L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

La compagnie des loups, le recueil qui inspira Neil Jordan

C’est la rentrée littéraire. Pour l’occasion, nous vous proposons d’aborder les loups-garous lettrés…

La compagnie des loups est un recueil de nouvelles écrits par la britannique en 1979 Angela Carter.

Angela Carter commence sa carrière comme journaliste avant de devenir écrivain et de publier des romans, des nouvelles, des contes de fées et des livres pour enfants. Elle écrit aussi des essais, parmi eux, The Sadeian Woman : An Exercise in Cultural History où elle explore la relation entre la sexualité et le pouvoir. En 1968, elle décroche le prix Somerset Maugham, décerné à des écrivains de moins de 35 ans considérés comme les meilleur parmi leurs pairs.

Le recueil La compagnie des loups est composé de nouvelles pour adultes reprenant différents contes de fées classiques en accentuant l’aspect violent et érotique. L’anthologie, auréolée du prix littéraire du festival de Cheltenham en 1979, se voit adaptée pour la radio avant d’être une nouvelle fois arrangée pour le cinéma. C’est Neil Jordan qui, en 1984, s’est occupé de cette version cinéma reprenant plusieurs nouvelles dans celle donnant le titre français du recueil (dont le titre original est The Bloody Chamber).

Lors de la lecture du recueil, les spectateurs qui ont vu le film de Neil Jordan reconnaîtront sans problème les deux nouvelles qui ont inspirées La Compagnie des Loups. Cependant, la grande réussite de Neil Jordan est aussi d’avoir su coloré son film de l’ambiance du livre, de son lyrisme et de son féminisme à peine voilé.

D’ailleurs, le recueil ne traite pas uniquement d’histoires de loups garous. Ainsi, Barbe Bleue, Le Chat botté, Blanche Neige, Alice au pays des merveilles, et même la BD Vampirella sont adaptés dans des nouvelles, pour la plupart de plusieurs dizaines de pages.

Le cabinet sanglant : Une jeune fille se marie avec un homme riche qu’elle n’aime pas. Avant de partir en voyage d’affaires, il remet à sa jeune épouse un trousseau de clés tout en lui déconseillant formellement d’utiliser l’une d’elle qui ouvre une pièce qui lui est interdite…

M. Lyon fait sa cour : Un homme s’égare en voiture et trouve une rose blanche dans un jardin. Pour l’offrir à sa fille, il cueille la fleur ce qui provoque la colère d’une créature ressemblant à un lion.

La jeune épouse du Tigre : Aux cartes, un père joue et perd sa fille au profit d’un homme masqué qui ressemble à un tigre.

Le chat botté : Le matou Figaro mène une vie dissolue avec son maître qu’il aide à tricher et gagner aux cartes mais voilà que le jeune homme tombe amoureux d’une femme accablée, mariée à un homme plus âgé et avare.

Le roi des Aulnes : En errance dans les bois, une jeune femme est attirée dans un piège par le sinistre roi des Aulnes.

L’enfant de la neige : un comte souhaite adopter une fille à la peau blanche comme la neige. Lorsque le souhait se réalise, c’est au grand dam de son épouse.

La dame de la maison d’amour : Un jeune soldat traverse la Roumanie à bicyclette et arrive dans un village déserté où Il découvre un manoir habité par une séduisante créature de la nuit.

Le loup-garou et la compagnie des loups : Une jeune fille rend visite à sa grand-mère qui vit au centre de la forêt. En chemin, elle rencontre un loup-garou qui se dissimule sous son apparence humaine.

Louve Alice : Une sauvageonne à civiliser découvre sa transformation de jeune fille en femme.

L’ensemble des textes bénéficie d’une écriture magnifique s’inscrivant parfaitement dans une littérature classique. Mais le second degré est également présent, ainsi qu’une certaine causticité, car Angela Carter s’amuse à égratigner la morale des contes qu’elle a en ligne de mire.

En effet, grâce à une prose éclairée par la psychanalyse, Angela Carter retourne les situations et étonne. Ainsi, Par exemple, dans sa version de « La Belle et la Bête » intitulée La Fiancée du Tigre, la Bête ne se transforme pas en être humain. C’est la Belle qui se transforme en bête. Métamorphosée, elle est emmenée nue dans la chambre de la Bête… Ainsi, les histoires sont souvent frivoles (Le chat botté) et impudiques (Le cabinet sanglant). Mais l’ensemble des contes est également féministe comme dans Le cabinet sanglant qui revisite Barbe-Bleue : ce ne sont plus les frères qui arrivent au galop pour sauver leur sœur, mais la propre mère de l’héroïne.

Avec une plume flamboyante, Angela Carter réécrit des contes célèbres et les transforment en nouvelles fantastiques. Les textes, très féminins dans leur tournure sont truffés d’émotions et d’esprit, offrant une nouvelle interprétation à ces mythes qui nous accompagnent depuis l’enfance.

La compagnie des loups Titre original : The Bloody Chamber (1979) Auteur : Angela Carter Editeur France : Seuil (1997) n° EAN : 9782020331586 Traductrice : Jacqueline Huet

Dracula contre Frankenstein : un duel absurde et aberrant 

Dans une époque désillusionnée comme la nôtre, un sujet aussi saugrenu que celui de Dracula contre Frankenstein ne viendrait à l’esprit de personne, ou alors, ce serait pour le traiter avec moquerie, dédain et mépris. C’était différent dans les années 70…

Menacée par l’ère glaciaire sur Ummo, des extraterrestres sont résolus à faire de la Terre leur nouveau home sweet home. Pour se débarrasser des autochtones, les aliens mettent en place un stratagème sans pareil. Ainsi décident-ils d’instrumentaliser la superstition de leurs ennemis et de faire appel aux monstres infâmes de la culture populaire humaine. Vampires, loup-garou, Golem, monstre de Frankenstein et autre momie se soumettront-ils aux quatre volontés de l’émissaire extraterrestre, le scientifique fou Warnoff (Michael Rennie) épaulé de ses assistants Maleva (Karin Dor), biochimiste décédée dans un accident de voiture, et Kirian (Ángel del Pozo), chirurgien tué au combat ?

Le film de Tulio Demicheli (Hugo Fregonese et/ou Eberhard Meichsner puisqu’ils sont trois à s’être succédé derrière la caméra) est un festival de fraîcheur et de naïveté. Il suffit, pour s’en persuader, de voir nos monstres fantastiques se rebiffer et n’en faire qu’à leur tête, désespérant nos belliqueux envahisseurs et contrecarrant leur plan de conquête du monde. En même temps, quand on n’est même pas fichu de créer un bête soleil artificiel pour réchauffer sa planète, peut-on raisonnablement espérer soumettre à sa volonté les grands monstres de l’Universal pour se débarrasser d’êtres habitants à 14 années lumières ?

Tels des enfants dans un magasin de bonbons, les monstres font tourner en bourrique les aliens les acculant à une défaite cinglante. Une défaite dont le grand vainqueur est l’amour… C’est Paul Naschy qui attire l’attention de la belle Karin Dor. Le célèbre espagnol, également responsable du scénario, livre une prestation à la hauteur de nos attentes. En début de métrage, on peut voir les extraterrestres retirer chirurgicalement les balles d’argent et redonner vie à Waldemar Daninsky. Par conséquent, on peut imaginer que le personnage de Paul Naschy est le même que celui qui meurt à la fin des Vampires du Dr. Dracula (1968).

Réanimée pour servir l’oppresseur, l’allemande Karin Dor apporte la touche glamour au film. Sa présence dans un film comme Dracula contre Frankenstein peut surprendre. En effet, celle qui a été l’égérie du réalisateur Harald Reinl, la reine des Edgar Wallace Krimis et une James Bond Girl poussée dans une piscine infestée de piranhas par Donald Pleasence dans On ne vit que deux fois (1967) a été habituée à des productions plus ambitieuses.

Michael Rennie a également connu de meilleurs moments dans sa carrière, en particulier dans les années 50 lorsqu’il interprétait Klaatu dans Le jour où la terre s’arrêta (1951) de Robert Wise. Quoi qu’il en soit, il livre une prestation glaçante en extraterrestre qui ambitionne, ni plus ni moins, que d’exterminer des milliards d’individus.

La présence des monstres classiques du bestiaire fantastique s’accompagne bien entendu d’une ambiance lugubre et gothique. Un vieux château aux voûtes sombres, des cercueils décorés de cadavres et quelques meurtres occupent le spectateur qui n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. L’important est de ne pas trop prendre au sérieux le spectacle et cette histoire qui aurait pu servir de sujets à trois ou quatre autres longs-métrages.

Alors que Dracula contre Frankenstein s’annonçait comme une analyse de la mécanique de la superstition, le film bascule rapidement dans le grand n’importe quoi. Néanmoins, cette galerie des horreurs où se côtoient de manière surprenante des personnages hétéroclites évoque tendrement le rêve d’un enfant où les grands monstres s’uniraient pour sauver les humains d’un fléau plus terrible encore.

Allemagne, Italie, Espagne – 1970 – Titre original : Monstruos del terro – Réalisation : Hugo Fregonese, Eberhard Meichsner, Tulio Demicheli – Distribution : Michael Rennie, Karin Dor, Patty Shepard, Helga Geissler, Ángel del Pozo, Craig Hill, Paul Naschy…

Bande-annonce VO :

Concerto pour un loup-garou : Dix petits monstres poilus

Un hôtel isolé en pleine forêt, des invités aux passés troubles qui ne se connaissent pas, des morts en cascade, un chasseur de loup-garou… Cette trame digne des Dix petits nègres sert à Concerto pour un loup-garou, l’avant dernier épisode de la quatrième saison des Contes de la Crypte, série télévisée américaine programmée de 1989 à 1996. Diffusée sur le câble, la série n’était pas soumise au contrôle de la FCC (Federal Communications Commission) ; cette liberté a permis à la série inspirée des EC comics des années 50 de traiter des thèmes comme la violence, la drogue et l’érotisme qui, sur d’autres canaux, lui aurait été interdits.

L’une des particularités de la série est également de bénéficier d’un casting de premier choix. Dans ce domaine, Concerto pour un loup-garou n’échappe pas à la règle puisque l’épisode bénéficie de la présence de Timothy Dalton, acteur qui a incarné le personnage de James Bond à la fin des années 80. Il est ici un chasseur de loup-garou qui essaye de débarrasser les clients de l’hôtel de la créature qui les déciment les uns après les autres.

Avec son huis-clos et ses protagonistes qui sont autant de coupables potentiels, Concerto pour un loup-garou évoque la structure d’une histoire que n‘aurait pas reniée Agatha Christie. À ce titre, l’épisode propose de nombreux rebondissements par le biais de personnages surprenants, tous monstrueux dans leur genre, allant de l’ancien nazi à un autre type de créature de la nuit.

Cependant, la durée d’une vingtaine de minutes du métrage ne permet pas de développer les personnages et de rendre l’histoire crédible. Le projet semble avoir été trop ambitieux et l’épisode s’avère plutôt anecdotique. Dans le même genre, Le Mystère de la bête humaine (The Beast Must Die – 1974) est bien plus efficace et réussi, démontrant que le concept des dix petits nègres peut parfaitement s’adapter au mythe du loup-garou.

USA – 1992 – Titre original : Tales from the Crypt Episode 51: Werewolf Concerto – Réalisation : Steve Perry – Distribution : Timothy Dalton, Dennis Farina, Walter Gotell, Charles Fleischer, Reginald VelJohnson…

Darkwolf étoffe la mythologie du loup-garou

C’est avec plaisir que l’on constate que Geoffrey Alan Holliday, ambitieux, a tenté d’étoffer la mythologie du loup garou lors de l’écriture du scénario de Darkwolf. Ainsi, nous découvrons qu’il existe des castes parmi les loups garous. Par exemple, certains le sont à moitié, d’autres à part entière. Un prince-garou règne aussi et des guides sont là pour accompagner les personnes qui se découvrent lycanthropes… Darkwolf, c’est donc un peu le Twilight des films de loups garous. Mais sans les ados, ce qui s’avère logique puisque le film de Richard Friedman est une œuvre pour adultes…

Après une jolie scène d’action dans une boîte de strip-tease, Darkwolf nous annonce le décès du dernier des sages de l’ordre des chasseurs de loup-garou. Un jeune policier hérite alors de la lourde tâche de lui succéder et de veiller sur une jeune femme. Il ne sait pas encore que la particularité de sa protégée est d’être une louve-garou. Et pas n’importe laquelle puisqu’elle est convoitée par le prince des loups garous lui-même. En effet, l’aristocrate a l’intention de s’accoupler avec la jeune femme pour ensuite lâcher sa progéniture sur l’humanité.

Darkwolf semble venir d’une autre époque, et cela ne se voit pas seulement à son image vidéo très datée années 2000. Les effets-spéciaux en image de synthèse sont aussi en cause ; ils sont d’une telle laideur qu’ils en deviennent mémorables. Et le film assume. Pour preuve, La scène de transformation est parfaitement détaillée, jamais dans l’ombre. Mieux encore, d’autres passages montrent le monstre aller et venir, exposant des effets si ratés, qu’ils en deviennent incomparables, remarquables, inoubliables.

Les personnages sortent également du lot avec un prince-garou motard rocker, une Tippi Hedren en guide spirituel SDF, un jeune flic farouche et belle-gueule, une blonde crétine mais mignonne, un Kane « Jason Voorhees » Hodder pour une fois non grimé, et pas encore devenu célèbre par la grâce de la franchise Hatchet.

Très vite, le spectateur comprend qu’il se trouve dans une série Z, mais pas une de celles qui sont mortellement ennuyeuses. Darkwolf c’est du bon navet des familles ; que vous soyez fans de gore, d’érotisme, de thriller ou de films d’action et policiers, vous serez comblé.

Ainsi, Darkwolf expose clairement à l’écran les carnages commis par les bêtes sauvages. Dans ce domaine, le film ne fait pas dans la dentelle avec des morceaux de barbaques sanglants disséminés de-ci de-là. Darkwolf est aussi un thriller qui se déroule de nuit, ce qui lui garantit un certain cachet. En ce qui concerne l’action, l’œuvre de Richard Friedman assure avec quelques gunfights. Dans le cadre de l’érotisme, le film ne démérite pas, loin de là. Quelques jolies filles dénuées de toute pudeur garantissent le spectacle. En particulier lors d’une séance photos mémorable où, dénudées mais pas sans pilosité, elles enflamment l’écran, et votre salon.

Dans un film de ce calibre, il peut être surprenant de croiser Tippi Hedren, elle qui, découverte dans une publicité en 1962, s’était confrontée aux créatures ailées du film d’Alfred Hitchock . Elle fait ici une courte apparition en début de métrage dans le rôle du dernier guide. Sa présence démontre cependant que Darkwolf n’est pas une série Z dénuée de toute ambition.

Ainsi, Darkwolf est le produit typiquement conçu pour les personnes qui font passer le spectacle sur le contenu. Quoi qu’on en dise, la réussite, dans ce domaine, n’est pas chose facile. Pour preuve, il suffit de se reporter à la liste de films ne parvenant même pas à divertir. Fort heureusement, Darkwolf ne mange pas de ce pain-là.

USA – 2003 – Réalisation : Richard Friedman – Distribution : Samaire Armstrong, Ryan Alosio, Andrea Bogart, Jaime Bergman, Alexis Cruz, Aaron Van Wagner, Sasha Craig, Kane Hodder, Beau Clark, Steven Williams, Tippi Hedren…

Bande annonce VO :

Les loups garous espagnols et le monopole Paul Naschy

La production fantastique espagnole a explosé à la fin des années 60, rivalisant en nombre de films produits avec l’Italie. Suivant la voie tracée par la Hammer, l’Espagne reprend à son compte les grands mythes de l’Universal et parmi eux le loup-garou, porté par un personnage haut en couleurs. Avec sa carrure de catcheur, Paul Naschy que l’on surnomme le Lon Chaney espagnol, a en effet consacré neuf des douze films fantastiques dont il est la vedette au lycanthrope.

les Vampires du docteur Dracula

Le premier d’entre eux, les Vampires du docteur Dracula sort 1968. Jusqu’alors cantonné à de la figuration, Paul Naschy tient cette fois-ci le rôle du loup-garou et s’inspire du personnage de Larry Talbot créé par Lon Chaney Jr pour le composer… Réveillé dans son sommeil par une jeune femme qui enlève la croix d’argent plantée dans son cœur, Waldemar Daninsky erre à nouveau, subissant la terrible damnation le transformant chaque nuit de pleine lune en loup-garou. En s’interposant face à de sordides vampires, il attire cependant la pitié d’une jeune femme qui, en tombant amoureuse de lui, le délivre de sa malédiction. Le scénario, rédigé par Paul Naschy lui-même, est digne des films Universal des années 40 puisqu’il permet de faire se rencontrer loup-garou et vampires, le plus souvent dénudées pour ces dernières. Cet étrange mélange rencontre un beau succès public et lance le genre en Espagne.

La même année, Paul Naschy reprend le personnage de Waldemar Daninksy, cette fois-ci, manipulé par un savant fou qui l’utilise pour éliminer ses ennemis. Las Noches del Hombre Lobo, a été terminé dans l’urgence à la suite du décès de son réalisateur René Govar. Peu distribué en raison de problème de droits, le film s’avère également plutôt obscur…

Dracula contre Frankenstein

Après les savants fous et les vampires, c’est au tour des extra-terrestres d’étoffer le scénario du prochain film mettant en scène Waldemar Daninsky. Réalisé par Tulio Demichelli, Dracula contre Frankenstein (1970) décrit comment les aliens de la planète Ummo, font appel à une momie, un vampire, le monstre de Frankenstein et le loup-garou pour s’emparer de la planète Terre. Bien sûr, le loup-garou se dresse contre les sombres desseins des envahisseurs et périt, libéré de sa malédiction, grâce à la balle en argent tirée par une jeune femme tombée sous son charme. Malgré un casting prestigieux réunissant l’allemande Karin Dor (On ne vit que deux fois – 1967) et Michael Rennie (Le Jour où la terre s’arrêta – 1951), Dracula contre Frankenstein est un film malheureusement raté, dû à un scénario et des effets-spéciaux inexistants.

La Furia del Hombre Lobo

Nullement découragé, Paul Naschy continue d’écrire des histoires relatant les aventures de son héros et c’est ainsi qu’est mis en route, toujours en 1970, La Furia del Hombre Lobo. Comme déjà dans les Vampires du docteur Dracula (qui s’inspire lui-même du Monstre de Londres – 1935), Daninsky est mordu par le Yeti dans les montagnes du Tibet. Le film de José María Zabalza prend alors une autre direction lorsque, pour l’aider, Daninsky s’adresse à Ilona, avec qui il a eu une aventure par le passé. Cette dernière, toujours amoureuse, décide de le manipuler. Malgré la sincérité du jeu de Paul Naschy, La furia del Hombre Lobo ne convainc pas, à l’inverse du film suivant tourné en 1971.

La Furie des vampires, cette fois-ci signée León Klimovsky, est un remake à peine déguisé des Vampires du docteur Dracula où, à nouveau, des jeunes gens réveillent Waldemar Daninsky en extirpant cette fois-ci des balles d’argent de son corps. Paul Naschy joue à nouveau un héros tragique dans la veine de ceux incarnés par Lon Chaney Jr. Une superbe femme vampire est également de la partie dans un scénario réservant de nombreuses péripéties. Grâce à une belle photographie, La Furie des vampires est auréolé d’un beau succès public et critique.

Doctor Jekyll y el Hombre Lobo (1972) est un film tout aussi intéressant, doté de surcroit d’un scénario particulièrement surprenant : Afin de lui venir en aide, Daninsky s’adresse cette fois-ci au petit-fils du docteur Jekyll. Le médecin décide de transformer Daninsky en Hyde afin qu’il puisse dominer la malédiction qui le transforme en loup-garou. Une fois en Hyde, l’inoculation d’un antidote est censée permettre à Hyde de redevenir Daninsky. Évidemment, rien ne se passe comme prévu et la suite est une nouvelle succession de tragédies, permettant à Paul Naschy de démontrer ses talents dramatiques.

En 1973, Carlos Aured met en scène les nouvelles aventures de Waldemar Daninsky avec un prologue se déroulant au 15ème siècle. Nous découvrons Daninsky se débarrassant d’une horde de sorcières agissant sous la coupe de la comtesse Bathory. Celle-ci, avant de mourir sur le bûcher, jette une malédiction sur la famille Waldemar. La suite se déroule à l’époque contemporaine où le dernier descendant de la lignée du preux chevalier subit le sort réservé aux siens. Grâce à un budget conséquent permettant tous les excès, L’Empreinte de Dracula s’avère particulièrement convaincant grâce à une action soutenue ponctuée par une violence accrue et un érotisme torride. Les effets-spéciaux riches et soignés ne sont pas en reste. L’incursion de la comtesse sanglante dans les aventures du loup-garou permet, quant à elle, de diversifier agréablement la série.

Dans les griffes du loup-garou (1975), Waldemar Daninsky est à nouveau en expédition dans les montagnes du Tibet où, attaqué par deux femmes-louves, il ne peut empêcher la malédiction de s’abattre à nouveau. Son principal ennemi est cette fois-ci le Yeti qui kidnappe Sylvia, sa promise. Après un combat épique opposant les deux créatures, Waldemar et Sylvia connaissent un happy-end, le premier dans la série. Cette aventure, comprenant également une tribu de femmes cannibales souvent dénudées, s’avère une nouvelle réussite riche en action et dépaysement.

El retorno del Hombre Lobo

Désormais réalisateur, Paul Naschy revient une dernière fois à son thème fétiche en 1981 avec El retorno del Hombre Lobo. Le film qui mêle les scénarios de plusieurs films antérieurs est peut-être le meilleur d’entre tous. L’histoire débute comme L’Empreinte de Dracula puisqu’on y retrouve la comtesse Bathory et Waldemar Daninksi, semant, ensemble, la terreur dans la Hongrie au moyen-âge. Plusieurs siècles plus tard, ils sont rappelés d’entre les morts par une petite équipe de chercheurs en paranormal permettant aux deux scélérats de donner libre cours à leur sadisme à l’époque contemporaine. El retorno del Hombre Lobo constitue le film que Paul Naschy voulait faire depuis les Vampires du docteur Dracula. L’hispanique corrige les défauts des précédents opus et livre une œuvre visuellement très soignée et parfaitement interprétée.

L’apport au genre de Paul Naschy a été de faire se rencontrer le loup-garou et les grands monstres de l’Universal comme la Momie, le Vampire, Mr Hyde, la créature de Frankenstein, mais également des extra-terrestres, des cannibales et même le Yeti. Cette profusion permet une variété de l’action, même si, souvent, l’histoire se termine invariablement de la même manière avec Daninsky périssant sous les coups de sa bien-aimée, libérant ainsi la créature de sa malédiction. L’autre aspect important de son œuvre est sans aucun doute la passion et la sincérité de Paul Naschy pour le genre. A lui seul, cet élément impose le respect et tend à faire pardonner certaines faiblesses budgétaires ou même talentueuses.

Source : L’écran Fantastique

Filmographie

1968les Vampires du docteur Dracula
1968Las Noches del Hombre Lobo
1970Dracula contre Frankenstein
1970La furia del Hombre Lobo
1971La furie des vampires
1972Doctor Jekyll y el Hombre Lobo
1973L’Empreinte de Dracula
1975Dans les griffes du loup-garou
1980El retorno del Hombre Lobo

Transformez-vous en loup-garou avec Altered Beast

Altered Beast est un jeu sorti en salle d’arcade en août 1988. Malgré quelques éléments de jeu de plateformes, Altered Beast est avant tout un beat’em up où l’on se contente de taper sur les ennemis qui se présentent à vous. Son intérêt, aujourd’hui encore, est son atmosphère franchement fantastique et ses monstres étranges, grotesques. Accessoirement, le jeu offre aussi la possibilité de se transformer en loup-garou…

Athéna, la fille de Zeus, a été kidnappée par le seigneur Neff. Pour venir à son aide, Zeus ressuscite un centurion tombé au champ d’honneur et lui ordonne de voyager dans le monde souterrain où règne justement le démon Neff. Dès lors, pour sauver Athena, il faudra se frayer un chemin à travers des hordes de démons.

Le déroulement du jeu est identique tout au long des cinq niveaux qui le composent… Sous une forme humaine, il convient de survivre à l’assaut frénétique de hordes de démons, loups et autres monstres abominables. Pour sortir de ce dédale, il est impératif de recueillir trois orbes d’esprit lâchés par des loups blancs qui surgissent régulièrement. Chacun permet à votre personnage de devenir plus fort. Les deux premiers orbes décuplent la musculature du héros, le dernier, quant à lui est essentiel, puisqu’il déclenche une transformation radicale dans une créature fantastique.

Le jeu d’arcade a connu de nombreuses conversions sur console. La plus connue est la version Mega Drive. En effet, Sega a vendu des milliers de cartouche car il s’agissait de l’un des seuls jeux disponibles à la sortie de la console.

Chaque métamorphose, spectaculairement mise en image, permet au héros de se transformer dans une créature différente selon les niveaux, créature disposant alors de ses propres compétences (attaques spéciales, champs électriques, possibilité de lancer des boules de feu…). Neff qui, jusqu’alors refusait le combat si vous n’avez pas complété votre transformation, change également de forme, adoptant celle d’une créature atroce, également différente selon les étapes du jeu. Une fois, c’est un immense démon qui s’arrache la tête et déverse ses visages hurlants sur le joueur, une autre fois c’est une plante qui attaque avec ses innombrables yeux.

Durant le jeu, il est possible de revêtir la forme d’un dragon, d’un ours et d’un tigre. Mais c’est durant le premier et le dernier niveau que le personnage que l’on guide peut se métamorphoser en loup-garou. Dressé sur ses deux pattes, recouvert d’un pelage et d’un museau typique rappelant les films des années 80, il est capable de se déplacer beaucoup plus vite et de lancer des boules de feu. Ainsi, le folklore qui entoure la lycanthropie n’est pas du tout respecté. De même, nul besoin de pleine lune pour faire naître la bête puisque ce sont des orbes qui permettent d’atteindre la forme nécessaire permettant d’affronter le boss du jeu.

Graphiquement, Altered Beast est superbe. Les personnages sont très grands et parfaitement détaillées. Par ailleurs, les ennemis se dégradent sous les coups et offrent ainsi des visions cauchemardesques de créatures se décomposant dramatiquement. Ainsi, tuez une gargouille, et son corps tombe au sol tandis que ses ailes s’envolent vers le ciel, abattez un cyclope et sa chair tombe littéralement en paquets. Les décors sont également magnifiques. Détaillés, ils font voyager le joueur dans des mondes étranges et fantastiques, inspirés des légendes grecques.

Sur le plan sonore, de nombreuses voix digitalisées mettent dans l’ambiance. Par exemple, les haut-parleurs crachent un éloquent « Rise from your grave » (Lève-toi de ta tombe) au début du jeu et un angoissant « Welcome to your doom » (bienvenue à ta perte) avant chaque apparition de Neff.

En revanche, l’une des tristes particularités du jeu est sa difficulté, considérable. Les ennemis s’approchent inlassablement, croissent rapidement en nombre et encerclent impitoyablement le héros. Par ailleurs, la grande taille du personnage contrôlé par le joueur hypothèque drastiquement sa survie lorsqu’il s’agit d’éviter les attaques des monstres de fin de niveau.

Longtemps décrié en raison d’une certaine linéarité, Altered Beast, bénéfice cependant d’un charme certain. D’abord, parce qu’il est le digne représentant d’une période révolue des jeux vidéo, ensuite en raison de son ambiance fantastique. Monstres en tout genre évoluent dans des décors fantasmagoriques du plus bel effet, assurant un dépaysement total pour le fan de fantastique.

Le générique de fin montre le héros du jeu se débarrassant d’un costume de loup-garou, sous-entendant dès lors que le jeu n’est en réalité qu’un film.

Le jeu, dans son intégralité :

Plongez dans la psyché d’un lycanthrope avec la Nuit du sang

Thomas Tessier cherche à perdre le lecteur dans la psychologie de son personnage principal, Bobby Ives, un américain qui vit à Londres, à la fin des années 70.

Bobby se présente comme un type instable. Mais Bobby est surtout dangereux. Il aime se promener dans Hyde Park la nuit où chaque matin des cadavres sont découverts. À la suite d’une vision, Bobby est persuadé d’avoir été zombie dans un passé éloigné, en Guadeloupe, aux Antilles. Le jeune homme décide alors de consulter un médium qui admet ne pas pouvoir l’aider. En effet, selon elle, Bobby est un homme perdu et maudit : un loup-garou.

Mais Bobby est-il réellement un loup-garou ? Et si par malheur c’est le cas, pourrait-il contrôler la bestialité qui l’habite ?

La Nuit du sang est un roman qui, à l’instar de ces questions, proposent de nombreuses pistes d’exploration. Par exemple, dans son périple, Bobby rencontre aussi Annie, jeune femme qui va s’avérer être capable d’apaiser sa soif de violence. Plus loin, Bobby se remémorera un acte dont il s’est montré coupable au Viet-Nam et qui continue de le hanter. Il raconte aussi qu’il y a été déclaré mort par l’armée…

Ces multiples informations données au lecteur ne forment pas une panoplie de fausses-pistes servant à le perdre. Ces éléments brouillent plutôt notre perception de Bobby. Le discernement du lecteur est d’autant plus mis à mal que Bobby est le narrateur et qu’il est particulièrement persuasif. Dès lors, on ne doute pas de sa bonne foi lorsqu’il nous raconte ses virées nocturnes sous l’apparence d’un loup-garou.

Ainsi La Nuit du sang n’est ni un livre clairement fantastique décrivant la solitude d’un lycanthrope assoiffé de sang, ni un roman décryptant la dérive psychologique d’un tueur en série complètement désaxé. La Nuit du sang c’est un peu les deux. D’ailleurs, par respect vis-à-vis de son choix, La Nuit du sang fait l’impasse sur les transformations et les descriptions d’une bête éclairée par un rayon de pleine lune. Le titre original, the Nightwalker, soit « celui qui marche la nuit, est sans doute plus à propos, mais le titre français évite heureusement d’influencer le lecteur.

Il n’en reste pas moins passionnant de partager la triste descente aux Enfers de Bobby, d’autant plus que l’écriture est particulièrement efficace. Bien que l’approche de l’auteur soit quelque peu psychologique, le roman n’est jamais pompeux ou barbant. Bien au contraire, il apporte des éléments de réflexion sur ce qui crée un monstre, et éventuellement, qui sait, un lycanthrope.

La nuit du sang Titre original : The Nightwalker (1979) Auteur : Thomas Tessier Editeur France : J’ai Lu (1989 et 1996) n° ISBN : 2-277-22693-9 Traducteur : Patrick Marcel

Full Eclipse, un film de loup-garou revisité à la mode de John Woo

La liberté accordée par HBO enthousiasme Anthony Hickox qui livre un film musclé, riche en action et échanges de tirs, fortement inspiré de sa rencontre avec À toute épreuve de John Woo deux semaines avant le tournage. En effet, la claque est telle que le réalisateur revoit sa copie et en particulier le story-board pour réécrire les scènes à l’aura de ce que produit alors le nouveau maître du film d’action en ce début des années 90.

Max, flic, est témoin de la mort de son collègue Jim lors d’une intervention. Mais, quelque temps après, Jim revient, en parfaite santé de surcroît. Il est cependant différent : plus agressif et doté d’une force surhumaine. Quelques jours plus tard, Jim décède d’une balle dans la tête, une balle en argent. C’est alors que Max fait la rencontre d’un groupe de policiers radicaux, fanatiques de justice, qui s’injectent un sérum afin de décupler leur force et de débarrasser la ville de ses éléments perturbateurs. Max refuse au départ de faire partie du groupe mais finit par être désigné volontaire…

Chanteuse du groupe Eight Wonder, Patsy Kensit devient un visage connu du cinéma à partir de L’arme fatale 2 en 1989.

Pour éviter que l’aspect effrayant de la nature humaine disparaisse sous des prothèses comme dans la plupart des films de loup-garou, Full Eclipse fait le choix de la sobriété en termes de prothèses. Ainsi, à l’état animal, les personnages restent reconnaissables, même si les maquillages tentent, malgré tout, de s’inspirer de ceux, plus lourds, qui étaient appliqués sur le visage d’Oliver Reed dans La Nuit du loup-garou de Terence Fisher en 1961.

Les effets spéciaux accompagnant les transformations des lycanthropes sont également limités. Le film fait donc l’impasse sur les coûteuses métamorphoses chères à Hurlements ou au Loup-garou de Londres. Le budget limité d’un téléfilm pour le câble est peut-être aussi une explication pour ce choix, d’autant plus que le film n’hésite pas à faire appel au morphing pour matérialiser la transformation en loup : un effet bon marché, déjà démodé à l’époque.

Anthony Hickox est le fis du légendaire Douglas Hickox (Théâtre de Sang). On lui doit d’excellentes séries B au début de sa carrière comme Waxwork (1988), Sundown (1989) ou Hellraiser 3 (1992).

Le mythe du loup-garou semble de toute manière ne pas être le souci du scénariste qui considère le métrage plutôt comme une œuvre traitant du problème de la drogue et de ses effets destructeurs puisque les loups garous de Full Eclipse utilisent un sérum pour acquérir une force surhumaine.

L’idée n’est pas nouvelle puisqu’elle avait déjà été appliquée aux vampires, mais elle s’avère particulièrement bien traitée par Anthony Hickox. Sous sa patte, le film évolue comme un film de super-héros puisque le réalisateur est fan de comics. Ainsi, la ressemblance de Mario Van Peebles (New Jack City – 1991) avec le personnage de Wolverine des X-men est tout sauf fortuite.

Bruce Payne, qui incarne Garou, débute sa carrière dans la comédie Pyrates (1991) aux côtés de Kevin Bacon et Kyra Sedgwick. Puis, dans Passager 57 (1992), il incarne le terroriste Charles Rane opposé à Wesley Snpies. En 1993, on peut le voir dans deux films fantastiques : Full Eclipse et Necronomicon (dans l’épisode signé Christophe Gans).

Intéressant est également le traitement accordé au méchant : Garou (Bruce Payne). Non seulement il ne subit plus sa malédiction, cherchant même à la contrôler, mais il l’exploite même pour protéger ses concitoyens des malfrats à l’instar d’un Inspecteur Harry.

Pour le reste, le film respecte les us et coutumes du genre puisque nos néo loups garous craignent les balles en argent et sont dépendants de la pleine lune pour se transformer. Le thème de l’animalité et de la sauvagerie est également bien présent avec une certaine violence dans les meurtres.

Le film de loup-garou connaissait un regain d’intérêt au début des années 1990 en raison du film hollywoodien Wolf. Même si le film dans lequel Jack Nicholson incarne la bête s’avère plutôt décevant, ce n’est pas le cas de Full Eclipse.

USA – 1993 – Réalisation : Anthony Hickox – Distribution : Mario Van Peebles, Patsy Kensit, Bruce Payne, Tony Denison, Jason Beghe…

Bande-annonce VO :

Wolfcop, alcoolique, flic… et loup-garou

Flic ivre le jour, loup-garou la nuit… Telle est l’idée farfelue que les auteurs de Wolfcop soumettent aux jurés canadiens du concours Cine-Coup. Contre toute attente, ceux-ci répondent : « chiche ! » et confient un million de dollars canadiens à Lowell Dean afin qu’il puisse accoucher d’une série B trash de 80 minutes, dotée de scènes et de personnages grotesques.

Lou Garou, policier, se réveille comme tous les matins avec la gueule de bois. Comme d’habitude, impossible de se souvenir de ce qui s’est passé la veille, et en particulier comment la jeune femme nue comme un ver qui dort à ses côtés a pu atterrir dans son lit. Mais il n’a pas le temps de se poser de questions, une nouvelle journée à protéger la veuve et l’orphelin commence… Après une intervention qui l’emmène dans la forêt, Lou se réveille de nouveau le lendemain sans savoir ce qui s’est passé la veille mais cette fois-ci, son trou de mémoire n’est pas dû à sa consommation excessive d’alcool… Sur son torse il trouve un pentagramme, et le voilà maintenant assailli de souvenirs incompréhensibles. Très vite, il subit sa première transformation. Avec l’aide de Willie, un excentrique mais son seul ami, Lou se met en quête du responsable de sa nouvelle condition.

Le premier film de Lowell Dean, 13 Eerie qui réunit Brendan Fletcher (Rampage – Sniper en liberté) et Katharine Isabelle (Ginger Snaps) est un film d’horreur nettement plus sérieux et bénéficiant d’une certain notoriété auprès de nombreux fans du genre.

Difficile de ne pas penser aux personnages improbables des films trash de la société Troma (The Toxic Avenger, Atomic College…) lorsque Lou Garou vomi le contenu de son estomac devant sa voiture de patrouille avant de se rendre tel un somnambule à son travail, sans jamais s’arrêter en route malgré les innombrables actes répréhensibles dont il est témoin. Le personnage est interprété par Leo Fafard et on comprend pourquoi le réalisateur Lowell Dean a écrit le rôle pour lui. En effet, ce brun ténébreux, poilu et cynique, incarne à merveille ce policier immoral.

L’humour ras-des-pâquerette ne contredit pas la première impression. Parmi les scènes les plus emblématiques, citons celle permettant au spectateur d’assister aux exploits sexuels de « Dirty Hairy » avec une conquête déguisée en petit chaperon rouge. Quant à la transformation de Lou en loup garou, elle est unique en son genre ; la métamorphose intervient alors que le wolfcop est en train de soulager sa vessie. Son corps se transforme alors en une créature immense ; même la taille de son pénis s’adapte à sa nouvelle carrure.

Les effets spéciaux sont bricolés à la main comme il se doit dans un film de la trempe de Wolfcop. Ceux-ci ne sont pas toujours parfaits, mais ne diminue en rien le plaisir que procure le film. Gore, Wolfcop n’est pas non plus avare en démembrements et autres visages déchirés.

Peut-être que le film ne se vautre pas suffisamment dans la bouffonnerie. Ainsi, Wolfcop pourrait laisser le spectateur sur sa faim s’il s’attend à un délire total. La thématique même du film du flic loup-garou n’est, par exemple, pas tant exploitée que cela et les passages durant lesquelles Lou corrige les malfrats une fois transformé en créature invincible sont assez rares. Quoi qu’il en soit, Wolfcop s’avère un produit divertissant, cohérent et honnête, trouvant une balance juste entre action, drame, humour et horreur, tout en mettant cependant l’accent sur ces deux derniers points.

Canada – 2014 – Réalisation : Lowell Dean – Distribution : Leo Fafard, Amy Matysio, Jonathan Cherry…

Bande-annonce VF :

Le loup garou de Washington, Watergate Werewolf

Le loup-garou de Washington, est une satire inspirée par le scandale du Watergate qui défraya la chronique dans les années 70.

Le scandale du Watergate débute en 1972 lorsque des cambrioleurs sont arrêtés dans les locaux du parti démocrate à Washington. Alors que le FBI laisse traîner l’enquête, le Washington Post met en évidence les liens des cambrioleurs avec la Présidence et les financements irréguliers de la campagne de Richard Nixon. Ce dernier est réélu en 1972 mais la machine est en route et des cas d’obstruction à la justice et d’abus de pouvoir sont révélés. Lorsqu’un système d’écoute dans la Maison-Blanche est rendue public, l’implication du Président devient évidente et le Congrès engage alors une procédure visant à la destitution du chef de l’État.

Principalement connu du grand public pour son rôle d’Al dans la série Code Quantum, Dean Stockwell a pourtant débuté sa carrière dès les années 40. Enfant, il joue aux côtés de Frank Sinatra dans Escale à Hollywood (1945), de Gregory Peck dans Le Mur invisible (1947) et d’Errol Flynn dans Kim (1950). Plus tard, sa participation au Génie du mal (1959) et au Long voyage vers la nuit (1962) lui vaut deux prix d’interprétation au Festival de Cannes. Dans les années 80, il est dirigé par Wim Wenders dans Paris, Texas (1984) et David Lynch dans Dune (1984) et Blue Velvet (1988).

Dans le Loup-garou de Washington, Jack Whittier est un journaliste qui se trouve en Hongrie avec Giselle la fille du président américain avec qui il a une affaire. En route pour l’aéroport, ils tombent en panne d’essence. Jack part chercher de l’aide. Lorsqu’il revient bredouille, il découvre Giselle menacée par un loup. À l’aide de sa canne ornée d’un embout en argent, il parvient à tuer l’animal qui se transforme en être humain. Au village, une femme explique à Jack qu’il a en réalité tué son fils hantant la lande les soirs de pleine lune une fois transformé en loup-garou. Elle lui tend une amulette qu’il doit désormais toujours porter sur son cœur afin de ne pas subir le même sort que sa victime. En effet, Jack a été blessé par la créature lors de la lutte. Bien évidemment, Jack ne prend pas suffisamment au sérieux les avertissements de la vieille dame et perd le fétiche. Un mois plus tard, la malédiction se réalise alors que Jack travaille pour le gouvernement des États-Unis auquel il doit redorer l’image public ternie à la suite d’un scandale. Il essaie de faire comprendre à tout le monde qu’il n’est plus l’homme de la situation mais personne ne l’écoute puisque les Black Panther sont considérés responsables et un afro-américain a déjà été arrêté pour les crimes perpétrés par Jack…

Le thème de la lycanthropie placée dans le contexte politique américain est intéressant mais s’avère finalement un simple prétexte scénaristique puisque peu usité. Quant aux effets de transformation, ils ne révolutionnent pas le genre en appliquant les techniques utilisées trente ans plus tôt dans les films de l’Universal. L’irruption d’une bohémienne pour expliquer à Jack la malédiction dont il est victime fait directement référence au Loup-garou (1941). Dans le film de George Waggner une bohémienne expliquait déjà le processus à Lon Chaney Jr. alias Larry Talbot, après que son fils, Bela Lugosi, l’ait mordu.

Satire, le film utilise avant tout les clichés et coutumes du genre horrifique pour se moquer de la politique et du style de vie américain. Par exemple, le personnage de Jack, américain typique, paraît terriblement imbu de lui-même lorsqu’il est attaqué par un loup en Hongrie et qu’il se rend compte que personne ne se met en quatre pour lui venir en aide.

Malheureusement, le Loup-garou de Washington ne parvient qu’à de très rares moments à être convaincant. La faute en incombe à une mise en scène peu inspirée. En définitive, les scènes comiques sont plus gênantes que drôles. On peut citer par exemple cette scène où Jack joue au bowling avec le président des États-Unis. Ce dernier ne cesse de lui assurer son soutien et sa confiance pendant que Jack, lui, se débat avec la boule et ses doigts coincés à l’intérieur. Dean Stockwell est très bien, mais ce n’est pas drôle car on ne voit pas ce que cette scène vient faire là.

À cela, il faut ajouter des dialogues qui n’ont pas de sens, en particulier lorsque s’exprime le Président, incapable de faire une phrase complète. Bien que son idiotie soit rationnelle dans une satire politique, l’austérité avec laquelle ses discours sont déclamés laisse à croire que le film est en réalité très sérieux.

Le Loup-garou de Washington s’essaie parfois également au trash en témoigne cette scène où Jack découvre un laboratoire où opère un scientifique fou, nain, créateur de vie artificielle. C’est trop surprenant, en particulier dans un film dont la mise en scène est si austère.

Cependant, de ce décalage étrange entre sincérité et humour involontaire nait une sorte de fascination qui rend le Loup-garou de Washington irrésistible, à l’instar d’autres films ratés comme The Room de Tommy Wiseau (2003) par exemple. Ainsi, pour les amateurs de navet, Le loup-garou de Washington est assurément un incunable.

USA – 1973 – Titre original : The Werewolf of Washington – Réalisation : Milton Moses Ginsberg – Distribution : Dean Stockwell, Katalin Kallay, Henry Ferrentino…

Bande annonce VO :

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