Au sommaire du numéro 37 de Sueurs Froides :
Val Lewton, Nancy Drew, Ulli Lommel, Flower and Snake, Leprechaun, Patrice Herr Sang, Marian Dora.

Commandez en cliquant sur la bannière...

Ou continuez votre lecture avec...

Loup-garou des années 30 à 40

La Fille du loup-garou vaut pas un clou


USA - 1944 - Henry Levin
Titres alternatifs : Cry of the Werewolf
Interprètes : Nina Foch, Stephen Crane, Osa Massen, Barton MacLane, Blanche Yurka, Ivan Triesault, John Abbott...

En 1942, Val Lewton rejoint la RKO Pictures. Chargé par le studio de superviser une série de films d’horreur à petit budget, le producteur initie, finalement, des œuvres novatrices s’éloignant radicalement des succès financés par les concurrents d’alors. Ses premières réussites, comme La Féline (1942) ou Vaudou (1943), brillent ainsi par une approche plus subtile de l’épouvante que les spectaculaires Le Loup-garou (1941) et Le Spectre de Frankenstein (1942) produits, eux, par la Universal. La Columbia qui, jusqu’alors, s’était timidement illustrée dans le fantastique par sa pingrerie avec des Ersatz tels que Black Moon (1934) ou Island of Doomed Men (1940) décide, à ce moment-là, de s’implanter sur le créneau de la peur suggestive. C’est ainsi que débarque, en 1944, La Fille du loup-garou. Malheureusement, le film de Henry Levin va démontrer, bien malgré lui, que économie d’effets ne rime pas avec économie financière.

La Fille du loup-garou vaut pas un clou
La Fille du loup-garou vaut pas un clou

Le film débute par une visite guidée du rez-de-chaussée de la maison ayant appartenu, dans le passé, à l’étrange famille LaTour. Étrange parce que la dernière de la lignée, Marie, aurait été, si l’on en croit la rumeur, un véritable loup-garou. Désormais transformée en musée du paranormal, la demeure sert également de laboratoire au Dr Charles Morris. Consacrées à la découverte de ce qui est advenu de Marie LaTour, envolée dans la nature depuis l’assassinat de son mari, les recherches du professeur inquiètent Céleste.

Cette jolie demoiselle, érigée en princesse par une tribu de gitans ayant élu domicile près de la maison, n’est pas seulement la fille de Marie. Comme sa mère, elle est aussi dotée de ce pouvoir lui permettant de se transformer en loup. Pour que son secret reste caché, Céleste prend les choses en main et met un terme aux recherches du professeur en lui ôtant la vie. La meurtrière pense alors avoir fait le plus dur pour assurer sa sécurité. C’était sans compter sur la police qui s’est mise en tête d’imputer le crime à l’assistante du professeur. Or, Ilsa, adoptée par Charles, est aussi et accessoirement demi-sœur et fiancée de Bob. Pour sauver sa promise de la potence, le fils endeuillé n’a pas d’autre choix que de mener sa propre enquête menaçant, par la même occasion, la couverture de Céleste.

La Fille du loup-garou vaut pas un clou
La Fille du loup-garou vaut pas un clou

La Fille du loup-garou est le premier film du prolifique Henry Levin, dont le seul et unique chef-d’oeuvre reste le somptueux Voyage au centre de la Terre (1959). D’une filmographie réputée passable, on sauvera tout de même le cruel La Peine du talion (1948) ainsi que la parodie de films d’espionnage Ramdam à Rio (1966) dans lequel un industriel conserve des filles en hibernation. La Fille du loup-garou, pour sa part, peine à suivre les sentiers balisés par Val Lewton et Jacques Tourneur. En effet, si le film ménage effectivement ses effets spectaculaires, ce n’est pas pour investir dans l’ambiance. Ici, l’atmosphère s’avère franchement quelconque et le déroulé de l’histoire théâtral.

À dire vrai, La Fille du loup-garou ressemble plus à un produit de la Monogram ou de la PRC que de la RKO. Toutefois, cette nouvelle comparaison en forme de régression ne tourne pas non plus à l’avantage du film de Henry Levin. Par exemple, la contrefaçon à bas prix des productions signées Val Lewton se contente d’exploiter un vulgaire corniaud pour mettre en images la créature, là où des films comme Le Monstre fou, alias The Mad Monster (1942), offraient au spectateur une véritable transformation en images superposées, ainsi que des effets de maquillage. La Fille du loup-garou se voit même privé de l’humour plaisant qui irradiait les Poverty row. De même, les habitués que l’on a tant de plaisir à retrouver dans ces productions bon marché, tels que Bela Lugosi ou George Zucco, se voient ici remplacés par des comédiens à la carrière plus modeste…

La Fille du loup-garou vaut pas un clou
La Fille du loup-garou vaut pas un clou

Si elle s’est principalement illustrée dans des séries B et deux classiques du 7e art, Les Dix Commandements (1956) et Spartacus (1960), Nina Foch, ici Princesse Céleste LaTour, a surtout brillé sur les planches et à la télévision. Stephen Crane, entrevu dans L’Empreinte de Dracula en 1945, se contentera, pour sa part, d’une très courte carrière en tant qu’acteur. Après maintes réflexions, il préférera finalement s’épanouir dans les métiers de la bouche. La jolie Osa Massen peut compter sur sa ressemblance avec la Simone Simon de La Féline pour faire illusion dans La Fille du loup-garou, mais sa carrière n’a rien de comparable avec celle de la Marseillaise. La Danoise se révèle toutefois la principale attraction du film… D’ailleurs, lorsqu’elle se laisse convaincre d’être, peut-être, responsable du meurtre de son beau-père, une beauté étrange émane de son affection.

Avec Stephen Crane, Osa Massen forme un duo sympathique, mais dont la légèreté pourra déconcerter. Par exemple, le peu de cas que font les deux tourtereaux de la mort de leur papa stupéfie, c’est le moins que l’on puisse dire… En particulier lorsqu’ils se mettent à flirter comme si de rien était, alors qu’ils sont censés être encore en période de deuil. Il ne s’agit pas là de la seule invraisemblance du film, et l’on s’étonnera, par exemple, que les salons funéraires soient équipés en catacombes et autres passages secrets.


Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix :
=> Pour rester en contact, abonnez-vous à la newsletter.
=> Pour soutenir financièrement notre éditeur Sin'Art, faites un don de 5, 10 ou 15 euros.
=>Vous pouvez aquérir aussi pour 8,80 € le n°37 de Sueurs Froides au format papier

Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci !


Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :

=> Le Monstre fou – moraliser la science

=> The Undying Monster

=> Le Loup-garou de George Waggner : un film matriciel


BANDE ANNONCE :

Article signé André Quintaine
Avec L'Écran Méchant Loup, je vous propose de vous plonger
dans la filmographie des films de loups-garous.
D'autres blogs où je suis actif :
ThrillerAllee pour le cinéma allemand qui vibre.
Sueurs Froides pour les films de genre et d'auteur subversifs.

Campagne de don pour L'Écran Méchant Loup

Si vous le souhaitez, vous pouvez soutenir notre site dédié aux loups garous en nous offrant quelques euros.