L'Écran Méchant Loup

Lycanthropes et Loups-garous au cinéma

Hurlements de Joe Dante : la renaissance du film de loup-garou

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis sont sortis la même année et tous deux ont été ovationnés pour leurs effets spéciaux novateurs.

Le début des années 80 fut marqué par une certaine renaissance du film de loup-garou avec les sorties de Wolfen (1981), Hurlements (1981), Le loup-garou de Londres (1981), El retorno del Hombre Lobo (1981), La Compagnie des loups (1984) et, dans un tout autre genre, Teen Wolf (1985). Hurlements de Joe Dante et Le Loup-garou de Londres de John Landis seront cependant ceux qui marqueront le plus les esprits en injectant un sang neuf aux films de loups-garous.

Une journaliste obtient un entretien avec un maniaque qui attaque et éventre des jeunes femmes. L’entrevue se transforme en piège pour la jeune femme sauvée in extremis par la police. La journaliste ne sort cependant pas totalement indemne de sa mésaventure. Dans son inconscient, elle refoule ce qu’elle a vu juste avant que la police n’abatte son agresseur, à savoir la transformation de ce dernier en loup-garou. Comme traitement thérapeutique, un psychiatre lui conseille de se rendre dans une communauté reculée et spécialisée afin de se rétablir. Elle ignore que le groupe « au vert » est composé de loups-garous.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

Les films Hurlements et Hurlements IV sont tous deux des adaptations du même roman de Gary Brandner.

En assimilant le mythe du loup-garou à celui des sectes secrètes, les scénaristes sont parvenus à édifier des schémas différents autour de ce personnage trop souvent relégué à la victime d’une malédiction ancestrale. Désormais, ils sont bien implantés parmi nous, et se déchirent même entre deux groupes antagonistes. D’un côté, il y a ceux qui, menés par le psychiatre (Patrick Macnee de Chapeau Melon et Bottes de cuir), plaident pour l’harmonie entre les humains et les lycanthropes. De l’autre côté, on trouve des personnages comme celui campé par John Carradine qui ne voient en la race humaine rien de plus que des têtes de bétail.

Sur la forme, et plus particulièrement en ce qui concerne les effets spéciaux, Hurlements proposait à l’aube des années 80 un fabuleux bond en avant au regard des précédents films de loup-garou. Grâce aux maquillages imaginés par Rob Bottin et à l’animation image par image de David Allen, c’en était fini des superpositions d’images pour feindre la transformation en bête poilue. Désormais, les poils surgissent, les mâchoires se déforment, le nez se transforme en museau… Corporellement, les loups-garous s’éloignent également radicalement de la silhouette humaine. Ils deviennent immenses et arborent des formes allongées qui évoquent non plus un être humain ressemblant vaguement à une bête mais bien un loup qui marcherait sur deux pattes. A ce moment-là, l’évolution technique permet l’évolution artistique des loups-garous.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

Hurlements est gratifié de quelques caméos : Mick Garris en publiciste, Roger Corman attendant que l’héroïne libère une cabine téléphonique, Forrest Ackerman portant un numéro de Famous Monsters sous le bras.

À ce sujet, le film ne manque en outre pas d’humour lorsque Karen décide de se transformer devant une caméra de télévision afin de révéler au monde l’existence des loups-garous. Son sacrifice est inutile comme le démontre un téléspectateur dans un bar qui admet, avec admiration et guère d’intérêt, que le cinéma sait désormais tout faire en termes d’effets spéciaux.

Hurlements ne mise pas tout sur ses trucages. En effet, l’interprétation est excellente, dominée par deux monstres, l’un du cinéma fantastique, l’autre de la télévision. Sans oublier la présence de Dee Wallace qui débutait là une formidable carrière également placée sous le signe du fantastique : E.T., l’extra-terrestre, Cujo, Critters… Esthétiquement, le film dispose d’une atmosphère qui lui est propre et d’images de toute beauté. Quant à l’histoire, originale et passionnante, elle est toujours aussi brillante aujourd’hui.

USA – 1981 – Titre original : The Howling – Réalisation : Joe Dante – Distribution : Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Christopher Stone, John Carradine…

Bande-annonce VOSTF :

Une variante du mythe du loup-garou dans les Voies d’Anubis de Tim Powers

Avec Les Voies d’Anubis, Tim Powers propose une variante originale du mythe du loup-garou, ce qui est diablement intéressant, même s’il ne s’agit que d’une intrigue secondaire. Les Voies d’Anubis de Tim Powers s’avère un confus mélange de sorcellerie égyptienne, de portes qui permettent de voyager dans le temps, d’un héros universitaire spécialiste de poètes anglais du début du 19e siècle et de pérégrinations incroyables et variées dans le temps et l’espace. L’une des forces du roman réside dans la peinture particulièrement intéressante et très vivante de la vie à Londres en 1810.

Les voies d'anubis de Tim Powers

Avertissement : il s’agit dans cet article de parler d’une variante du mythe du loup-garou, il faut donc savoir que le mystère ne sera pas préservé.
Si l’histoire peut sembler surprenante, le héros spécialiste d’un poète anglais chargé d’accompagner un riche groupe d’admirateurs contemporains dans un voyage dans le temps pour rencontrer le fameux poète, la forme se révèle plus confuse. Les portes sont parcourues par d’antiques sorciers égyptiens, des hommes du 20e siècle se promènent d’époque en époque, les motivations des uns et des autres restent parfois bien obscures.
Néanmoins, au milieu de cette histoire un peu poussive, l’auteur réserve au lecteur une très jolie surprise : une intéressante version de Loup-garou de Londres !
Tim Powers ne se lance pas dans un mythe du loup-garou revisité. En effet, l’affaire ressemble plutôt à un détail au milieu des péripéties des protagonistes, cependant l’idée est séduisante et vaut largement le détour.
Dans la ville de Londres, sombre et miséreuse du début du 19e siècle, notre héros entend parler d’un monstre qui hante les rues et terrifie les habitants. Le tueur est surnommé Joe Face de chien car son visage, son torse, ses mains, tout son corps sont recouverts d’une dense toison de longs poils. L’auteur reste assez confus sur l’origine de la créature et sur la « chasse » que les Londoniens mènent pour l’empêcher de nuire. En effet, il est tué mais revient, disparaît et est retrouvé, tous ces allers retours ne semblent surprendre personne et laissent le lecteur un peu embrouillé. Cependant, l’essentiel réside dans les caractéristiques de Joe Face de chien. Il s’agit en réalité d’un ancien sorcier égyptien déchu. Il avait un maître : Le Dieu Anubis de l’Egypte antique, gardien des nécropoles et protecteur des embaumeurs. Par incompétence, notre sorcier a été puni par le dieu à tête de chacal. Sa malédiction ? Son corps est condamné à se couvrir, progressivement mais inexorablement, de poils hirsutes. Nous voici donc avec un monstre velu en liberté dans une ville ultra-urbanisée et densément peuplée. Cependant, l’affaire ne s’arrête pas là. Nullement à court d’ingéniosité et de savoir-faire, notre sorcier a été capable de créer une potion qui lui permet de quitter son corps et d’entrer dans celui de la personne à laquelle il aura précédemment fait boire le breuvage. La conscience de sa nouvelle victime intègre alors le corps que Joe Face de Chien laisse derrière lui pendant que lui-même prend possession du corps convoité.

Les voies d'anubis de Tim Powers
Au milieu de cet imbroglio fantastique s’invite un élément sanglant et dramatique ingénieux : pour éviter que l’âme chassée ne puisse révéler le subterfuge à quiconque, Joe Face de chien se mange lui-même la langue avant d’opérer le changement. Le malheureux dépossédé se retrouve alors, déboussolé et terrifié, dans un corps qui n’est pas le sien, couvert de poils, la bouche pleine de sang et vide de langue. Traumatisée et incapable de parler, la première réaction de sa victime, hystérique et folle de douleur, est de se précipiter chez elle. Devant une créature gesticulant en tous sens et grognant comme une bête immonde, les gens la tuent sans coup férir. Mais, croyant avoir affaire à quelque créature démoniaque, ils ont en réalité abattu leur parent, muet prisonnier du corps d’une autre victime.
Cette drôlerie n’est qu’une digression annexe de l’intrigue principale et ne fait donc pas l’objet d’un développement poussé dans Les Voies d’Anubis. Cependant, l’idée est très intéressante et mérite ainsi quelques lignes dans L’Écran Méchant Loup.

Site de l’éditeur : http://www.bragelonne.fr/livres/View/les-voies-d-anubis

Les Voies d’Anubis
Titre original : The Anubis Gates (1983)
Auteur : Tim Powers
Editeur France : Bragelonne (2013)
n° ISBN : 978-2-35294-636-6
Traducteur : Gérard Lebec
Illustrateur : Didier Graffet

Vampires en toute intimité de Taika Waititi et Jemaine Clement

Vampires en toute intimité 02
Vampires en toute intimité nous vient de Nouvelle-Zélande qui n’est pas seulement le pays de Peter Jackson. La Nouvelle-Zélande, réputée pour son rugby et ses nombreux élevages de moutons, est aussi le berceau d’un fantastique exigeant et original comme l’ont prouvé des réalisateurs comme David Blyth (Death Warmed up) et Geoff Murphy (Le Dernier Survivant).

Viago, Vladislav, Deacon et Nick (Geoffroy, Miguel, Aymeric et Bernard dans la version française) sont des vampires. Ils vivent dans le même appartement et la colocation s’avère peu aisée. Tout le monde ne joue pas forcément le jeu quand c’est à son tour de faire la vaisselle ou laisse couler le sang de ses victimes sur le beau canapé… Malgré tout, nos quatre vampires restent de bons copains. Ils sortent et font les quatre cents coups ensemble. Ils n’hésitent pas, par exemple, à se frotter à la bande de loups-garous du coin. Lorsqu’ils n’arrivent pas à trouver de quoi se nourrir, Jackie, leur petite main humaine les pourvoit régulièrement en victimes sans passé ni amis. Elle espère bien être transformée en vampire et c’est elle qui expédie les affaires courantes qui doivent être faites la journée.

Vampires en toute intimité 03

Le film a été réalisé par Taika Waititi et Jemaine Clement qui interprètent deux des rôles principaux. Taika Waititi a mis en scène Boy, une comédie dramatique sortie en 2010. Pour son second film, il décline le thème du vampire dans une parodie réalisée comme un faux documentaire. Ce genre, ou plutôt ce type de réalisation, a actuellement le vent en poupe et les films s’en revendiquant sont si nombreux qu’il est difficile de passer à côté. Parmi les œuvres réussies dernièrement, citons Outpost 37 où, dans un futur proche, des journalistes suivent un détachement de soldats résistants aux assauts d’extra-terrestres.

Une bonne parodie est une parodie capable de combler les fans sans qu’ils se sentent heurtés par le fait que leur genre de prédilection soit tourné en dérision. Vampires en toute intimité s’avère ainsi une belle petite réussite.
Les fans de vampires seront comblés par les décors de la maison et les costumes portés par les personnages. Et puis, le maquillage du vampire Petyr inspiré de celui du Nosferatu de F.W. Murnau est lui aussi superbe.
Les effets spéciaux se révèlent simples mais parfaitement réalisés. Loin d’être appuyés à outrance, ils s’inscrivent parfaitement dans l’action. Voir les vampires voler, se cacher dans les coins sombres au plafond est toujours impressionnant. On pourra cependant regretter la facilité du traitement. Le film s’avère quelque peu superficiel dans sa façon d’aborder avec humour le mythe du vampire, les gags étant en effet un peu trop évidents.

Vampires en toute intimité 01

Les héros rencontrent parfois les loups-garous. Ces derniers se déplacent en bande, ou plutôt en meute. Il y a clairement une rivalité entre les vampires et les loups-garous. Mais cette rivalité est décrite d’une manière assez futile dans le film, un peu comme celle qui peut exister entre deux bandes rivales. Les vampires se moquent des loups-garous en portant des manteaux de fourrure ou les traitant de sacs à puces. Dans le film, les lycanthropes apparaissent comme des créatures moins intelligentes et moins soignées que les vampires.

Dans Vampires en toute intimité, les loups-garous restent passifs. Ils ne contrôlent pas leur transformation. Tandis que monte la pleine lune, le spectateur les découvre en train de s’attacher à des arbres. Les vampires arrivent à ce moment-là, alors que leurs préparatifs ne sont pas terminés. Cette rencontre avec les vampires les excède tant que les loups-garous se transforment trop tôt et perdent le contrôle. Les loups-garous, sont très beaux, même si certains mouvements trahissent parfois l’acteur en costume. Mais la confrontation déçoit un peu car le chaos est tel que le cameraman ne cadre plus correctement et que la scène devient trop brouillonne pour qu’on puisse suivre quoi que ce soit. Dommage car les décors, les costumes et les protagonistes avaient bénéficié d’un traitement soigné.
Vampires en toute intimité a été sélectionné au Festival du Film Fantastique de Gérardmer en 2015 ; il a reçu de nombreuses critiques positives. En France, il sort le 30 octobre 2015 en e-cinema, un nouveau terme pour définir les films qui auraient pu bénéficier d’une diffusion en salles mais qui sortent directement en VOD.

Nouvelle-Zélande – USA – 2014 – Titre original : What We Do in the Shadows – Réalisation : Taika Waititi et Jemaine Clement – Distribution : Taika Waititi, Jemaine Clement, Jonathan Brugh, Cori Gonzales-Macuer, Stuart Rutherford, Jackie van Beek, Ben Fransham, Pauline Ivanovich, Jason Hoyte…

Bande-annonce VOSTF :

La Nuit du loup-garou de Terence Fisher

la nuit du loup garou

Grande-Bretagne – 1961 – Titre original : The Curse of the Werewolf – Réalisation : Terence Fisher – Distribution : Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Anthony Dawson, Richard Wordsworth…

Après avoir fait renaître de leurs cendres la créature de Frankenstein, le comte Dracula, la momie Kharis et le Dr. Jekyll, la Hammer produit le premier film de loup-garou britannique : La Nuit du loup-garou : La Nuit du loup-garou de Terence Fisher.

Terence Fisher tient bien les rênes la réalisation, lui qui avait remis au goût du jour tous les monstres du bestiaire d’Universal pour le compte de la Hammer. En revanche, ni Peter Cushing ni Christopher Lee ne sont de la partie. Scénariste des précédents films de la Hammer, Jimmy Sangster laisse quant à lui sa place à John Elder. Ce dernier est plus connu sous le nom d’Anthony Hinds, l’un des pontes de la Hammer. Avec La Nuit du loup-garou, il signe son premier script, l’adaptation pour l’écran du roman « Le loup-garou de Paris » de Guy Endore.

Le loup-garou est incarné par Oliver Reed. Ce dernier a été conseillé par le maquilleur Roy Ashton qui l’avait remarqué sur Les Deux Visages du Dr. Jekyll. La mâchoire carré, le visage rude, Oliver Reed crève l’écran et incarne un être maudit, broyé et anéanti par sa condition.

Il se révèle la progéniture d’un viol dont la victime est la belle et jolie servante muette du marquis. Parce qu’elle s’est refusée à lui, elle est jetée dans un cachot. Là, un pauvre bougre, abandonné depuis si longtemps dans sa cellule que la bestialité a pris le pas sur son humanité, commettra l’irréparable.

Alors que le roman de Guy Endore se déroule à Paris, Anthony Hinds place l’action en Espagne afin de pouvoir mettre à profit des décors précédemment utilisés pour un film se déroulant au Mexique.

Alors que le roman de Guy Endore se déroule à Paris, Anthony Hinds place l’action en Espagne afin de pouvoir mettre à profit des décors précédemment utilisés pour un film se déroulant au Mexique.

L’enfant, Léon, est élevé par le bon Don Alfredo et son épouse. Très jeune, il est sujet à des pulsions qui le poussent à sortir la nuit afin d’attaquer de petits animaux. Lorsque les parents adoptifs réalisent le mal dont est atteint leur fils, ils consultent le prêtre de la paroisse. Celui-ci leur conseille d’entourer Léon d’amour pour refreiner sa bestialité. La stratégie fonctionnera plusieurs années, mais à l’âge adulte, la bête finit par prendre possession de Léon. Il sera délivré de ses souffrances par son père grâce à une balle en argent.

Dans le film de 1941, Larry Talbot était victime d’une malédiction surnaturelle, instruite par des gitans. En ce qui concerne Léon, sa malédiction est héritée de la condition de ses parents, pauvres, transformés en bêtes. Le malheur qui frappe Léon est d’autant plus cruel que c’est une injustice sociale perpétrée par les aristocrates sur les gens du peuple qui en est à l’origine.

Le maquillage confectionné par Roy Ashton s’avère excellent. Il permet à Oliver Reed de montrer son talent tout en donnant corps à un loup-garou particulièrement effrayant. Plus proche du lion que du chien, la créature dévoile des crocs et un torse velu qui ajoutent encore à la terreur qu’il suscite.

Choquée par l’aspect sanglant de la scène, la censure britannique demanda la diminution du nombre de coups de couteau assénés par la servante à son cruel tortionnaire.

Choquée par l’aspect sanglant de la scène, la censure britannique demanda la diminution du nombre de coups de couteau assénés par la servante à son cruel tortionnaire.

Premier film en technicolor, La Nuit du loup-garou utilise de manière judicieuse la couleur et en particulier le vermillon qu’arbore la gueule du loup-garou après avoir fait une victime.

Le film se clôt sur une scène magistrale et impressionnante tirant parfaitement parti de la carrure, du charisme et de l’athlétisme d’Oliver Reed lorsque la créature tente de s’échapper en passant par les toits.

Malheureusement, la Hammer ne produira pas d’autres films de loup-garou. Anthony Hinds, qui proposa une approche différente des origines de la lycanthropie grâce à son scénario, continuera d’écrire pour la Hammer en signant, entre autres, les scripts de Dracula, Prince des Ténèbres et de La Femme Reptile.

L’affiche du film fait preuve de beaucoup d’imagination en montrant Léon tenant dans ses bras sa mère, alors que celle-ci est morte en le mettant au monde.

L’affiche du film fait preuve de beaucoup d’imagination en montrant Léon tenant dans ses bras sa mère, alors que celle-ci est morte en le mettant au monde.

Si La Nuit du loup-garou fait figure de classique du genre, c’est sans conteste en raison de la Hammer Touch qui le traverse du début à la fin (décors sublimes, couleurs éclatantes…) mais aussi en raison de l’interprétation d’Oliver Reed qui deviendra l’un des plus grands acteurs britanniques. On le retrouvera régulièrement œuvrant pour le fantastique dans des films comme Les Aventures du baron de Münchausen de Terry Gilliam, Chromosome 3 de David Cronenberg ou encore Les Diables de Ken Russell.

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Bande Annonce :

Le dernier loup-garou

Le dernier loup-garou
Glen Duncan
Lunes d’encre chez Denoël
2013

Glen Duncan, auteur britannique né en 1965 et issu d’une famille anglo-indienne, a publié dans la collection Lunes d’encre chez Denoël une trilogie évoluant dans le monde merveilleux des loups-garous. Enfin, merveilleux, plutôt pour le lecteur avide que pour les personnages. Le premier tome, Le dernier loup-garou donne le ton, cela va être épique !
Le héros, Jack Marlowe est un loup-garou, un vrai, un avide de sang et dont le corps s’écartèle à chaque pleine lune. Une fois par mois, il se transforme et se nourrit. Il tue, mange, et continue sa route.

le dernier loup-garou 01

Il conserve sa nature humaine mais le loup est là, affleurant constamment, lui prêtant ses qualités extraordinaires et lui permettant d’échapper à ses ennemis. Malheureusement, Jack ne pourra pas le faire éternellement, surtout pas maintenant qu’il est le dernier des loups-garous.
Les autres sont tombés, pourchassés et abattus par l’OMPPO, l’Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes. Et puis, continuer à fuir n’a pas de sens, Jack n’en peut plus. Il est détaché, lassé, suicidaire par ennui.
Il sortira de sa léthargie sous le coup d’un hasard inespéré. La course contre la montre, la course contre la mort, la course à l’échalote… tout devient tourbillon, confusion, conjuration et aspiration.

Glen Duncan s’attarde dans un fantastique codifié. Les loups-garous existent, ils se transmettent la malédiction par morsure ou griffure. De simples êtres humains développent des capacités que leur donne le loup en eux, odorat, ouïe, guérison miraculeuse des blessures désargentées, longévité extraordinaire. Il explore l’éternel dilemme : l’humanité et l’animalité.
Ces fameux loups-garous ont des ennemis, les êtres humains rassemblés en organisation armée et belliqueuse et les vampires, car oui les vampires existent aussi. On reste en terrain fantastique connu et c’est toujours très plaisant.

le dernier loup-garou 02

Mais loin de ces poncifs rassurants, ce qui détonne dans le livre de Duncan, c’est son traitement. Les personnages fument, boivent, copulent, puent, déchiquettent, ils sonnent clairs et vrais. L’auteur décrit avec force détails l’état de l’homme-loup et parvient à le faire vivre devant les yeux du lecteur emporté. C’est un livre rempli d’images, de couleurs, d’odeurs. Ces dernières, très présentes, offrent un contrepoids rafraîchissant à notre époque aseptisée. En plus d’images vivantes, l’auteur livre avec profusion réflexions philosophiques et humaines, le tout sous couvert d’un humour noir, faussement cynique, et drôle.

Le début plante son personnage de manière approfondie et on peut craindre que tout l’ouvrage soit un recueil de pensées philosophiques et humanistes mais à partir de la moitié du livre, l’action prend plus d’ampleur et cette crainte s’envole devant l’enchaînement interrompu des événements, le lecteur est emporté, pour son plus grand plaisir.

The Undying Monster

The Undying Monster

USA – 1942 – Réalisation : John Brahm  – Distribution : James Ellison, Heather Angel, John Howard, Bramwell Fletcher…

La 20th Century Fox rêve de profiter du succès que rencontrent les films d’épouvante de la Universal dans les années 30. C’est avec du retard qu’elle s’y met et produit trois films du réalisateur John Brahm : the Undying Monster (1942), the Lodger (1944) et Hangover Square (1945).

John Brahm est un réalisateur qui vient d’Allemagne. La Fox l’a engagé car elle l’estimait capable de communiquer un souffle expressionniste à ses films. Il s’agissait là d’une supposition pertinente car les œuvres les plus marquantes de l’expressionnisme allemand appartiennent en effet au genre horrifique.

Dans the Undying Monster, la famille Hammond vit sous le poids d’une sombre malédiction. Ses membres doivent effectivement se méfier lors de leurs promenades nocturnes, en particulier quand le givre recouvre les pavés qui longent les falaises… En effet, une force obscure les pousserait au suicide. D’ailleurs, cette force vient tout juste de faire à nouveau parler d’elle. Si Sir Oliver Hammond en a réchappé indemne, ce n’est pas le cas de la pauvre paysanne qui passait par là au même moment. Il semblerait qu’elle ait été attaquée par un monstre, comme peuvent le laisser croire les cris de loup entendus depuis le château. Quoi qu’il en soit, l’affaire est suffisamment importante pour que Scotland Yard dépêche deux détectives scientifiques. Ces derniers mènent l’enquête et leur but final est de démontrer qu’il n’y a pas de monstre.

The Undying Monster de John Brahm

L’enquête est menée tambour battant et s’inspire largement de celles conduites de main de maître par Sherlock Holmes. Une femme excentrique, qui accompagne le détective chargé de l’enquête, fait même office de « Watson »… Ses interventions apportent une bonne dose d’humour à l’histoire et à travers elles the Undying Monster s’oriente vers un film de divertissement plutôt que vers une œuvre rivalisant avec l’épouvante que suggéraient Dracula ou Frankenstein. Ceci dit, rappelons cependant que le film date de 1942 et qu’à cette époque, en s’engouffrant dans les salles obscures, les spectateurs désiraient d’abord s’évader et échapper le temps d’un film à la triste réalité de l’époque…

La lande, les hurlements d’un loup, l’enquête menée à la Sherlock Holmes et les nombreux personnages qui jouent un double jeu et forment ainsi autant de suspects possibles… Tous ces éléments rappellent bien évidemment Le Chien des Baskerville. Et tout comme dans le roman de Sir Arthur Conan Doyle, le fantastique est présent dans the Undying Monster mais sans jamais s’imposer vraiment.

L’enquête d’investigation n’est pas menée de manière très sérieuse, la coéquipière du détective de Scotland Yard a en effet toujours le mot pour rire. Le héros est en outre tellement convaincu qu’il n’y a pas trace de fantastique dans cette histoire qu’on finit par y croire nous-mêmes. Ce qui est au final surprenant car l’affiche du film est plus qu’équivoque sur la présence d’un lycanthrope. Et puis à la fin du film, le loup-garou apparaît finalement. Tué, il perd sa pilosité et redevient humain. Et pourtant, les enquêteurs et le scénariste s’obstinent étrangement à réfuter les faits, en prétextant une maladie psychologique courante…

On peut en conclure que le fantastique n’intéressait pas fondamentalement John Brahm. D’ailleurs, ses deux films suivants pour la Universal, the Lodger et Hangover Square mettent en scène des psychopathes. Le premier s’inspire des méfaits du sinistre Jack l’Éventreur, les tueurs restent ainsi tristement humains.

Dans the Undying Monster, la menace est une créature fantastique. Mais il n’y a pas qu’elle qui plonge le spectateur dans le fantastique. L’atmosphère nous réserve des passages largement imprégnés d’épouvante. Le début du film qui se déroule sur la lande, les scènes dans la crypte et même l’atmosphère générale font malgré tout de the Undying Monster, tant bien que mal, un film fantastique.

L’ambiance est d’ailleurs sans aucun doute le point fort du film. Les décors sont superbes. Que ce soient le château et sa chambre secrète qui borde la crypte, la lande brumeuse où ont lieu les crimes ou encore les rochers sur lesquels se brisent les vagues de l’océan, tous ces décors sont superbement mis en valeur. Loin de faire carton-pâte, ils sont impressionnants car immenses et splendides. En complément des décors composant un fond visuel travaillé, la réalisation de John Brahm se révèle surprenante, également. L’étonnante première scène du film nous fait pénétrer dans le château à l’aide de singuliers mouvements continus de la caméra qui décrivent le salon. Plus loin, John Brahm utilise la vue suggestive pour nous mettre dans la peau du monstre. Puis, la caméra à l’épaule, nous entrons de plain-pied dans l’horreur qui se déroule autour du château. La lande, ce paysage si caractéristique et fascinant, est magnifiquement mise en valeur grâce à une photographie superbe finissant d’offrir au film une atmosphère tout à fait particulière.

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