Wolf Man (2025) – Loup-garou dégénératif
Une fois n’est pas coutume, la transformation en loup-garou ne sert pas de métaphore à la lutte entre l’humanité et la bestialité, mais à illustrer les conséquences d’une maladie dégénérative. Par ailleurs, en plus de montrer le combat de son héros contre l’affection menaçant son intégrité physique et mentale, Wolf Man s’intéresse également aux conséquences, pour les proches, de cette autre forme de malédiction…


Blake Lovell vit à San Francisco avec sa femme Charlotte et leur fille Ginger. Charlotte subvient aux besoins financiers de la famille et passe la majorité de son temps à travailler comme journaliste. Blake, de son côté, rencontre des difficultés à percer comme auteur. Logiquement, il se charge donc de l’éducation de Ginger, avec laquelle il entretient des relations privilégiées. Une proximité qu’il chérit d’autant plus, qu’il n’a jamais pu profiter de la même affinité avec son propre père, disparu sans laisser de traces. Alors que ce dernier vient officiellement d’être déclaré mort, la petite famille profite de l’occasion pour prendre la direction de l’Oregon et s’installer dans la demeure du patriarche.
Malheureusement, à peine arrivé dans la ferme isolée, Blake est attaqué et blessé par un loup-garou, ou quelque chose qui y ressemble fortement. Toutefois, la transformation, ou plutôt la régression, ne va pas attendre la prochaine pleine lune pour s’opérer.
Les différentes étapes de la décomposition du personnage principal de Wolf Man vont se manifester de manière moins prodigieuses que celles figurant dans le film auquel il pourrait faire référence : La Mouche (1986). Toutefois, elles ne vont pas se révéler moins dramatiques pour autant. D’ailleurs, le scientifique célibataire Seth Brundle se montrait presque enthousiaste en découvrant les étapes de sa métamorphose. A contrario, en voyant son cocon familial s’effondrer, Blake ne va évidemment pas faire preuve du même optimisme.


L’un des moments les plus douloureux de Wof Man survient lorsque Blake perd la possibilité de communiquer avec ses proches. Cet événement, mis en images de manière originale de surcroît, paraît en réalité bien plus terrifiant que la transformation physique elle-même. Seul face à sa dégénérescence physique, Blake ne peut même plus obtenir le réconfort des personnes qu’il aime.
En tant que drame psychologique, Wolf Man s’avère franchement dépressif. Pour instaurer une ambiance adéquate, le réalisateur Leigh Whannell opte pour un isolement de l’action en lisière de forêt ainsi que des images sombres. Décors et photographie vont d’ailleurs s’avérer superbes, tout comme les maquillages destinés à décrire la maladie avilissante frappant Blake, et dont les effets tendent plus à sidérer ses proches qu’à les effrayer. Dès lors, s’ils prennent de la distance vis-à-vis de Blake, c’est plus parce qu’ils ne comprennent pas ce dont il est victime que par peur.
C’est probablement parce qu’il a lui-même accompagné un ami soufrant d’une maladie dégénérative que Leigh Whannell parvient avec tant de pertinence à trouver le bon ton pour son film. L’interprétation tout en justesse délivrée par Christopher Abbott permet également d’entrevoir la tragédie subie par le personnage de Blake sans, toutefois, éclipser celle vécue par ses proches. Avec ce père qui a pris la place de la mère dans le foyer et même dans l’éducation de leur fille, Wolf Man peut, en outre, s’appuyer sur un contexte familial particulier et original pour gagner en crédibilité et bouleverser son public.


Julia Garner, héroïne de Évanouis (2025), incarne un personnage effacé, peinant à exploiter la crise afin de se réapproprier son rôle de mère pour prendre soin de sa fille. Isolée dès le début du métrage dans son bureau au centre de la mégalopole déshumanisée, elle semble avoir définitivement perdu le sens de l’empathie. Ainsi, quand sa fille la supplie d’agir, charlotte reste figée, impuissante. Une situation cohérente puisqu’elle figure la stupéfaction face à une situation dramatique à laquelle personne ou presque n’est préparé.
Au final, Wolf Man s’efforce, avec gravité, d’interpeller sur la difficulté d’accompagner les personnes souffrant de maladies dégénératives. Le projet ambitieux trouve néanmoins ses limites en confinant son action à une nuit et un seul lieu. L’intrigue tourne effectivement un peu en rond dans la ferme familiale isolée. Par ailleurs, on pourra regretter que Wolf Man ne cherche pas à dépasser son sujet en apportant quelques pistes pour réconforter les aidants.
![]() |
Le film bénéficie d'une sortie sur support physique : |
|
Cher lecteur, nous avons besoin de votre retour. Au choix : |
|
Vous appréciez notre travail, c’est important pour nous motiver à continuer. Merci ! |
Pour prolonger votre lecture, nous vous proposons :
=> Eight for Silver – Dépression assurée
=> When Animals Dream, récit initiatique sur fond de loup-garou
=> The Wolf of Snow Hollow : La rencontre de Hurlements et de Fargo
Avec L'Écran Méchant Loup, je vous propose de vous plonger
dans la filmographie des films de loups-garous.
D'autres blogs où je suis actif :
ThrillerAllee pour le cinéma allemand qui vibre.
Sueurs Froides pour les films de genre et d'auteur subversifs.


