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La production fantastique espagnole a explosé à la fin des années 60, rivalisant en nombre de films produits avec l’Italie. Suivant la voie tracée par la Hammer, l’Espagne reprend à son compte les grands mythes de l’Universal et parmi eux le loup-garou, porté par un personnage haut en couleurs. Avec sa carrure de catcheur, Paul Naschy que l’on surnomme le Lon Chaney espagnol, a en effet consacré neuf des douze films fantastiques dont il est la vedette au lycanthrope.

les Vampires du docteur Dracula

Le premier d’entre eux, les Vampires du docteur Dracula sort 1968. Jusqu’alors cantonné à de la figuration, Paul Naschy tient cette fois-ci le rôle du loup-garou et s’inspire du personnage de Larry Talbot créé par Lon Chaney Jr pour le composer… Réveillé dans son sommeil par une jeune femme qui enlève la croix d’argent plantée dans son cœur, Waldemar Daninsky erre à nouveau, subissant la terrible damnation le transformant chaque nuit de pleine lune en loup-garou. En s’interposant face à de sordides vampires, il attire cependant la pitié d’une jeune femme qui, en tombant amoureuse de lui, le délivre de sa malédiction. Le scénario, rédigé par Paul Naschy lui-même, est digne des films Universal des années 40 puisqu’il permet de faire se rencontrer loup-garou et vampires, le plus souvent dénudées pour ces dernières. Cet étrange mélange rencontre un beau succès public et lance le genre en Espagne.

La même année, Paul Naschy reprend le personnage de Waldemar Daninksy, cette fois-ci, manipulé par un savant fou qui l’utilise pour éliminer ses ennemis. Las Noches del Hombre Lobo, a été terminé dans l’urgence à la suite du décès de son réalisateur René Govar. Peu distribué en raison de problème de droits, le film s’avère également plutôt obscur…

Dracula contre Frankenstein

Après les savants fous et les vampires, c’est au tour des extra-terrestres d’étoffer le scénario du prochain film mettant en scène Waldemar Daninsky. Réalisé par Tulio Demichelli, Dracula contre Frankenstein (1970) décrit comment les aliens de la planète Ummo, font appel à une momie, un vampire, le monstre de Frankenstein et le loup-garou pour s’emparer de la planète Terre. Bien sûr, le loup-garou se dresse contre les sombres desseins des envahisseurs et périt, libéré de sa malédiction, grâce à la balle en argent tirée par une jeune femme tombée sous son charme. Malgré un casting prestigieux réunissant l’allemande Karin Dor (On ne vit que deux fois – 1967) et Michael Rennie (Le Jour où la terre s’arrêta – 1951), Dracula contre Frankenstein est un film malheureusement raté, dû à un scénario et des effets-spéciaux inexistants.

La Furia del Hombre Lobo

Nullement découragé, Paul Naschy continue d’écrire des histoires relatant les aventures de son héros et c’est ainsi qu’est mis en route, toujours en 1970, La Furia del Hombre Lobo. Comme déjà dans les Vampires du docteur Dracula (qui s’inspire lui-même du Monstre de Londres – 1935), Daninsky est mordu par le Yeti dans les montagnes du Tibet. Le film de José María Zabalza prend alors une autre direction lorsque, pour l’aider, Daninsky s’adresse à Ilona, avec qui il a eu une aventure par le passé. Cette dernière, toujours amoureuse, décide de le manipuler. Malgré la sincérité du jeu de Paul Naschy, La furia del Hombre Lobo ne convainc pas, à l’inverse du film suivant tourné en 1971.

La Furie des vampires, cette fois-ci signée León Klimovsky, est un remake à peine déguisé des Vampires du docteur Dracula où, à nouveau, des jeunes gens réveillent Waldemar Daninsky en extirpant cette fois-ci des balles d’argent de son corps. Paul Naschy joue à nouveau un héros tragique dans la veine de ceux incarnés par Lon Chaney Jr. Une superbe femme vampire est également de la partie dans un scénario réservant de nombreuses péripéties. Grâce à une belle photographie, La Furie des vampires est auréolé d’un beau succès public et critique.

Doctor Jekyll y el Hombre Lobo (1972) est un film tout aussi intéressant, doté de surcroit d’un scénario particulièrement surprenant : Afin de lui venir en aide, Daninsky s’adresse cette fois-ci au petit-fils du docteur Jekyll. Le médecin décide de transformer Daninsky en Hyde afin qu’il puisse dominer la malédiction qui le transforme en loup-garou. Une fois en Hyde, l’inoculation d’un antidote est censée permettre à Hyde de redevenir Daninsky. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et la suite est une nouvelle succession de tragédies, permettant à Paul Naschy de démontrer ses talents dramatiques.

En 1973, Carlos Aured met en scène les nouvelles aventures de Waldemar Daninsky avec un prologue se déroulant au 15ème siècle. Nous découvrons Daninsky se débarrassant d’une horde de sorcières agissant sous la coupe de la comtesse Bathory. Celle-ci, avant de mourir sur le bûcher, jette une malédiction sur la famille Waldemar. La suite se déroule à l’époque contemporaine où le dernier descendant de la lignée du preux chevalier subit le sort réservé aux siens. Grâce à un budget conséquent permettant tous les excès, L’Empreinte de Dracula s’avère particulièrement convaincant grâce à une action soutenue ponctuée par une violence accrue et un érotisme torride. Les effets-spéciaux riches et soignés ne sont pas en reste. L’incursion de la comtesse sanglante dans les aventures du loup-garou permet, quant à elle, de diversifier agréablement la série.

Dans les griffes du loup-garou (1975), Waldemar Daninsky est à nouveau en expédition dans les montagnes du Tibet où, attaqué par deux femmes-louves, il ne peut empêcher la malédiction de s’abattre à nouveau. Son principal ennemi est cette fois-ci le Yeti qui kidnappe Sylvia, sa promise. Après un combat épique opposant les deux créatures, Waldemar et Sylvia connaissent un happy-end, le premier dans la série. Cette aventure, comprenant également une tribu de femmes cannibales souvent dénudées, s’avère une nouvelle réussite riche en action et dépaysement.

El retorno del Hombre Lobo

Désormais réalisateur, Paul Naschy revient une dernière fois à son thème fétiche en 1981 avec El retorno del Hombre Lobo. Le film qui mêle les scénarios de plusieurs films antérieurs est peut-être le meilleur d’entre tous. L’histoire débute comme L’Empreinte de Dracula puisqu’on y retrouve la comtesse Bathory et Waldemar Daninksi, semant, ensemble, la terreur dans la Hongrie au moyen-âge. Plusieurs siècles plus tard, ils sont rappelés d’entre les morts par une petite équipe de chercheurs en paranormal permettant aux deux scélérats de donner libre cours à leur sadisme à l’époque contemporaine. El retorno del Hombre Lobo constitue le film que Paul Naschy voulait faire depuis les Vampires du docteur Dracula. L’hispanique corrige les défauts des précédents opus et livre une œuvre visuellement très soignée et parfaitement interprétée.

L’apport au genre de Paul Naschy a été de faire se rencontrer le loup-garou et les grands monstres de l’Universal comme la Momie, le Vampire, Mr Hyde, la créature de Frankenstein, mais également des extra-terrestres, des cannibales et même le Yeti. Cette profusion permet une variété de l’action, même si, souvent, l’histoire se termine invariablement de la même manière avec Daninsky périssant sous les coups de sa bien-aimée, libérant ainsi la créature de sa malédiction. L’autre aspect important de son œuvre est sans aucun doute la passion et la sincérité de Paul Naschy pour le genre. A lui seul, cet élément impose le respect et tend à faire pardonner certaines faiblesses budgétaires ou même talentueuses.

Source : L’écran Fantastique

Filmographie

1968les Vampires du docteur Dracula
1968Las Noches del Hombre Lobo
1970Dracula contre Frankenstein
1970La furia del Hombre Lobo
1971La furie des vampires
1972Doctor Jekyll y el Hombre Lobo
1973L’Empreinte de Dracula
1975Dans les griffes du loup-garou
1980El retorno del Hombre Lobo