L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Années 70 et 80

Le loup-garou de Londres : le loup-garou au service de la comédie

« C’est un film de monstre, incroyablement violent et très triste, très drôle, mais certainement pas une comédie. » John Landis.

Au cours d’un voyage à travers l’Europe, les deux étudiants américains David et Jack se retrouvent dans le nord de l’Angleterre, dans un village isolé du nom d’East Proctor. À l’auberge, ils font connaissance avec les autochtones, inhospitaliers, qui semblent dissimuler un secret. Littéralement jetés à la porte, David et Jack doivent reprendre la route sur la lande. Durant cette nuit de pleine lune, ils subissent l’attaque d’un loup-garou. Quelques jours plus tard, David se réveille dans un hôpital à Londres et apprend que son ami n’a pas survécu.

Dès lors, chaque nuit, David souffre de cauchemars atroces dans lesquels il voit sa famille assassinée par des monstres portant des uniformes SS. Dans ses rêves, il se découvre également nu, courant dans la forêt pour chasser et se nourrir de viande crue. C’est alors que son ami Jack lui rend visite. Atrocement mutilé, Jack est désormais mort-vivant et supplie David de se donner la mort. Selon lui, son ami est un loup-garou et ses victimes erreront éternellement dans les limbes tant qu’il continuera à sévir…

Rick Baker est l’un des meilleurs spécialistes en effets-spéciaux d’Hollywood. Parmi ses travaux les plus célèbres, citons ceux conçus pour La Planète des singes. En ce qui concerne Le loup-garou de Londres, Rick Baker fut récompensé d’un Oscar.

Comme l’indique le titre original, le film raconte aussi les tribulations d’un américain à Londres ; l’humour se manifestant chaque fois que David est confronté aux différents clichés attribués aux britanniques.

La thématique du loup-garou sert ainsi à faire avancer le scénario vers des situations surprenantes, accentuant encore l’aspect comique des stéréotypes britanniques. Ainsi, Le loup-garou de Londres n’est pas seulement un film fantastique ; c’est aussi une comédie et c’est probablement la raison pour laquelle il bénéfice aujourd’hui encore d’une belle cote de popularité auprès du grand public.

Cascadeur sur Il était une fois dans l’Ouest (1968), acteur sur La bataille de la planète des singes (1973), John Landis réalise son premier film en 1973 : Schlock, le tueur à la banane…! Plus tard, au début des années 80, il rencontre le succès avec Blues Brothers et Le loup-garou de Londres. Il a également signé la réalisation du clip Thriller pour Michael Jackson.

D’autant plus que le film n’hésite pas non plus à verser dans l’action lors d’un final haut en couleurs avec cascades et scènes de foule en panique à Piccadilly Circus, l’un des quartiers les plus touristiques de Londres.

Tout comme Rob Bottin avec Hurlements, Rick Baker propose des effets-spéciaux inédits en 1981. Le spécialiste propose même une transformation entière du corps de David, et pas seulement certaines parties comme dans Hurlement. Inédits et originaux à l’époque, les effets du Loup-garou de Londres ont également moins vieillis que ceux du film de Joe Dante. Par ailleurs, la célèbre scène de transformation surprend encore aujourd’hui en surgissant sans crier gare, dans un salon sous une lumière crue et avec en fond sonore une chanson pop qui passe à la radio.

De même, alors que Hurlements est un film spectaculaire où les effets-spéciaux impressionnent, Le loup-garou de Londres est plus timoré. Il montre finalement très peu sa créature, et joue sur l’attente du public, comme dans un film de monstre classique.

Jenny Agutter qui joue la petite amie de David, connu une renommée mondiale en 1976 en jouant dans L’âge de cristal aux côtés de Michael York.

C’est d’ailleurs l’une des autres réussites du film d’être parvenu à transporter le thème classique du loup-garou à l’époque contemporaine. Pour ce faire, le film joue sur les deux tableaux. D’un côté, les classiques de l’Universal sont commémorés grâce à une référence à Lon Chaney Jr. De l’autre, le loup-garou ressemble cette fois-ci à un vrai loup, et pas à un être humain au faciès lupin. Il marche même à quatre pattes à l’aide des effets-spéciaux modernes…

En mariant comédie et épouvante sur un rythme soutenu, John Landis signe un film très agréable et ouvert à tous car n’étant pas uniquement un film d’horreur. Par ailleurs, l’interprétation excellente amène le spectateur à s’émouvoir pour les personnages et en particulier David dont la fin tragique est particulièrement poignante.

USA – 1981 – Titre original : An American Werewolf In London – Réalisation : John Landis – Distribution : David Naughton, Griffin Dunne, Jenny Agutter, John Woodvine…

Bande-annonce VO :

Peur Bleue, la contribution de Stephen King aux films de loup-garou

Peur Bleue est l’adaptation du roman L’Année du loup-garou (titre original : Cycle of the Werewolf) écrit par Stephen King et paru en 1983. Alors que le film condense la durée de l’action sur un été, le roman, quant à lui, se divise en douze chapitres, un pour chaque mois de l’année. Autre différence, le roman est centré sur le loup-garou et décrit comment des citoyens calmes et respectueux de l’ordre réagissent de manière hystérique face aux cadavres mutilés que laisse derrière lui le loup-garou. En ce qui le concerne, le film préfère suivre Marty, jeune paraplégique de dix ans.

Marty se dispute souvent avec sa sœur Jane et souffre de la sollicitude trop appuyée à son goût que lui témoignent ses parents. C’est pourquoi il voue une véritable adoration à son oncle Red, un looser alcoolique mais qui lui offre le moyen de s’échapper de l’étouffante attention de ses parents. C’est ainsi que Marty se voit offrir par son oncle une magnifique moto surnommée Silver Bullet (balle d’argent).
La nuit même, Marty s’échappe du cocon familial avec l’aide de son engin pour tirer des fusées à l’écart du village. Seul en pleine campagne, Marty est attaqué par une créature gigantesque. Il parvient néanmoins à s’échapper après avoir blessé son agresseur à l’œil.

Conscient que la créature ne peut être qu’un loup-garou, Marty tente de démasquer l’assassin avec l’aide de sa sœur. Stupéfaits, ils découvrent que le révérend Lowe arbore un pansement sur l’œil droit.

Peur Bleue arrive quelques années après Hurlements (1981) et Le Loup-garou de Londres (1981) qui avaient clairement renouvelé le genre. Et le film de Daniel Attias fait lui aussi montre de quelques solides atouts.

Peur Bleue dispose tout d’abord d’une esthétique séduisante. Par exemple, durant une séquence, les villageois qui ont soif de justice s’enfoncent dans la forêt lors d’une nuit bleutée du plus bel effet. Le sol, recouvert d’une épaisse brume, leur sera fatidique. Un à un, ils disparaissent sous la couche brumeuse dans une séquence parfaitement mise en scène. De même, lorsque Marty est confronté pour la première fois au loup-garou, c’est sur un pont en bois durant une nuit illuminée par de tranchants flots de lumière disséminés ; la scène est bien jolie.

Peur Bleue peut également s’enorgueillir des magnifiques effets spéciaux de Carlo Rambaldi. Auteur des trucages de Alien, le huitième passager (1979), E.T., l’extra-terrestre (1982) et Rencontres du troisième type (1977), ce spécialiste compétent délivre transformations diverses et une présence accrue du loup-garou. Au final, le film de Daniel Attias est spectaculaire. Et il est également parfaitement rythmé, malgré le fait qu’il ne soit pas cadencé en douze chapitres comme le roman.

Le loup-garou, quant à lui, est immense et impressionne. Il s’inscrit dans la droite lignée de ceux de Hurlements. Poilu et musclé, il a perdu sa physionomie humaine et s’éloigne des représentations classiques, même s’il se tient encore debout sur ses membres inférieurs.

Le révérend Lowe, qui est donc frappé par la malédiction, est interprété par Everett McGill. Acteur de théâtre, Everett McGill avait attiré l’attention sur lui après sa prestation dans la Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud. Il reste cependant plus particulièrement connu grâce au personnage de Big Ed dans la série Twin Peaks de David Lynch. Les fans de fantastique se souviennent également de sa performance dans Le Sous-sol de la peur (1991) de Wes Craven où, en combinaison SM, il pourchassait, fusil au poing, les enfants qui se cachaient dans les murs de sa maison.

Pour Peur Bleue, il s’approprie un personnage intéressant dans la mesure où le voici confronté à une contradiction blasphématrice : par quel cynisme Dieu peut-il infliger une telle épreuve à un homme qui s’est dévoué à Lui ? Que cherche-t-Il à prouver ? Tant bien que mal, le révérend Lowe tente de trouver une explication. Ses convictions religieuses ne l’aident cependant pas vraiment. Il ne peut pas se suicider et sa solitude ne lui permet pas de trouver de l’aide. Dès lors, il cherche à justifier sa condition et ce faisant, il continue chaque nuit à perpétrer ses crimes.

Everett McGill n’est pas le seul comédien à tirer son épingle du jeu. Peur Bleue dispose en effet d’un casting riche et attachant.

Corey Haim interprète Marty. L’acteur, qui connaîtra une certaine célébrité deux années plus tard grâce à Génération Perdue de Joel Schumacher, offre une interprétation touchante de ce jeune paraplégique de dix ans. Il est très rare qu’une personne handicapée soit le héros, en particulier dans un film d’épouvante comprenant, qui plus est, de nombreuses scènes d’action. Ce parti pris risqué est tout à l’avantage de Peur Bleue.

L’oncle Red est interprété par Gary Busey. L’acteur a été nominé aux Oscars pour son interprétation dans The Buddy Holly Story (1978) avant de tomber dans l’oubli et de finalement revenir sur le devant de la scène grâce au rôle de tueur de flics dans L’Arme fatale en 1987. Dans Peur Bleue, grâce à son regard malicieux et charmeur, il est parfait dans ce rôle dans lequel il doit incarner l’oncle d’un gamin handicapé qui a besoin d’être considéré comme un enfant normal.

Même si le personnage de Jane (Megan Follows), sœur de Marty, est un peu en retrait, il reste néanmoins important. En effet, il se dégage de Peur Bleue l’image d’un film positif sur la famille, capable de surmonter toutes les difficultés, qu’elles soient liées à la santé de l’un de ses membres ou aux dangers extérieurs auxquels elle est exposée ; contrairement à la religion qui elle ne peut pas faire face.

USA – Pays-Bas – 1985 – Titre original : Silver Bullet – Réalisation : Daniel Attias – Distribution : Gary Busey, Everett McGill, Corey Haim…

Bande-annonce VOSTF :

Hurlements de Joe Dante : la renaissance du film de loup-garou

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Le début des années 80 fut marqué par une certaine renaissance du film de loup-garou avec les sorties de Wolfen (1981), Hurlements (1981), Le loup-garou de Londres (1981), El retorno del Hombre Lobo (1981), La Compagnie des loups (1984) et, dans un tout autre genre, Teen Wolf (1985). Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis seront cependant ceux qui marqueront le plus les esprits en injectant un sang neuf aux films de loups-garous.

Une journaliste obtient un entretien avec un maniaque qui attaque et éventre des jeunes femmes. L’entrevue se transforme en piège pour la jeune femme sauvée in extremis par la police. La journaliste ne sort cependant pas totalement indemne de sa mésaventure. Dans son inconscient, elle refoule ce qu’elle a vu juste avant que la police n’abatte son agresseur, à savoir la transformation de ce dernier en loup-garou. Comme traitement thérapeutique, un psychiatre lui conseille de se rendre dans une communauté reculée et spécialisée afin de se rétablir. Elle ignore que le groupe « au vert » est composé de loups-garous.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

En assimilant le mythe du loup-garou à celui des sectes secrètes, les scénaristes sont parvenus à édifier des schémas différents autour de ce personnage trop souvent relégué à la victime d’une malédiction ancestrale. Désormais, ils sont bien implantés parmi nous, et se déchirent même entre deux groupes antagonistes. D’un côté, il y a ceux qui, menés par le psychiatre (Patrick Macnee de Chapeau Melon et Bottes de cuir), plaident pour l’harmonie entre les humains et les lycanthropes. De l’autre côté, on trouve des personnages comme celui campé par John Carradine qui ne voient en la race humaine rien de plus que des têtes de bétail.

Sur la forme, et plus particulièrement en ce qui concerne les effets spéciaux, Hurlements proposait à l’aube des années 80 un fabuleux bond en avant au regard des précédents films de loup-garou. Grâce aux maquillages imaginés par Rob Bottin et à l’animation image par image de David Allen, c’en était fini des superpositions d’images pour feindre la transformation en bête poilue. Désormais, les poils surgissent, les mâchoires se déforment, le nez se transforme en museau… Corporellement, les loups-garous s’éloignent également radicalement de la silhouette humaine. Ils deviennent immenses et arborent des formes allongées qui évoquent non plus un être humain ressemblant vaguement à une bête mais bien un loup qui marcherait sur deux pattes. A ce moment-là, l’évolution technique permet l’évolution artistique des loups-garous.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

À ce sujet, le film ne manque en outre pas d’humour lorsque Karen décide de se transformer devant une caméra de télévision afin de révéler au monde l’existence des loups-garous. Son sacrifice est inutile comme le démontre un téléspectateur dans un bar qui admet, avec admiration et guère d’intérêt, que le cinéma sait désormais tout faire en termes d’effets spéciaux.

Hurlements ne mise pas tout sur ses trucages. En effet, l’interprétation est excellente, dominée par deux monstres, l’un du cinéma fantastique, l’autre de la télévision. Sans oublier la présence de Dee Wallace qui débutait là une formidable carrière également placée sous le signe du fantastique : E.T., l’extra-terrestre, Cujo, Critters… Esthétiquement, le film dispose d’une atmosphère qui lui est propre et d’images de toute beauté. Quant à l’histoire, originale et passionnante, elle est toujours aussi brillante aujourd’hui.

USA – 1981 – Titre original : The Howling – Réalisation : Joe Dante – Distribution : Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, John Carradine…

Bande-annonce VOSTF :

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