L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Années 90 et 2000

Something with bite, un episode réjouissant da la série Fear Itself


Ernest R. Dickerson livre avec Something with Bite un épisode réjouissant et sans temps mort pour la série Fear Itself.

L’anthologie composée de moyens métrages qui s’adonnent principalement à l’horreur fait ici une exception avec Something with bite où l’humour prend largement le dessus.

Ce n’est pas forcément une surprise puisque Ernest R. Dickerson, réalisateur, avait déjà parfaitement su marier humour et horreur dans son Cavalier du diable (Tales from the Crypt: Demon Knight) en 1995. En revanche, et contrairement à ce dernier, les effets-spéciaux et maquillages gores sont très rares. La créature résultant de la métamorphose s’avère même quelconque.

Something with bite propose cependant une étonnante rencontre entre un vétérinaire et un loup-garou dont découlent quelques idées saugrenues, comme celle de faire admettre la créature dans une clinique vétérinaire…

C’est Wiilbur Orwell, propriétaire de la clinique, qui accueille l’animal, Celui-ci est agonisant mais, avant de mourir sur la table d’opération, la bête assène un coup et blesse le vétérinaire. Dès lors, des meurtres atroces ont lieu dans l’entourage de Wiilbur qui se croit coupable et s’inquiète pour sa femme et son fils. Cependant, en faisant des recherches, il rencontre les « propriétaires » de l’animal qui l’avait attaqué dans sa clinique. Ceux-ci lui certifie qu’être loup-garou n’est pas une malédiction et surtout, qu’une telle créature ne ferait jamais quelque chose qu’elle serait incapable de commettre dans sa forme humaine…

Fear Itself est une anthologie composée de moyens-métrages horrifiques, crée par Mick Garris. Prolifique dans le genre, que ce soit au cinéma ou à la télévision, Mick Garris est par exemple à l’origine de la série Masters of Horror dont Fear Itself est un succédané.

Les échanges entre Wiilbur et les personnes avisées de sa condition rappellent les dialogues entre David et Jack dans Le Loup-garou de Londres. D’ailleurs, il y a peu de chance que cela soit accidentel puisque le scénario de Something with bite a été écrit par Max Landis, fils du réalisateur du classique de 1981.

Comme dans le film de John Landis, le héros est confronté aux doutes qui l’assaillent quant à sa culpabilité. Ces rencontres lui apportent un autre regard sur sa nouvelle condition. Dans le Loup-garou de Londres, c’est Jack qui tente de persuader David de se suicider pour mettre un terme au carnage qu’il commet chaque nuit de pleine lune. Dans Something with bite, les choses sont inversées puisque le vieux couple rencontré par Wiilbur tente plutôt de le rassurer et l’aider à accepter sa condition.

C’est ainsi que le film d’Ernest R. Dickerson tire son originalité, en étant capable d’apporter un regard différent sur la condition de loup-garou, tout en conservant le même type d’humour que celui qui sévissait dans le film de John Landis

USA – 2009 – Titre original : Something with Bite – Réalisation : Ernest R. Dickerson – Distribution : Wendell Pierce, Paula Jai Parker, Kailin See…

 

An Erotic Werewolf in London : quel est le potentiel érotique d’une louve-garou ?

An Erotic Werewolf in London tente de réparer une injustice…

Bien que les vampires soient des monstres inhumains, cela ne les empêche pas d’être séduisants et de dégager une certaine forme de sensualité. Les cinéastes ne s’y sont pas trompés et l’on constate que les suceurs de sang disposent de nombreuses déclinaisons érotiques.

D’origine polonaise, Anoushka est modèle. Elle continuera de travailler avec Seduction Cinema pour The Girl Who Shagged Me (2005), Vampire Obsession (2002) et Play-Mate of the Apes (2002).

C’est différent pour les loups garous. La bestialité de ces créatures poilues aux crocs acérées éclipse toute forme de sensualité.

Naguère, des films ont pourtant su démontrer le potentiel érotique de la femme animale ; il suffit de se remémorer la femme panthère de L’île du docteur Moreau en 1932 ou Irena la Féline en 1942.

Plusieurs décennies plus tard, An Erotic Werewolf in London tente d’aller un peu plus loin…

Ruby et Misty, amies intimes, sont entreprise par Anoushka, une louve-garou européenne. Misty ne résiste pas longtemps et répond aux sollicitations de l’étrangère. Au moment de l’orgasme, cependant, Anoushka se transforme en louve-garou et mord la jeune américaine.

William Hellfire, réalisateur, s’était alors spécialisé dans l’horreur avec des films comme The Infamous bondage Murders, qu’il mettait en scène pour sa boîte Factory 2000.

Anoushka s’enfuit et revient en Europe. À Londres, elle raconte son histoire à une journaliste du Daily Lime : Zoe Moonshine.

Intriguée, la reporter décide de partir aux USA pour approfondir son enquête. C’est ainsi qu’elle rencontre Misty, qu’elle séduit à son tour. Attachée à un lit, Misty est offerte à Zoe. Celle-ci a l’intention de vérifier si Misty se transformera bien en louve-garou au moment de l’orgasme.

Force est de constater que An Erotic Werewolf in London n’exploite pas le potentiel érotique de l’animal chez la femme. A minima, par exemple, on aurait pu s’attendre à un maquillage soulignant et érotisant les traits « animaux » du corps féminin. À la place, les maquillages se limitent à des crocs de vampires et quelques touffes de poils appliquées de-ci de-là. Le film ne cherche d’ailleurs pas à tromper son public sur ce point puisqu’il communique avant tout sur le fait que les maquillages ne cachent nullement la nudité des starlettes. Le souci principal des producteurs était probablement de ne pas rebuter le client de base des films érotiques, principalement attiré par les nymphettes imberbes.

À la fin du tournage de An Erotic Werewolf in London, Seduction Cinema se mit à des projets plus ambitieux. Par conséquent, pendant que le studio travaillait sur des métrages comme SpiderBabe, An Erotic werewolf in London dû attendre son tour pour être terminé. Le film ne sortira finalement qu’en 2008.

Les maquillages sont réalisés par Steve Noack qui s’est inspiré de ceux utilisés pour La louve sanguinaire (1976) de Rino Di Silvestro, une série B transalpine qui flirtait également avec l’érotisme.

Plus sophistiqué est cependant le maquillage dont bénéficie Misty Mundae lors de la dernière scène du film. Le travail de Michael R. Thomas pour transformer Misty Mundae en louve-garou fait cependant plus ressembler l’actrice à un gentil toutou.

L’actrice, icône de Seduction Cinema maison productrice de An Erotic Werewolf in London, connait alors une période faste. Jusqu’alors cantonnée aux rôles de jeunes filles qui finissent déflorées ou assassinées (Playmate of the Apes, The Seduction of Misty Mundae…), elle hérite ici d’un personnage un peu plus épais, ne serait-ce que par sa dangerosité. Au milieu des années 2000, Misty Mundae se produit également sous le nom d’Erin Brown pour les films en dehors du circuit érotique. Elle est d’ailleurs magnifique dans l’épisode Sick Girl réalisé par Lucky McKee pour la série Masters of Horror.

Zoe Moonshine, « habillée » dans An Eroctic werewolf in London, faisait ici ses débuts. Elle continuera sa carrière, mais dès lors déshabillée.

Dans An Erotic Werewolf in London, l’actrice dispose d’un charme certain. Sa présence ne se limite pas à rehausser l’intérêt des scènes où elle participe. Elle les rend également moins vulgaires.

Aux côté de Misty Mundae, on trouve Darian Caine, Julian Wells et Ruby LaRocca, également des régulières de Seduction Cinema. Elles finiront ‘ailleurs par devenir employées de Seduction Cinema qui s’inspirait alors des pratiques élaborées par les grands studios au début du cinéma. L’intérêt était de pouvoir ainsi faire travailler plus régulièrement le personnel et donc de produire plus de films.

Produit pour accompagner Erotic Vampire in Paris de Donald Farmer dans un double programme, An Erotic Werewolf in London utilise principalement le mythe du loup-garou pour vendre de la nudité. L’ambition du film de William Hellfire, tourné en mini-dv et betacam en 2001 dans les studios de Seduction Cinema et un motel, est donc relativement peu élevée.

USA – 2006 – Titre original : An Erotic Werewolf in London – Réalisation : William Hellfire – Distribution : Erin Brown, Anoushka, Darian Caine…

Bande-annonce VO :

Sieben Monde, un film d’horreur amusant mais dans lequel l’humour ne prend jamais le dessus

Malgré quelques fulgurants épisodes sanglants, Sieben Monde est un film léger. Tour à tour comédie romantique teintée de fantastique, film introspectif puis thriller à suspens lors de sa dernière partie, il se dégage un charme séduisant du film de Peter Fratzscher.

Alors qu’il est en train de travailler sur la synchronisation d’un film d’horreur, Thomas Krömer, romancier tout aussi modeste que les films sur lesquels il intervient, est appelé par sa grand-mère pour surveiller sa maison de campagne. Le lendemain, celle-ci est retrouvée morte assassinée, Thomas devient un suspect tout désigné pour les forces de l’ordre.

La police enquête depuis plusieurs semaines sur une série de crimes sadiques et sanglants commis à Münich. Comme les meurtres sont perpétrés les soirs de pleine lune, que les corps sont découverts déchiquetés et que des poils de loup sont à chaque fois retrouvés sur les lieux des massacres, la population commence à évoquer la possibilité que le coupable soit un loup-garou. Pour élucider l’affaire, le commissaire Lasinger confie l’enquête à deux inspecteurs dont les méthodes sont radicalement différentes. Becker croit au surnaturel et applique des méthodes non conventionnelles qui lui attirent les moqueries de ses collègues. De son côté, Graf est beaucoup plus terre à terre.

Au centre de toutes les attentions, Thomas est donc suspecté d’être, soit un dangereux psychopathe, soit une affreuse créature mi-homme, mi-loup. Lui-même s’interroge depuis qu’il a été attaqué en pleine nuit par un animal sauvage non identifié. Son appétit, très récent, pour les plats à base de viande saignante ainsi que ses amnésies les soirs de pleine lune l’incitent à envisager le pire.

Sieben Monde a été co-financé par la chaîne de télévision allemande Pro7 qui projetait de l’inclure à sa grille de programmation. Finalement, eu égard à la qualité du produit final et grâce à l’insistance de Buena Vista International qui souhaitait produire des films pour le cinéma, Sieben Monde eut droit à une sortie en salle.

Une fois n’est pas coutume, voici un loup-garou qui ne parle ni américain ni espagnol mais aux doux accents germaniques C’est Nils-Morten Osburg qui a eu le courage d’écrire un scénario mettant en scène un lycanthrophe. Par la suite, il continua à œuvrer pour la télévision.

Sieben Monde (littéralement « sept lunes ») se démarque du cinéma hollywoodien par des références massives au folklore allemand et en particulier aux contes de Jacob et Wilhelm Grimm, auteurs de Hansel et Gretel, les Musiciens de Brême ou encore Raiponce. Ainsi, on reconnaîtra des emprunts à La Capuche rouge lorsque la grand-mère du héros est dévorée ou encore à Blanche-Neige lorsqu’une pomme empoisonnée est offerte au héros.

Même si le film tente très longtemps de nous faire croire le contraire, il n’y a pas de loup-garou dans Sieben Monde. L’assassin agit en s’inspirant des contes des frères Grimm.

Ainsi, le spectateur n’aura droit à aucune transformation. À la place, le film nous propose une véritable réflexion sur le genre, comme lors de cette scène dans laquelle Krömer attend, terrorisé, sa transformation.

Par ailleurs, Thomas, auteur qui cherche à être édité, rencontre régulièrement son éditeur. Celui-ci lui conseille d’écrire un roman d’horreur mettant en scène un loup-garou avec un maximum d’effets macabres. Les échanges entre les deux hommes alimentent encore la réflexion sur le genre.

En définitive, Sieben Monde se rapproche par certains aspects de Scream qui avait connu un grand succès deux années auparavant (1996). Une forme de distance se créé entre le sujet initial (film de loup-garou) au fur et à mesure que le film progresse, comme dans le film de Wes Craven et le slasher.

Plus loin, la crainte du héros de se transformer en bête fait écho à son insécurité sociale (un métier dont l’activité est aléatoire) mais surtout sentimentale puisqu’il n’arive pas à conclure avec Alexandra, son amie d’enfance.

L’humour, voire l’ironie, qui soutient l’intrigue accentue encore cette distance et donc prise de recul par rapport au genre. On sent que le fantastique n’était pas l’intérêt principal des auteurs, ce qui ne signifie pas que le film soit mauvais pour autant.

Peter Frastscher réalise Sieben Monde en 1998. À l’époque, il était âgé de 48 ans et s’était déjà fait remarquer en 1980 avec Asphaltnacht, une comédié musicale sur le thème de la culture punk. Entre de nombreux travaux à différents postes, il s’occupa des scènes d’action d’un film mineur de Jack Arnold : The Swiss Conspiracy (1976). Malgré les qualités de Sieben Monde, Peter Frastscher ne fut ensuite actif qu’à la télévision où il participa à diverses séries comme Tatort.

On notera les interpétrations de Josef Liefers (Krömer) et de Marie Bäumer (Alexandra). En effet, l’interprétation sincère des deux acteurs permet grandement de crédibiliser l’histoire de Sieben Monde.

Il convient de signaler la présence dans un petit rôle de Christoph Waltz, devenu mondialement célèbre depuis que Quentin Tarantino lui a donné le rôle du colonel Hans Landa dans Inglourious Basterds en 2009.

Sources : www.sdb-film.de – www.artechock.de

Allemagne – 1998 – Titre original : Sieben Monde – Réalisation : Peter Fratzscher – Distribution : Jan Josef Liefers, Marie Bäumer, Ulrich Mühe, Christoph Waltz, Peter Lohmeyer…

Bande-annonce VO :

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