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Le loup-garou de Washington, est une satire inspirée par le scandale du Watergate qui défraya la chronique dans les années 70.

Le scandale du Watergate débute en 1972 lorsque des cambrioleurs sont arrêtés dans les locaux du parti démocrate à Washington. Alors que le FBI laisse traîner l’enquête, le Washington Post met en évidence les liens des cambrioleurs avec la Présidence et les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est réélu en 1972 mais la machine est en route et des cas d’obstruction à la justice et d’abus de pouvoir sont révélés. Lorsqu’un système d’écoute dans la Maison-Blanche est rendue public, l’implication du Président devient évidente et le Congrès engage alors une procédure visant à la destitution du chef de l’État.

Principalement connu du grand public pour son rôle d’Al dans la série Code Quantum, Dean Stockwell a pourtant débuté sa carrière dès les années 40. Enfant, il joue aux côtés de Frank Sinatra dans Escale à Hollywood (1945), de Gregory Peck dans Le Mur invisible (1947) et d’Errol Flynn dans Kim (1950). Plus tard, sa participation au Génie du mal (1959) et au Long voyage vers la nuit (1962) lui vaut deux prix d’interprétation au Festival de Cannes. Dans les années 80, il est dirigé par Wim Wenders dans Paris, Texas (1984) et David Lynch dans Dune (1984) et Blue Velvet (1988).

Dans le Loup-garou de Washington, Jack Whittier est un journaliste qui se trouve en Hongrie avec Giselle la fille du président américain avec qui il a une affaire. En route pour l’aéroport, ils tombent en panne d’essence. Jack part chercher de l’aide. Lorsqu’il revient bredouille, il découvre Giselle menacée par un loup. À l’aide de sa canne ornée d’un embout en argent, il parvient à tuer l’animal qui se transforme en être humain. Au village, une femme explique à Jack qu’il a en réalité tué son fils hantant la lande les soirs de pleine lune une fois transformé en loup-garou. Elle lui tend une amulette qu’il doit désormais toujours porter sur son cœur afin de ne pas subir le même sort que sa victime. En effet, Jack a été blessé par la créature lors de la lutte. Bien évidemment, Jack ne prend pas suffisamment au sérieux les avertissements de la vieille dame et perd le fétiche. Un mois plus tard, la malédiction se réalise alors que Jack travaille pour le gouvernement des États-Unis auquel il doit redorer l’image public ternie à la suite d’un scandale. Il essaie de faire comprendre à tout le monde qu’il n’est plus l’homme de la situation mais personne ne l’écoute puisque les Black Panther sont considérés responsables et un afro-américain a déjà été arrêté pour les crimes perpétrés par Jack…

Le thème de la lycanthropie placée dans le contexte politique américain est intéressant mais s’avère finalement un simple prétexte scénaristique puisque peu usité. Quant aux effets de transformation, ils ne révolutionnent pas le genre en appliquant les techniques utilisées trente ans plus tôt dans les films de l’Universal. L’irruption d’une bohémienne pour expliquer à Jack la malédiction dont il est victime fait directement référence au Loup-garou (1941). Dans le film de George Waggner une bohémienne expliquait déjà le processus à Lon Chaney Jr. alias Larry Talbot, après que son fils, Bela Lugosi, l’ait mordu.

Satire, le film utilise avant tout les clichés et coutumes du genre horrifique pour se moquer de la politique et du style de vie américain. Par exemple, le personnage de Jack, américain typique, paraît terriblement imbu de lui-même lorsqu’il est attaqué par un loup en Hongrie et qu’il se rend compte que personne ne se met en quatre pour lui venir en aide.

Malheureusement, le Loup-garou de Washington ne parvient qu’à de très rares moments à être convaincant. La faute en incombe à une mise en scène peu inspirée. En définitive, les scènes comiques sont plus gênantes que drôles. On peut citer par exemple cette scène où Jack joue au bowling avec le président des États-Unis. Ce dernier ne cesse de lui assurer son soutien et sa confiance pendant que Jack, lui, se débat avec la boule et ses doigts coincés à l’intérieur. Dean Stockwell est très bien, mais ce n’est pas drôle car on ne voit pas ce que cette scène vient faire là.

À cela, il faut ajouter des dialogues qui n’ont pas de sens, en particulier lorsque s’exprime le Président, incapable de faire une phrase complète. Bien que son idiotie soit rationnelle dans une satire politique, l’austérité avec laquelle ses discours sont déclamés laisse à croire que le film est en réalité très sérieux.

Le Loup-garou de Washington s’essaie parfois également au trash en témoigne cette scène où Jack découvre un laboratoire où opère un scientifique fou, nain, créateur de vie artificielle. C’est trop surprenant, en particulier dans un film dont la mise en scène est si austère.

Cependant, de ce décalage étrange entre sincérité et humour involontaire nait une sorte de fascination qui rend le Loup-garou de Washington irrésistible, à l’instar d’autres films ratés comme The Room de Tommy Wiseau (2003) par exemple. Ainsi, pour les amateurs de navet, Le loup-garou de Washington est assurément un incunable.

USA – 1973 – Titre original : The Werewolf of Washington – Réalisation : Milton Moses Ginsberg – Distribution : Dean Stockwell, Katalin Kallay, Henry Ferrentino…

Bande annonce VO :