouille, il découvre Giselle menacée par un loup. À l’aide de sa canne ornée d’un embout en argent, il parvient à tuer l’animal qui se transforme en être humain. Au village, une femme explique à Jack qu’il a en réalité tué son fils hantant la lande les soirs de pleine lune une fois transformé en loup-garou. Elle lui tend une amulette qu’il doit désormais toujours porter sur son cœur afin de ne pas subir le même sort que sa victime. En effet, Jack a été blessé par la créature lors de la lutte. Bien évidemment, Jack ne prend pas suffisamment au sérieux les avertissements de la vieille dame et perd le fétiche. Un mois plus tard, la malédiction se réalise alors que Jack travaille pour le gouvernement des États-Unis auquel il doit redorer l’image public ternie à la suite d’un scandale. Il essaie de faire comprendre à tout le monde qu’il n’est plus l’homme de la situation mais personne ne l’écoute puisque les Black Panther sont considérés responsables et un afro-américain a déjà été arrêté pour les crimes perpétrés par Jack…

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Le thème de la lycanthropie placée dans le contexte politique américain est intéressant mais s’avère finalement un simple prétexte scénaristique puisque peu usité. Quant aux effets de transformation, ils ne révolutionnent pas le genre en appliquant les techniques utilisées trente ans plus tôt dans les films de l’Universal. L’irruption d’une bohémienne pour expliquer à Jack la malédiction dont il est victime fait directement référence au Loup-garou (1941). Dans le film de George Waggner une bohémienne expliquait déjà le processus à Lon Chaney Jr. alias Larry Talbot, après que son fils, Bela Lugosi, l’ait mordu.

Satire, le film utilise avant tout les clichés et coutumes du genre horrifique pour se moquer de la politique et du style de vie américain. Par exemple, le personnage de Jack, américain typique, paraît terriblement imbu de lui-même lorsqu’il est attaqué par un loup en Hongrie et qu’il se rend compte que personne ne se met en quatre pour lui venir en aide.

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Malheureusement, le Loup-garou de Washington ne parvient qu’à de très rares moments à être convaincant. La faute en incombe à une mise en scène peu inspirée. En définitive, les scènes comiques sont plus gênantes que drôles. On peut citer par exemple cette scène où Jack joue au bowling avec le président des États-Unis. Ce dernier ne cesse de lui assurer son soutien et sa confiance pendant que Jack, lui, se débat avec la boule et ses doigts coincés à l’intérieur. Dean Stockwell est très bien, mais ce n’est pas drôle car on ne voit pas ce que cette scène vient faire là.

À cela, il faut ajouter des dialogues qui n’ont pas de sens, en particulier lorsque s’exprime le Président, incapable de faire une phrase complète. Bien que son idiotie soit rationnelle dans une satire politique, l’austérité avec laquelle ses discours sont déclamés laisse à croire que le film est en réalité très sérieux.

Le Loup-garou de Washington s’essaie parfois également au trash en témoigne cette scène où Jack découvre un laboratoire où opère un scientifique fou, nain, créateur de vie artificielle. C’est trop surprenant, en particulier dans un film dont la mise en scène est si austère.

Cependant, de ce décalage étrange entre sincérité et humour involontaire nait une sorte de fascination qui rend le Loup-garou de Washington irrésistible, à l’instar d’autres films ratés comme The Room de Tommy Wiseau (2003) par exemple. Ainsi, pour les amateurs de navet, Le loup-garou de Washington est assurément un incunable.

USA – 1973 – Titre original : The Werewolf of Washington – Réalisation : Milton Moses Ginsberg – Distribution : Dean Stockwell, Katalin Kallay, Henry Ferrentino…

Bande annonce VO :

La louve sanguinaire, et libidineuse

La louve sanguinaire, et libidineuse

Parmi les acteurs du cinéma Bis italien, Rino di Silvestro, réalisateur de La louve sanguinaire, fait partie des plus opportunistes, ne reculant devant aucun scrupule pour flatter les instincts les plus salaces du public Par exemple, en 1973, il tâte du film de femmes en prison avec La vie sexuelle dans une prison de femmes. Un an plus tard, il touche à la prostitution avec Prostituzione. Faire de l’argent avec l’une des pires périodes de l’humanité ne le dérange pas non plus comme en atteste Les déportées de la section spéciale SS qu’il commet en 1976. En 1984, avec À seize ans dans l’enfer d’Amsterdam, il récidive avec un sous-produit graveleux de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… (1981).

Il ne restait donc plus que l’horreur transalpine que Rino di Silvestro n’avait pas encore béni… C’est chose faite en 1976 avec La Louve Sanguinaire. Bien sûr, cela ne peut naturellement pas se faire sans une bonne dose d’érotisme et de touffes pubiennes cadrées en plan serré.

La louve sanguinaire, et libidineuse

Le film va droit au but et, dès le générique, les noms ainsi que les différents postes occupés par l’équipe technique s’affichent alors que la jolie Annick Borel danse nue comme un ver sous un rayon de lune. Ses avantages sont parfaitement mis en valeur par la caméra qui ne cesse de se rapprocher de plus en plus près, à un point tel, qu’on se demande si l’on ne va pas finir par carrément pénétrer dans son vagin. Heureusement, l’actrice française née à Besançon en 1948 tombe d’épuisement avant que l’irréparable ne se produise. S’en suit des contorsions puis, une transformation en loup-garou. Le maquillage se limite à du fard à paupière sombre, des touffes de poils de-ci de-là, un museau de chien, des crocs en plastiques et des mamelons surdimensionnés.

La transformation de l’ancêtre de Daniela en loup-garou est en fin de compte la seule métamorphose du film puisque cette dernière est en réalité un lycanthrope dans le sens clinique du terme. Ainsi, Daniela ne se transforme pas physiquement en loup ; tout se passe dans sa tête…

La louve sanguinaire, et libidineuse

Daniela, fille d’un comte, a été agressée sexuellement par un déséquilibré à l’âge de 13 ans. Désormais, Daniela est une jeune femme, mais aujourd’hui encore, elle souffre de ce qui lui est arrivée adolescente. Ainsi, dans ses rêves, Daniela s’identifie à son ancêtre qui, deux siècle plus tôt, fût brûlée sur le bûcher pour lycanthropie. Lorsque sa sœur débarque soudainement dans le manoir familial avec son beau fiancé, Daniela est troublée sexuellement. Dès lors, elle sombre dans une folie meurtrière héritée de son aïeul, et les nuits de pleine lune prennent une teinte rouge vif.

À première vue décevant pour les fans de loup-garou, le parti pris du film s’avère finalement intéressant. En effet, rares sont les œuvres à aborder la lycanthropie sous un angle pathologique en préférant s’intéresser au traumatisme subit par Daniela à cause de l’inconscience masculine. Un traumatisme dont Daniela va se servir pour punir les hommes, quasi tous des salauds dans le film.

Tout cela est rendu crédible grâce à la performance de la jolie Annick Borel. Son jeu est étonnamment juste et très vite, elle attire l’empathie du public.

La louve sanguinaire, et libidineuse

La louve sanguinaire dispose également d’une atmosphère étrange et inquiétante. La plupart du film se déroule dans le manoir du père de Daniela. Isolé, sombre, la demeure familiale est bordée par une forêt et non loin se trouvent de dangereuses falaises ; le lieu de villégiature de Daniela semblent finalement bien peu enclin à l’aider à trouver la quiétude nécessaire pour retrouver la raison.

Rino Di Silvestro est sans aucun doute l’autre artisan de la qualité du film. En particulier, parce que La louve sanguinaire ne souffre d’aucun temps mort, le réalisateur ponctuant régulièrement son film de scènes érotiques. Ainsi, le spectateur est toujours gratifié de sa patience, même après avoir dû subir des analyses pseudo-scientifiques sur la psychologue déviante de Daniela. Mieux encore, vers la fin du métrage, le film prend clairement la direction d’un autre genre du cinéma populaire en flirtant avec le rape and revenge.

La louve sanguinaire, et libidineuse

Avec tous ses atouts, un peu de gore, beaucoup de nudité, un scénario intéressant, des décors et une atmosphère envoûtants, La louve sanguinaire s’avère en réalité un film fort agréable.

Italie – 1976 – Titre original : La Lupa mannara – Réalisation : Rino Di Silvestro – Distribution : Annik Borel, Howard Ross, Dagmar Lassander, Tino Carraro…

Bande-annonce VF :

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups

Cet article est diabolique ! Ne le lisez pas si vous n’avez pas encore vu le film

Curieuse, rêveuse, l’héroïne de la Compagnie des loups, Rosaleen, est naturellement plus attirée par les loups et les mystères qu’ils recèlent que par la vie rugueuse de paysanne qui lui est promise par son soupirant de jeune voisin.

Pourtant sa grand-mère la met en garde : le plus horrible des loups se cache chez l’homme. Et les belles manières dont fait preuve l’étranger rencontré dans les bois ou la noblesse dont se prévalent les riches convives d’un banquet ne sont que tromperies manigancées afin d’abuser de la naïveté et de l’inexpérience des jeunes filles.

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups

Mais l’adolescente à la mine boudeuse est arrivée à cet âge où les loups, héros de ces contes moralisateurs qui la terrifiaient enfant, aujourd’hui la fascinent et l’incitent à braver les interdits inculqués par les adultes.

Rosaleen va donc faire fît des avertissements de son aïeule. Plutôt que de rejeter la créature qui a dévoré sa grand-mère, elle s’apitoie sur la bête. Et finalement, Rosaleen s’enfuit avec le loup. Ainsi, en choisissant la compagnie des loups, Rosaleen quitte l’enfance et la peur pour laisser s’affirmer une sexualité triomphante.

L’adaptation de deux nouvelles d’Angela Carter

Dans les années 70, l’écrivaine Angela Carter s’était spécialisée dans la réécriture de contes avec un point de vue féminin. Lorsqu’elle rencontre Neil Jordan, celui-ci vient de rencontrer un succès important avec son premier film, Angel (1982). Elle lui propose d’adapter une de ses nouvelles en court-métrage. Mais le futur réalisateur d’Entretien avec un vampire entrevoit un développement plus ambitieux des écrits de la romancière. En conséquence, le film adapte plusieurs contes et peut donc paraître quelque peu décousu, d’autant plus que la Compagnie des loups n’hésite pas à les intégrer sous la forme d’histoires narrées au sein même d’un rêve. Ce côté quelque peu surprenant ou brouillon est cependant vite balayé par la richesse du propos du film, ainsi que par ses nombreuses qualités visuelles.

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups
Christopher Tucker, maquilleur britannique spécialisé dans les techniques d’effets spéciaux avec prothèses a travaillé pour le théâtre et le cinéma ; on lui doit également les maquillages de The Elephant Man.

Une esthétique proche de l’univers gothique de la Hammer

Les somptueux décors réalisés par Anton Furst (Alien) sont réalisés en studio et accentuent l’aspect irréel des lieux où se déroule l’action, évoquant l’univers des contes. Ainsi les décors reproduisent villages, cimetière, forêt, changement de saisons, arbres déchirés et brume omniprésente. Chaque objet, chaque lieu et chaque personnage est à la fois étrange, inquiétant, attirant et envoûtant. Même les horribles transformations des hommes en loups sont fascinantes. Jamais écœurantes, elles s’éloignent radicalement des récents travaux effectués à l’époque par Rob Bottin et Rick Baker pour Hurlements et Le Loup-garou de Londres. En regardant Hurlement, on ne détourne pas les yeux. Bien au contraire, les maquillages émerveillent, charment, attendrissent, dans une tradition proche du merveilleux instauré par George Pal et Ray Harryhausen…

L’irrésistible attirance exercée par la compagnie des loups

Avec ses champignons géants, ses jouets et autres objets inanimés qui prennent vie, ses personnages que l’on retrouve à la fois dans le monde réel et les rêves de la jeune fille, la Compagnie des loups rappelle également d‘autres films du milieu des années 80 exploitant une imagerie féérique. On pense ainsi au Labyrinthe de Jim Henson (1986) ou à L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984). À l’inverse de ces deux films, la Compagnie des loups verse cependant dans un humour moins grotesque car plus noir, renvoyant aux superstitions de la grand-mère et à ses mises en garde des hommes. Au final, le film de Neil Jordon s’adresse à un public résolument plus adulte.

Source : L’Écran Fantastique

Royaume-Uni – 1984 – Titre original : The Company of Wolves – Réalisation : Neil Jordan – Distribution : Sarah Patterson, Angela Lansbury, David Warner, Stephen Rea…

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Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

« C’est un film de monstre, incroyablement violent et très triste, très drôle, mais certainement pas une comédie. » John Landis.

Au cours d’un voyage à travers l’Europe, les deux étudiants américains David et Jack se retrouvent dans le nord de l’Angleterre, dans un village isolé du nom d’East Proctor. À l’auberge, ils font connaissance avec les autochtones, inhospitaliers, qui semblent dissimuler un secret. Littéralement jetés à la porte, David et Jack doivent reprendre la route sur la lande. Durant cette nuit de pleine lune, ils subissent l’attaque d’un loup-garou. Quelques jours plus tard, David se réveille dans un hôpital à Londres et apprend que son ami n’a pas survécu.

Dès lors, chaque nuit, David souffre de cauchemars atroces dans lesquels il voit sa famille assassinée par des monstres portant des uniformes SS. Dans ses rêves, il se découvre également nu, courant dans la forêt pour chasser et se nourrir de viande crue. C’est alors que son ami Jack lui rend visite. Atrocement mutilé, Jack est désormais mort-vivant et supplie David de se donner la mort. Selon lui, son ami est un loup-garou et ses victimes erreront éternellement dans les limbes tant qu’il continuera à sévir…

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

Rick Baker est l’un des meilleurs spécialistes en effets-spéciaux d’Hollywood. Parmi ses travaux les plus célèbres, citons ceux conçus pour La Planète des singes. En ce qui concerne Le loup-garou de Londres, Rick Baker fut récompensé d’un Oscar.

Comme l’indique le titre original, le film raconte aussi les tribulations d’un américain à Londres ; l’humour se manifestant chaque fois que David est confronté aux différents clichés attribués aux britanniques.

La thématique du loup-garou sert ainsi à faire avancer le scénario vers des situations surprenantes, accentuant encore l’aspect comique des stéréotypes britanniques. Ainsi, Le loup-garou de Londres n’est pas seulement un film fantastique ; c’est aussi une comédie et c’est probablement la raison pour laquelle il bénéfice aujourd’hui encore d’une belle cote de popularité auprès du grand public.

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

Cascadeur sur Il était une fois dans l’Ouest (1968), acteur sur La bataille de la planète des singes (1973), John Landis réalise son premier film en 1973 : Schlock, le tueur à la banane…! Plus tard, au début des années 80, il rencontre le succès avec Blues Brothers et Le loup-garou de Londres. Il a également signé la réalisation du clip Thriller pour Michael Jackson.

D’autant plus que le film n’hésite pas non plus à verser dans l’action lors d’un final haut en couleurs avec cascades et scènes de foule en panique à Piccadilly Circus, l’un des quartiers les plus touristiques de Londres.

Tout comme Rob Bottin avec Hurlements, Rick Baker propose des effets-spéciaux inédits en 1981. Le spécialiste propose même une transformation entière du corps de David, et pas seulement certaines parties comme dans Hurlement. Inédits et originaux à l’époque, les effets du Loup-garou de Londres ont également moins vieillis que ceux du film de Joe Dante. Par ailleurs, la célèbre scène de transformation surprend encore aujourd’hui en surgissant sans crier gare, dans un salon sous une lumière crue et avec en fond sonore une chanson pop qui passe à la radio.

De même, alors que Hurlements est un film spectaculaire où les effets-spéciaux impressionnent, Le loup-garou de Londres est plus timoré. Il montre finalement très peu sa créature, et joue sur l’attente du public, comme dans un film de monstre classique.

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

Jenny Agutter qui joue la petite amie de David, connu une renommée mondiale en 1976 en jouant dans L’âge de cristal aux côtés de Michael York.

C’est d’ailleurs l’une des autres réussites du film d’être parvenu à transporter le thème classique du loup-garou à l’époque contemporaine. Pour ce faire, le film joue sur les deux tableaux. D’un côté, les classiques de l’Universal sont commémorés grâce à une référence à Lon Chaney Jr. De l’autre, le loup-garou ressemble cette fois-ci à un vrai loup, et pas à un être humain au faciès lupin. Il marche même à quatre pattes à l’aide des effets-spéciaux modernes…

En mariant comédie et épouvante sur un rythme soutenu, John Landis signe un film très agréable et ouvert à tous car n’étant pas uniquement un film d’horreur. Par ailleurs, l’interprétation excellente amène le spectateur à s’émouvoir pour les personnages et en particulier David dont la fin tragique est particulièrement poignante.

USA – 1981 – Titre original : An American Werewolf In London – Réalisation : John Landis – Distribution : David Naughton, Griffin Dunne, Jenny Agutter, John Woodvine…

Bande-annonce VO :

Peur Bleue, la contribution de Stephen King aux films de loup-garou

Peur Bleue est l’adaptation du roman L’Année du loup-garou (titre original : Cycle of the Werewolf) écrit par Stephen King et paru en 1983. Alors que le film condense la durée de l’action sur un été, le roman, quant à lui, se divise en douze chapitres, un pour chaque mois de l’année. Autre différence, le roman est centré sur le loup-garou et décrit comment des citoyens calmes et respectueux de l’ordre réagissent de manière hystérique face aux cadavres mutilés que laisse derrière lui le loup-garou. En ce qui le concerne, le film préfère suivre Marty, jeune paraplégique de dix ans.

Peur Bleue, la contribution de Stephen King aux films de loup-garou

Marty se dispute souvent avec sa sœur Jane et souffre de la sollicitude trop appuyée à son goût que lui témoignent ses parents. C’est pourquoi il voue une véritable adoration à son oncle Red, un looser alcoolique mais qui lui offre le moyen de s’échapper de l’étouffante attention de ses parents. C’est ainsi que Marty se voit offrir par son oncle une magnifique moto surnommée Silver Bullet (balle d’argent).
La nuit même, Marty s’échappe du cocon familial avec l’aide de son engin pour tirer des fusées à l’écart du village. Seul en pleine campagne, Marty est attaqué par une créature gigantesque. Il parvient néanmoins à s’échapper après avoir blessé son agresseur à l’œil.

Conscient que la créature ne peut être qu’un loup-garou, Marty tente de démasquer l’assassin avec l’aide de sa sœur. Stupéfaits, ils découvrent que le révérend Lowe arbore un pansement sur l’œil droit.

Peur Bleue arrive quelques années après Hurlements (1981) et Le Loup-garou de Londres (1981) qui avaient clairement renouvelé le genre. Et le film de Daniel Attias fait lui aussi montre de quelques solides atouts.

Peur Bleue dispose tout d’abord d’une esthétique séduisante. Par exemple, durant une séquence, les villageois qui ont soif de justice s’enfoncent dans la forêt lors d’une nuit bleutée du plus bel effet. Le sol, recouvert d’une épaisse brume, leur sera fatidique. Un à un, ils disparaissent sous la couche brumeuse dans une séquence parfaitement mise en scène. De même, lorsque Marty est confronté pour la première fois au loup-garou, c’est sur un pont en bois durant une nuit illuminée par de tranchants flots de lumière disséminés ; la scène est bien jolie.

Peur Bleue peut également s’enorgueillir des magnifiques effets spéciaux de Carlo Rambaldi. Auteur des trucages de Alien, le huitième passager (1979), E.T., l’extra-terrestre (1982) et Rencontres du troisième type (1977), ce spécialiste compétent délivre transformations diverses et une présence accrue du loup-garou. Au final, le film de Daniel Attias est spectaculaire. Et il est également parfaitement rythmé, malgré le fait qu’il ne soit pas cadencé en douze chapitres comme le roman.

Peur Bleue, la contribution de Stephen King aux films de loup-garou

Le loup-garou, quant à lui, est immense et impressionne. Il s’inscrit dans la droite lignée de ceux de Hurlements. Poilu et musclé, il a perdu sa physionomie humaine et s’éloigne des représentations classiques, même s’il se tient encore debout sur ses membres inférieurs.

Le révérend Lowe, qui est donc frappé par la malédiction, est interprété par Everett McGill. Acteur de théâtre, Everett McGill avait attiré l’attention sur lui après sa prestation dans la Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud. Il reste cependant plus particulièrement connu grâce au personnage de Big Ed dans la série Twin Peaks de David Lynch. Les fans de fantastique se souviennent également de sa performance dans Le Sous-sol de la peur (1991) de Wes Craven où, en combinaison SM, il pourchassait, fusil au poing, les enfants qui se cachaient dans les murs de sa maison.

Pour Peur Bleue, il s’approprie un personnage intéressant dans la mesure où le voici confronté à une contradiction blasphématrice : par quel cynisme Dieu peut-il infliger une telle épreuve à un homme qui s’est dévoué à Lui ? Que cherche-t-Il à prouver ? Tant bien que mal, le révérend Lowe tente de trouver une explication. Ses convictions religieuses ne l’aident cependant pas vraiment. Il ne peut pas se suicider et sa solitude ne lui permet pas de trouver de l’aide. Dès lors, il cherche à justifier sa condition et ce faisant, il continue chaque nuit à perpétrer ses crimes.

Everett McGill n’est pas le seul comédien à tirer son épingle du jeu. Peur Bleue dispose en effet d’un casting riche et attachant.

Corey Haim interprète Marty. L’acteur, qui connaîtra une certaine célébrité deux années plus tard grâce à Génération Perdue de Joel Schumacher, offre une interprétation touchante de ce jeune paraplégique de dix ans. Il est très rare qu’une personne handicapée soit le héros, en particulier dans un film d’épouvante comprenant, qui plus est, de nombreuses scènes d’action. Ce parti pris risqué est tout à l’avantage de Peur Bleue.

L’oncle Red est interprété par Gary Busey. L’acteur a été nominé aux Oscars pour son interprétation dans The Buddy Holly Story (1978) avant de tomber dans l’oubli et de finalement revenir sur le devant de la scène grâce au rôle de tueur de flics dans L’Arme fatale en 1987. Dans Peur Bleue, grâce à son regard malicieux et charmeur, il est parfait dans ce rôle dans lequel il doit incarner l’oncle d’un gamin handicapé qui a besoin d’être considéré comme un enfant normal.

Même si le personnage de Jane (Megan Follows), sœur de Marty, est un peu en retrait, il reste néanmoins important. En effet, il se dégage de Peur Bleue l’image d’un film positif sur la famille, capable de surmonter toutes les difficultés, qu’elles soient liées à la santé de l’un de ses membres ou aux dangers extérieurs auxquels elle est exposée ; contrairement à la religion qui elle ne peut pas faire face.

USA – Pays-Bas – 1985 – Titre original : Silver Bullet – Réalisation : Daniel Attias – Distribution : Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim…

Bande-annonce VOSTF :

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