A Werewolf Boy – Cheol-soo aux griffes acérées
Terreur et révulsion sont, le plus souvent, les émotions négatives que génère la figure du loup-garou. La majorité des films mettant en scène la mythique créature préfère effectivement exploiter son aspect bestial et effrayer le public plutôt que de susciter des sentiments plus agréables tels que la passion amoureuse. A Werewolf Boy se propose de corriger cette injustice. Mieux encore, le film de Jo Sung-hee se saisit même de la thématique du loup-garou pour évoquer un sujet intemporel tel que le rejet social. Pour la forme, A Werewolf Boy se prête au jeu de la fable, ici inspirée par le chef-d’œuvre de Tim Burton : Edward aux mains d’argent…


Alors qu’elle se prépare pour un repas familial avec ses petits-enfants, Sun-yi reçoit un appel téléphonique l’invitant à retourner en Corée du Sud afin de prendre possession de la demeure dont elle vient d’hériter. Sun-yi a passé une partie de sa jeunesse dans cette maison avant de partir aux USA. C’est donc avec émotion qu’elle retrouve la ferme isolée dans la campagne et remplie de souvenirs… Comme celui concernant ce garçon qu’elle avait découvert un matin près de la grange…
Ce qu’elle prend en premier lieu pour un loup s’avère finalement un jeune homme. Apeuré, craintif, sans éducation, il semble avoir grandi seul avec les animaux de la forêt. La mère de Sun-yi décide d’accueillir l’adolescent qu’elle prénomme même Cheol-soo. L’initiative ne réjouit pas vraiment Sun-yi, jusqu’à ce qu’elle découvre un livre sur le dressage des chiens. La jeune fille se met alors en tête de domestiquer l’enfant sauvage en s’inspirant du manuel…
Tout comme Edward aux mains d’argent, A Werewolf Boy se déroule dans une ambiance féérique. Mais, plutôt que de situer l’action dans une banlieue résidentielle truffée de maisons aux couleurs criardes, A Werwolf Boy choisit d’asseoir son histoire dans le passé trouble de la Corée du Sud, au début de la dictature du général Park Chung-hee. Pour illustrer ce long flash-back, un filtre a été appliqué à l’image afin de l’adoucir. L’effet ne vaut pas l’envoûtante photographie délivrée par Stefan Czapsky pour le film de Tim Burton. Toutefois, l’ambiance irréelle est bien au rendez-vous grâce aux tons sépia et l’environnement charmant que constitue cette maison perdue en pleine cambrousse, de surcroît dans un cadre hivernal.


Mélancolique et triste, A Werewol Boy laisse toutefois s’épanouir l’aspect fantastique dans la seconde partie. À ce moment-là, il devient évident que le garçon n’a rien d’un enfant sauvage comme les autres. Laissez-le piquer sa colère et vous aurez sur les bras une créature démoniaque. Ceci dit, cette particularité ne s’avère pas l’élément central du film. Preuve en est la transformation en loup-garou qui n’a rien de mémorable. Au moins les effets de maquillage retranscrivent avec justesse toute la violence qui s’empare alors du garçon.
La quiétude de la famille désormais chamboulée, différents personnages font alors leur apparition mais ne correspondent heureusement pas aux clichés d’usage. Toutefois, comme les proches de Edward, ceux-ci feront preuve d’aussi peu d’imagination en considérant le garçon loup-garou comme une menace. Néanmoins, seul véritable méchant de A Werewolf Boy, Yoo Yeon-seok excelle en incarnant l’équivalent de Anthony Michael Hall.


Winona Ryder et Johnny Depp formaient un couple inoubliable. Leur alter ego Park Bo-young et Song Joong-ki ne concourent pas dans la même catégorie, certes. Toutefois, qu’ils sont beaux ! En deux coups de cuillère à pot, le spectateur est conquis et touché au plus profond de son âme par ce couple attachant. Irrévérencieuse lorsqu’elle joue au maître-chien, Park Bo-young fait toutefois sourire lorsqu’elle fait des bêtises. Finalement, on rit de bon cœur et lorsqu’elle est malheureuse, on pleure. Song Joong-ki, pour sa part mime le chien sans jamais être ridicule. L’acteur se cantonne à un rôle certes sans parole, mais exprime toutes les émotions avec métier.
C’est une drôle de romance à laquelle nous convie le réalisateur Jo Sung-hee. Dans Edward aux mains d’argent, la question était de savoir comment Edward allait pouvoir aimer alors qu’il ne disposait pas de bras pour enlacer. Dans A Werewolf Boy, le cœur du problème reste ici l’éducation délivrée par Sun-yi… Ses efforts lui permettront-ils de dépasser le simple dressage et d’aider son élève à développer plus que de la loyauté pour son maître ? Une question intéressante qu’on ne sera pas surpris de voir figurer dans cette douce romance puisque, deux années auparavant, Jo Sung-hee avait livré un film de fin du monde très sombre : End of Animal (2010).
A Werewolf Boy demeure cependant parfaitement calibré pour plaire au grand public. Celui-ci a d’ailleurs très favorablement répondu à l’appel en se rendant en masse dans les salles pour découvrir ce petit bijou. Par ailleurs, en livrant une variation intéressante de son modèle, le film devrait également satisfaire les fans du film de Tim Burton.
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