L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Catégorie : Années 30 à 40

Le Loup-garou de George Waggner : un film matriciel

Au départ, Universal prévoyait de donner le rôle de Larry Talbot à Boris Karloff.

On doit au Loup-garou de George Waggner (ainsi qu’au Monstre de Londres de Stuart Walker), beaucoup des particularités dont sont dotés les loups-garous modernes. Par exemple, dans le folklore, les hommes devenaient des loups-garous après avoir conclu un pacte avec le Diable. Par ailleurs, ils étaient mortels. Ainsi, la transmission de la malédiction par une morsure, la balle en argent comme seule arme capable de mettre un terme aux agissements d’un loup-garou, les pentagrammes comme signe distinctif, et même le fait qu’ils se transforment les nuits de pleine lune, sont dues à Hollywood et plus particulièrement à l’imagination de Curt Siodmak.

Dans un village éloigné, on raconte la légende du loup-garou, cet homme doté de poils et de griffes dignes d’une bête surnaturelle et au hurlement s’apparentant à un chant funèbre.

Larry Talbot (Lon Chaney Jr.) revient au château familial après la mort de son frère et y retrouve son père. Il fait la rencontre de Gwen, dont il tombe amoureux. Larry rend ensuite visite au bohémien Bela (Bela Lugosi), diseur de bonne aventure. Mais ce dernier se transforme en loup-garou et se rue sur la compagne de Larry, Jenny. Larry s’interpose et tue Bela qui a cependant le temps, en le mordant, de lui transmettre la malédiction.

Les démêlés de Curt Siodmak avec Universal

Le scénariste Curt Siodmak (Le Monstre magnétique, coréalisé avec Herbert L. Strock en 1953, Le Retour de Monte-Cristo d’Henry Levin en 1946 ou encore Vaudou de Jacques Tourneur en 1943) s’est inspiré d’un scénario datant de 1931, écrit par Robert Florey (réalisateur de Double Assassinat dans la rue Morgue en 1932 et de La bête aux cinq doigts en 1946, entre autres). À l’époque, le texte original avait été censuré car la transformation de l’homme en loup-garou se déroulait dans un confessionnal, ce qui était considéré comme blasphématoire. Le scénario de Curt Siodmak ne sera pas non plus du goût des studios Universal. En effet, l’histoire imaginée par Siodmak laissait planer un doute sur le drame qui touchait Larry Talbot et il n’était pas certain qu’il soit réellement un loup-garou. Peut-être souffrait-t-il d’un « simple » dédoublement de la personnalité. Or, Universal souhaitait un scénario avec moins de chichi et privilégiant les effets choc.

Aux côtés de Lon Chaney Junior, on note la présence de Claude Rains, l’inoubliable homme invisible du film éponyme de James Whale réalisé en 1933.

Heureusement pour le studio, Jack Pierce, qui avait déjà grimé Boris Karloff en Monstre de Frankenstein, fit des miracles avec un superbe maquillage de loup-garou. Quant aux transformations réalisées avec un effet de fondu très réussi, elles s’avèrent particulièrement crédibles pour l’époque et participent pour beaucoup à l’aspect spectaculaire du film. Bien que cette dimension soit une des grandes réussites du film, l’étalage des effets spéciaux a quelque peu éclipsé la subtilité du propos. C’est d’ailleurs en réaction au Loup-garou de George Waggner qu’une année plus tard, Jacques Tourneur et Val Lewton réalisent La Féline, un film qui laisse le spectateur dans le doute, même après le mot FIN.

Un loup-garou fantastique : Lon Chaney Jr.

C’est Lon Chaney Junior qui incarne la bête. Précédemment, on l’avait vu adopter le rôle du sympathique colosse mentalement déficient Lennie dans Des souris et des hommes de Lewis Milestone. L’acteur présente un charisme qui sied à merveille au loup-garou auquel il donne vie. En effet, il peut tout aussi facilement incarner la gentillesse et la naïveté que la force brute.

La malédiction de Larry Talbot est une métaphore du nazisme qui, tout comme elle, apporte le chaos dans la paisible vie des gens.

Tout comme incarner la tragédie d’ailleurs. Et Larry Talbot est bien un personnage tragique : Profondément bon, c’est une force inconnue qui le pousse à commettre des crimes atroces. Crimes qu’il condamne et qui le révulsent, au point qu’il préférerait mourir. Pour accentuer encore la cruauté de son destin, il est abattu par son propre père.

Une mine d’or pour Universal

Au lendemain de Pearl Harbor, la crainte était forte que le public se détourne d’un film d’horreur. Le Loup-garou sera pourtant l’un des plus gros succès de l’année.

Universal continuera d’exploiter son nouveau monstre durant les années 40 en lui faisant partager la vedette avec les monstres qui avaient terrifié les foules durant la précédente décennie. Les rencontres entre Dracula et le Monstre de Frankenstein permirent à Larry Talbot de se retrouver au générique de cinq films entre 1941 et 1948.

Sources : Film des années 40 (Taschen)

USA – 1941 – Titre original : The Wolf Man – Réalisation : George Waggner – Distribution : Lon Chaney Jr., Claude Rains, Warren William, Ralph Bellamy…

Bande-annonce VOSTF :

En 1935, Le Monstre de Londres est le premier vrai film de loup-garou.

Le Monstre de Londres a énormément contribué à la construction de la mythologie du loup-garou au cinéma. Auparavant, dans le folklore, l’homme se transformait en loup, à volonté, et ce grâce à la magie noire. Depuis le film de Stuart Walker, la transformation est subordonnée à la pleine lune. L’individu devient alors une victime qui subit son état après avoir été mordue. Et la créature qui résulte de la transformation est désormais un hybride homme/loup.

À l’inverse, dans Le Monstre de Londres, le projectile en argent n’est pas encore indispensable pour se débarrasser d’un loup-garou puisque le docteur Glendon meurt d’une simple balle de revolver à la fin du film.

Le tournage se déroula ente le 18 janvier et le 23 février 1935. Le film sortit en salle le 3 juin de la même année.

Dans les montagnes du Tibet, le docteur Glendon (Henry Hull) est en quête d’une plante aux propriétés étranges : la mariphasa. Lorsqu’il trouve enfin l’objet de ses recherches, il est attaqué par une bête effroyable, qu’il parvient à faire fuir mais pas avant d’avoir été mordu.

De retour à Londres, il reçoit la visite de l’énigmatique Dr. Yogami (Warner Oland) qui lui raconte la légende des loups-garous qui auraient élu domicile dans les fameuses montagnes du Tibet où il a trouvé la mariphasa.

Un soir de pleine lune, le docteur Glendon découvre que ses mains s’hérissent de poils. Par accident, il se pique alors avec une épine de mariphasa. Lorsque ses mains retrouvent leur état normal, il en déduit qu’il est guéri. Seulement, le lendemain soir, il est de nouveau victime d’une crise. Et c’est à ce moment-là qu’il découvre que la plante a disparu ; plus rien ne peut empêcher l’horrible transformation.

Les maquillages sont signés Jack Pierce qui, au départ, avait conçu un masque dont le trait animal était bien plus marqué. À la demande des studios Universal qui craignaient d’être épinglés par la censure de l’époque, il humanisa le maquillage. Pour information, le maquillage original fut utilisé quelques années plus tard, en 1941, pour le film de George Waggner.

Le loup-garou est incarné par Henry Hull, connu à l’époque pour avoir interprété le forçat Megwich dans la première version parlante de Les Grandes Espérances d’après Dickens, également réalisée par Stuart Walker.

Mais en réalité, le premier loup-garou de l’écran est Warner Oland (Charlie Chan) qui mord le héros et lui transmet sa malédiction au tout début de film.

Sources : L’Écran Fantastique

USA – 1935 – Titre original : Werewolf of London – Réalisation : Stuart Walker – Distribution : Henry Hull, Warner Oland, Valerie Hobson, Lester Matthews, Lawrence Grant…

Bande-annonce VOSTF :

The Undying Monster

The Undying Monster

USA – 1942 – Réalisation : John Brahm  – Distribution : James Ellison, Heather Angel, John Howard, Bramwell Fletcher…

La 20th Century Fox rêve de profiter du succès que rencontrent les films d’épouvante de la Universal dans les années 30. C’est avec du retard qu’elle s’y met et produit trois films du réalisateur John Brahm : the Undying Monster (1942), the Lodger (1944) et Hangover Square (1945).

John Brahm est un réalisateur qui vient d’Allemagne. La Fox l’a engagé car elle l’estimait capable de communiquer un souffle expressionniste à ses films. Il s’agissait là d’une supposition pertinente car les œuvres les plus marquantes de l’expressionnisme allemand appartiennent en effet au genre horrifique.

Dans the Undying Monster, la famille Hammond vit sous le poids d’une sombre malédiction. Ses membres doivent effectivement se méfier lors de leurs promenades nocturnes, en particulier quand le givre recouvre les pavés qui longent les falaises… En effet, une force obscure les pousserait au suicide. D’ailleurs, cette force vient tout juste de faire à nouveau parler d’elle. Si Sir Oliver Hammond en a réchappé indemne, ce n’est pas le cas de la pauvre paysanne qui passait par là au même moment. Il semblerait qu’elle ait été attaquée par un monstre, comme peuvent le laisser croire les cris de loup entendus depuis le château. Quoi qu’il en soit, l’affaire est suffisamment importante pour que Scotland Yard dépêche deux détectives scientifiques. Ces derniers mènent l’enquête et leur but final est de démontrer qu’il n’y a pas de monstre.

The Undying Monster de John Brahm

L’enquête est menée tambour battant et s’inspire largement de celles conduites de main de maître par Sherlock Holmes. Une femme excentrique, qui accompagne le détective chargé de l’enquête, fait même office de « Watson »… Ses interventions apportent une bonne dose d’humour à l’histoire et à travers elles the Undying Monster s’oriente vers un film de divertissement plutôt que vers une œuvre rivalisant avec l’épouvante que suggéraient Dracula ou Frankenstein. Ceci dit, rappelons cependant que le film date de 1942 et qu’à cette époque, en s’engouffrant dans les salles obscures, les spectateurs désiraient d’abord s’évader et échapper le temps d’un film à la triste réalité de l’époque…

La lande, les hurlements d’un loup, l’enquête menée à la Sherlock Holmes et les nombreux personnages qui jouent un double jeu et forment ainsi autant de suspects possibles… Tous ces éléments rappellent bien évidemment Le Chien des Baskerville. Et tout comme dans le roman de Sir Arthur Conan Doyle, le fantastique est présent dans the Undying Monster mais sans jamais s’imposer vraiment.

L’enquête d’investigation n’est pas menée de manière très sérieuse, la coéquipière du détective de Scotland Yard a en effet toujours le mot pour rire. Le héros est en outre tellement convaincu qu’il n’y a pas trace de fantastique dans cette histoire qu’on finit par y croire nous-mêmes. Ce qui est au final surprenant car l’affiche du film est plus qu’équivoque sur la présence d’un lycanthrope. Et puis à la fin du film, le loup-garou apparaît finalement. Tué, il perd sa pilosité et redevient humain. Et pourtant, les enquêteurs et le scénariste s’obstinent étrangement à réfuter les faits, en prétextant une maladie psychologique courante…

On peut en conclure que le fantastique n’intéressait pas fondamentalement John Brahm. D’ailleurs, ses deux films suivants pour la Universal, the Lodger et Hangover Square mettent en scène des psychopathes. Le premier s’inspire des méfaits du sinistre Jack l’Éventreur, les tueurs restent ainsi tristement humains.

Dans the Undying Monster, la menace est une créature fantastique. Mais il n’y a pas qu’elle qui plonge le spectateur dans le fantastique. L’atmosphère nous réserve des passages largement imprégnés d’épouvante. Le début du film qui se déroule sur la lande, les scènes dans la crypte et même l’atmosphère générale font malgré tout de the Undying Monster, tant bien que mal, un film fantastique.

L’ambiance est d’ailleurs sans aucun doute le point fort du film. Les décors sont superbes. Que ce soient le château et sa chambre secrète qui borde la crypte, la lande brumeuse où ont lieu les crimes ou encore les rochers sur lesquels se brisent les vagues de l’océan, tous ces décors sont superbement mis en valeur. Loin de faire carton-pâte, ils sont impressionnants car immenses et splendides. En complément des décors composant un fond visuel travaillé, la réalisation de John Brahm se révèle surprenante, également. L’étonnante première scène du film nous fait pénétrer dans le château à l’aide de singuliers mouvements continus de la caméra qui décrivent le salon. Plus loin, John Brahm utilise la vue suggestive pour nous mettre dans la peau du monstre. Puis, la caméra à l’épaule, nous entrons de plain-pied dans l’horreur qui se déroule autour du château. La lande, ce paysage si caractéristique et fascinant, est magnifiquement mise en valeur grâce à une photographie superbe finissant d’offrir au film une atmosphère tout à fait particulière.

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